Infographie | 4 épidémies étranges et inexpliquées

L’histoire de la médecine est souvent présentée comme une marche triomphale vers la compréhension totale du corps humain. Pourtant, derrière les vaccins et les imageries de pointe, subsistent des zones d’ombre où la science moderne trébuche encore.

Il existe des dossiers médicaux restés ouverts, des épisodes de panique collective ou de pathologies foudroyantes qui défient toute analyse biologique rationnelle. Ces anomalies historiques nous rappellent avec une certaine humilité que notre biologie peut parfois dérailler sans laisser d’explication.

Plongeons dans l’exploration de quatre épidémies majeures qui, à travers les siècles, ont transformé des populations entières en énigmes vivantes. De la Renaissance aux tensions géopolitiques contemporaines, ces crises révèlent les limites de notre savoir actuel.

L’épidémie de danse à Strasbourg en 1518

Tout commence par une femme, Frau Troffea, qui se met à danser seule dans une rue étroite de Strasbourg en plein mois de juillet. Ce qui aurait pu passer pour une simple excentricité se transforme rapidement en une scène de cauchemar collectif.

En l’espace d’une semaine, des dizaines de personnes la rejoignent dans cette gesticulation frénétique et ininterrompue. Un mois plus tard, on estime que près de quatre cents citoyens sont pris dans cet engrenage, dansant jour et nuit sous un soleil de plomb.

Les autorités de l’époque, désemparées par ce phénomène, prennent une décision qui s’avérera tragique : favoriser la danse pour « expulser » le mal. Ils font construire des estrades en bois et engagent des musiciens pour accompagner les possédés.

Cette stratégie aggrave la situation, poussant les participants au-delà de leurs limites physiques extrêmes. Des dizaines de personnes succombent chaque jour à des crises cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux ou un épuisement total.

Les théories médicales modernes ont longtemps hésité entre l’ergotisme, une intoxication par un champignon du seigle, et une psychose collective massive. La piste du seigle est aujourd’hui écartée par de nombreux historiens, car elle n’expliquerait pas l’endurance physique surhumaine des danseurs.

L’hypothèse la plus crédible reste celle d’une réaction de stress social extrême, liée aux famines et aux épidémies de peste qui ravageaient la région. Cette transe collective aurait été une forme de décharge psychologique incontrôlable face à une réalité insoutenable.

La suette anglaise, un fléau mystérieux et sélectif

Alors que la peste bubonique laissait des marques visibles sur le corps, la suette anglaise frappait ses victimes de l’intérieur avec une brutalité inouïe. Apparue en 1485, juste après la bataille de Bosworth, elle a terrorisé l’Angleterre des Tudor pendant près d’un siècle.

Les symptômes commençaient par une sensation d’effroi soudain, suivie de frissons et de douleurs violentes dans la nuque. Puis venait une transpiration profuse et fétide, accompagnée d’une soif ardente et d’un épuisement fatal en moins de vingt-quatre heures.

Ce qui rendait cette maladie particulièrement étrange était sa cible privilégiée : les hommes jeunes, robustes et souvent issus des classes aisées. Contrairement à la plupart des épidémies qui frappent les plus vulnérables, la suette semblait épargner les pauvres et les enfants.

Après cinq vagues dévastatrices, la maladie a brusquement disparu en 1551, sans jamais revenir. Elle n’a laissé derrière elle aucune trace biologique identifiable dans les restes humains de l’époque, rendant son identification impossible pour les chercheurs actuels.

Certains virologues ont suggéré l’existence d’un hantavirus, une maladie transmise par les rongeurs, mais aucune preuve concrète n’a pu confirmer cette piste. Le mystère demeure entier sur l’agent pathogène capable de tuer aussi vite avant de s’évanouir dans l’histoire.

Cette pathologie reste le parfait exemple d’un agent infectieux « fantôme », capable de modifier le cours de l’histoire politique, comme lors de la mort d’Arthur Tudor, avant de cesser toute activité biologique sans raison apparente.

L’encephalitis lethargica ou la maladie du sommeil

Au sortir de la Première Guerre mondiale, alors que le monde luttait contre la grippe espagnole, une autre menace bien plus étrange a émergé. L’encéphalite léthargique, identifiée par le baron Constantin von Economo, s’est propagée à travers le globe entre 1915 et 1926.

Les patients étaient frappés d’une somnolence extrême qui pouvait durer des semaines, voire des mois. Certains s’endormaient en plein repas, tandis que d’autres restaient conscients mais totalement incapables de bouger ou de parler, emmurés dans leur propre corps.

Les survivants de la phase aiguë n’étaient pas pour autant sauvés, car ils développaient souvent un syndrome parkinsonien sévère des années plus tard. Ils devenaient des sortes de statues vivantes, figées dans des postures étranges, le regard fixe et vide.

Le neurologue Oliver Sacks a magnifiquement décrit ces cas dans ses travaux, montrant comment certains patients ont été « réveillés » brièvement des décennies plus tard grâce à la L-Dopa. Ce réveil temporaire a révélé que leur esprit était resté intact, prisonnier d’un système neurologique verrouillé.

L’origine de cette épidémie reste l’une des plus grandes énigmes de la neurologie moderne. Certains chercheurs pensent à une réaction immunitaire post-infectieuse, peut-être liée au virus de la grippe, provoquant une inflammation cérébrale localisée dans le mésencéphale.

Cependant, aucune souche virale spécifique n’a pu être isolée à partir des tissus cérébraux conservés de l’époque. La maladie a fini par s’éteindre d’elle-même, ne laissant que des cas isolés et sporadiques qui ne ressemblent pas à l’épidémie massive du début du siècle.

Le syndrome de la Havane et les guerres invisibles

Contrairement aux cas précédents ancrés dans un passé lointain, le syndrome de la Havane est une énigme contemporaine qui mêle médecine, technologie et espionnage. Tout commence en 2016 à Cuba, au sein de l’ambassade américaine.

Plusieurs diplomates et agents de renseignement rapportent avoir entendu des sons stridents et persistants, ressemblant à des bourdonnements d’insectes ou à des grincements métalliques. Très vite, des symptômes physiques graves apparaissent chez ces personnels hautement entraînés.

Les victimes souffrent de vertiges intenses, de nausées, de pertes de mémoire et, plus inquiétant encore, de lésions cérébrales similaires à celles observées après un traumatisme crânien majeur. Pourtant, aucun choc physique n’a eu lieu.

Les enquêtes se sont multipliées, oscillant entre l’hypothèse d’une arme à micro-ondes pulsées et celle d’une origine psychogène liée au stress de la mission. Les scanners cérébraux ont révélé des anomalies réelles dans la structure de la matière blanche des victimes.

Malgré des années d’investigations par les services de renseignement américains, aucune preuve formelle d’une attaque par une puissance étrangère n’a été rendue publique. Le mystère s’est même étendu à d’autres villes comme Berlin, Vienne ou Guangzhou.

Le syndrome de la Havane pose la question de l’existence de nouvelles formes de pathologies environnementales liées aux ondes ou à des technologies encore inconnues. Il illustre la difficulté de la science à diagnostiquer un mal dont on ne comprend ni le vecteur ni l’intention.