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3.78/5 (9) Entre le sable brulant du Sahara et les rives luxuriantes du Nil, ce documentaire réalisé par Romain Arazm est un voyage immersif au cœur de l’Egypte, de son histoire et de l’incroyable richesse de sa mythologie. Son ambition est simple : rendre palpable par le biais de la simple évocation et de l’allégorie quelques récits fondateurs qui ont accompagné le peuple égyptien pendant plus de 3000 ans. Avec le rythme des plans successifs, le choix des ambiances sonores et des musiques ainsi que le style de la voix off de la comédienne Ilana Waysberg : tous les partis pris de la réalisation de ce film documentaire concourent à poser un cadre propice à la contemplation des lieux visités. Cette ambition de « prendre le temps » est apparue comme une évidence à l’aune de la charge poétique contenue dans les paysages et des monuments. Transmisses par des textes dessinés sur les papyrus et ceux, innombrables, gravés sur les parois rocheuses des temples ou des tombes, les légendes de l’Egypte antique continuent de peupler un imaginaire, de définir un rapport au monde. « Egypte : Le Souffle du temps » est un pont hissé entre plusieurs périodes historiques : celle des pharaons, celle de l’épanouissement des arts sous les puissantes dynasties musulmanes et celle du pays d’aujourd’hui mis en scène par de nombreuses scènes de la vie quotidienne. Tout commence sur le rivage du Nil près de l’ile d’Eléphantine au niveau de la première cataracte. Sur ces terres nubiennes, à la frontière méridionale du pays, le dieu potier Khnoum libéra de sa grotte Hâpy, le fleuve personnifié. En entrainant la crue annuelle, cette libération assure la fertilité des sols et permet le développement de l’agriculture. La dichotomie entre la vallée et le désert structure la géographie de l’Egypte. Plusieurs jours de tournage dans le désert lybique permettent d’illustrer l’extrême aridité de cette région inhabitée. En Egypte, le cycle de la Nature est un mécanisme savamment entretenu par Isis, la déesse funéraire. Femme et sœur du roi mythique Osiris, elle fait l’objet d’un culte sur l’ile de Philae au sud d’Assouan. Déplacé au début des années 1970 pour le sauver de la montée des eaux engendrée par la construction du barrage, ce temple est un vestige du syncrétisme qui pouvait régner dans le pays à la fin de l’époque pharaonique. Associée à la déesse Déméter par les premiers grecs venus en Egypte, elle sera également rapprochée de la figure de la Vierge. Le tournage dans un site totalement vidé de ses touristes restitue, en partie, la pieuse atmosphère qui devait régner à l’intérieur du temple lors des cérémonies. Suivant le déroulé chronologique des journées de voyage, de l’aube au crépuscule, le soleil incarne un personnage central du documentaire. Vorace à son zénith au milieu des dunes du désert, bienveillant lorsque sa lumière orangée ricoche à la surface du Nil ou encore facétieux entre les pyramides de Gizeh, l’astre est non seulement au cœur de la mythologie égyptienne mais de son idéologie royale. Au temple de Karnak à Louxor comme à Deir-el-Bahari, le dieu Amon-Ré règne sur le pays. La ville du Caire est un labyrinthe dans lequel on prend plaisir à se perdre. Avec une population de plus de 20 millions d’habitants, la capitale égyptienne et son trafic surchauffent. C’est la raison pour laquelle, à une soixantaine de kilomètre plus à l’est, une ville nouvelle sort du désert. Le déménagement de ses collections vers un bâtiment flambant neuf a déjà débuté au pied des pyramides, mais le musée égyptien du Caire conserve encore une impressionnante collection : une collection de regards qui est parvenue à braver le poids du temps pour nous émouvoir. Un documentaire de Romain Arazm.