Dans la salle d’attente du dermatologue, entre un ficus en plastique et trois vieux magazines people, une petite brochure promet monts et merveilles : rides lissées, lèvres pulpeuses, glow immédiat. Le futur du visage tiendrait en quelques piqûres d’acide hyaluronique ou de botox. On hésite, on feuillette et puis on repense à cette petite ride d’amertume qu’on a remarquée l’autre jour.
Dans cet épisode de Vivons heureux avant la fin du monde, Delphine Saltel s’infiltre dans un cabinet de médecine esthétique pour sonder ses propres désirs de “skin booster”. Prête à se ruiner pour repulper son relâchement cutané, elle interroge sa fascination-repulsion pour les injections. Où est le problème ? Dans la seringue ou ce qui la précède ? Les heures à scruter des visages impeccables, filtrés, retouchés, découpés par algorithme ?
Avec la critique de cinéma Murielle Joudet, qui a écrit sur les actrices et la vieillesse, elle essaie de dégager les bonnes questions : pourquoi ces images de visage nous travaillent-elles autant ? Comment transforment-elles notre regard et nos désirs ? Peut-on déjouer le “capital gaze” qui transforme la chair de nos visages en surface à optimiser ? Que nous raconte le lifting de Kris Jenner ? Où trouver des contre-images qui nous permettent de résister à la démangeaison des piqûres ?