Infographie | 4 infos surprenantes sur l’ornithorynque

L’ornithorynque est sans aucun doute l’une des créatures les plus déconcertantes que la nature ait jamais engendrées. Ce petit animal semi-aquatique originaire de l’est de l’Australie et de Tasmanie semble avoir été assemblé à partir de pièces détachées provenant de plusieurs espèces radicalement différentes.

Pourtant, au-delà de son apparence de chimère, il cache des mécanismes biologiques si singuliers qu’ils ont obligé les scientifiques à repenser les frontières du vivant.

L’incroyable méprise des naturalistes britanniques du dix-huitième siècle

Lorsqu’un spécimen naturalisé d’ornithorynque arriva pour la première fois en Europe, plus précisément au British Museum en 1799, l’accueil fut marqué par un scepticisme total. Le naturaliste George Shaw, chargé d’examiner la dépouille, fut persuadé d’être la cible d’un canular particulièrement élaboré de la part de taxidermistes malicieux.

À l’époque, il n’était pas rare que des voyageurs rapportent d’Orient des créatures « hybrides » fabriquées de toutes pièces, comme de fausses sirènes composées d’un buste de singe cousu à une queue de poisson. Shaw chercha donc fébrilement les traces de coutures invisibles qui auraient permis de fixer un bec de canard sur le corps d’un animal ressemblant à un castor.

Il alla jusqu’à utiliser des ciseaux pour tenter de décoller la peau autour du bec, convaincu que la supercherie finirait par apparaître au grand jour. La perfection de l’assemblage naturel était telle que les savants de l’époque durent se rendre à l’évidence : cette créature, bien que biologiquement improbable, était tout à fait réelle.

Cette découverte marqua le début d’une longue quête scientifique pour comprendre comment un animal pouvait posséder une fourrure, pondre des œufs et pourtant allaiter ses petits. L’ornithorynque devint alors le symbole même de la complexité de l’évolution, défiant toutes les tentatives de classification simplistes.

La maternité sans mamelons et les secrets de l’allaitement

L’une des particularités les plus déroutantes de l’ornithorynque réside dans sa manière de nourrir sa progéniture. Bien qu’il appartienne à la classe des mammifères, la femelle est dépourvue de mamelons, un attribut pourtant fondamental chez presque toutes les autres espèces de ce groupe.

Au lieu de cela, elle possède des glandes mammaires modifiées qui débouchent directement sur les pores de sa peau, au niveau de son abdomen. Le lait est sécrété et s’accumule le long des poils de son pelage, formant des sortes de flaques laiteuses que les petits viennent lécher avidement.

Ce mode d’alimentation, qui peut paraître archaïque, expose toutefois le lait à l’environnement extérieur et donc aux nombreuses bactéries présentes dans le milieu aquatique ou le terrier. Pour pallier ce risque, le lait de l’ornithorynque contient des protéines antibactériennes uniques et extrêmement puissantes, que les chercheurs étudient aujourd’hui pour lutter contre la résistance aux antibiotiques.

Le processus de lactation chez cette espèce illustre parfaitement comment l’évolution peut conserver des traits ancestraux tout en développant des solutions biochimiques sophistiquées. Les jeunes, appelés « platypups » en anglais, dépendent entièrement de ce système de lapement durant les premiers mois de leur vie avant de devenir autonomes.

Une ponte insolite au cœur du règne mammalien

L’ornithorynque appartient à l’ordre des monotrèmes, un groupe de mammifères qui se distinguent par une caractéristique étonnante : ils pondent des œufs au lieu de donner naissance à des petits déjà formés. Ce trait est un héritage direct de leurs ancêtres synapsides, des créatures qui partageaient des points communs avec les reptiles.

Contrairement aux œufs de poule à coquille dure et calcaire, la femelle ornithorynque pond des œufs à la texture souple et parcheminée. Elle en produit généralement deux, qu’elle dépose au fond d’un terrier profond et complexe, spécialement aménagé pour protéger la nichée des prédateurs et des inondations.

La période d’incubation est relativement courte, durant environ dix jours, pendant lesquels la mère maintient les œufs contre son corps pour leur apporter la chaleur nécessaire. Ce comportement de couvaison est similaire à celui des oiseaux, bien que le métabolisme de l’ornithorynque soit celui d’un mammifère.

À l’éclosion, les petits sont dans un état de développement très précaire, presque larvaire, et doivent immédiatement ramper vers les zones de sécrétion lactée de leur mère. Cette dualité entre la ponte et l’allaitement fait de l’ornithorynque un véritable fossile vivant, témoignant d’une étape de transition majeure dans l’histoire de la vie sur Terre.

L’absence mystérieuse d’estomac dans le système digestif

Si son apparence extérieure est étrange, l’anatomie interne de l’ornithorynque réserve une surprise de taille : cet animal est totalement dépourvu d’estomac. Chez la quasi-totalité des vertébrés, l’estomac joue un rôle crucial en broyant les aliments et en amorçant la digestion grâce à des acides puissants et des enzymes.

Chez l’ornithorynque, l’œsophage est directement relié à l’intestin, sans passer par une poche de stockage ou de digestion acide. Cette perte de l’estomac n’est pas un accident, mais le résultat d’une évolution génétique où les gènes responsables de la production d’acide gastrique et de pepsine ont été désactivés.

Les scientifiques supposent que ce régime alimentaire particulier, composé de petits invertébrés, de vers et de larves trouvés au fond de l’eau, ne nécessite pas une décomposition chimique complexe. L’animal utilise des poches jugales pour stocker ses proies en surface, puis les broie avec des plaques cornées avant de les avaler directement vers l’intestin.

Ce raccourci anatomique est partagé avec quelques autres espèces, comme certaines familles de poissons ou l’échidné, mais il reste une rareté absolue chez les mammifères. Cela démontre que l’ornithorynque a optimisé son système énergétique en éliminant un organe gourmand en calories qui n’était plus strictement nécessaire à sa survie.

Un chef-d’œuvre de l’adaptation sensorielle et biologique

Au-delà de ces quatre faits marquants, l’ornithorynque possède d’autres atouts qui complètent son profil de créature hors norme. Son bec, par exemple, n’est pas une structure rigide comme celle d’un oiseau, mais un organe souple et extrêmement sensible, capable de détecter les champs électriques émis par les muscles de ses proies.

Cette capacité d’électrolocalisation lui permet de chasser avec une précision chirurgicale dans les eaux sombres et boueuses, les yeux et les oreilles fermés. Il navigue ainsi dans son environnement grâce à un sixième sens qui compense l’absence de vision lors de ses immersions prolongées.

Il ne faut pas oublier non plus que l’ornithorynque est l’un des rares mammifères venimeux de la planète. Les mâles portent des éperons calcifiés sur leurs pattes arrière, reliés à une glande produisant un venin capable de provoquer une douleur intense, voire une paralysie chez certains animaux.