Cette captation offre une immersion captivante au cœur de la cour de Louis XIV. Elle fait revivre le quotidien de Versailles à travers les écrits croisés de deux chroniqueurs impitoyables : la princesse Palatine et le duc de Saint-Simon.
Leurs textes sont portés par des comédiens et ponctués de pièces musicales baroques jouées sur des instruments d’époque. Ce mélange dessine un portrait sans concession du pouvoir, des corps et des mœurs de l’époque grand siècle.
Résumé des points abordés
Ce qu’il faut retenir
- Une critique féroce de l’architecture de Versailles : Saint-Simon et la Palatine dépeignent le château comme un lieu ingrat, mal conçu et étouffant, né de la volonté obstinée du roi de dompter la nature à coups de trésors.
- L’hypocrisie et la tyrannie de l’étiquette : la cour est décrite comme un théâtre permanent où la faveur royale dicte la mode, justifie les mariages les plus scandaleux et force les corps à endurer le froid ou l’ennui sous peine de disgrâce.
- Le contraste saisissant entre la majesté et la trivialité : derrière le faste des bals et des chasses, les écrits révèlent sans fard la laideur physique, la saleté des appartements et les fonctions corporelles les plus prosaïques partagées par toute la noblesse.
Saint-Simon sur monsieur frère du roi et madame palatine
Le duc de Saint-Simon dresse d’abord un portrait sans fard de Philippe d’Orléans, frère unique du roi. Il le décrit comme un petit homme ventru. Ce dernier est juché sur de véritables échasses en raison des talons démesurés de ses souliers. Toujours paré comme une femme, il se couvre de bagues, de bracelets et de pierreries. Une longue perruque noire et poudrée encadre son visage long, tandis que des rubans et des parfums complètent sa toilette. On l’accuse même de mettre imperceptiblement du rouge sur ses joues.
Malgré sa propreté méticuleuse, sa ressemblance avec son père Louis XIII s’arrête là, sa valeur militaire étant inexistante. En totale opposition, son épouse, la princesse Palatine, tient beaucoup plus de l’homme que de la femme. Forte, courageuse et allemande au dernier point, elle brille par sa franchise et sa bonté. Elle reste pourtant d’une exigence absolue concernant les honneurs qui lui sont dus.
La princesse vit recluse, passant ses journées enfermée à rédiger sa correspondance. Sauvage avec les courtisans, elle se montre dure et rude. Ses aversions sont tenaces et ses colères redoutables. Saint-Simon lui attribue la figure et le rustre d’un Suisse. Il lui reconnaît néanmoins la capacité d’offrir une amitié tendre et inviolable.
Madame palatine
La princesse Palatine prend elle-même la plume pour décrire sa propre laideur avec une ironie mordante. Elle affirme que la beauté ne dure guère. Elle constate les ravages que la petite vérole a laissés sur son corps. Sa taille est devenue monstrueuse. Elle se compare volontiers à un dé carré. Sa peau affiche un mélange de rouge et de jaune, ses cheveux poivrés grisonnent, et son nez est de travers.
Ses joues sont pendantes, ses mâchoires grandes et ses dents totalement délabrées. Cette laideur affreuse ne l’afflige pas : elle ne cherche à séduire personne. Elle préfère que ses amis aiment son caractère plutôt que ses traits.
La vie à la cour ne ressemble en rien à un eldorado. L’ennui y règne en maître absolu. Les courtisans tentent de tromper le temps en buvant des boissons à la mode comme le thé, le café ou le chocolat. La princesse refuse de toucher à ces nouveautés qu’elle considère comme de véritables drogues contraires à la santé. Sa corpulence disproportionnée lui donne des épaules et un derrière effroyables, contrastant avec une poitrine d’une platitude totale.
Son quotidien est rythmé par un protocole épuisant. Les journées se passent à la chasse, suivies de changements de costumes incessants pour assister au jeu, à la comédie, puis au souper. Les bals s’étirent jusqu’au milieu de la nuit, ne laissant que peu de place au sommeil.
Une chute de cheval survenue lors d’une chasse au lièvre illustre sa relation avec Louis XIV. Tombée sur la pelouse sans se blesser, elle voit le monarque accourir le premier, pâle comme la mort. Le roi inspecte lui-même sa tête pour s’assurer qu’elle ne souffre d’aucun traumatisme avant de la raccompagner. Cette sollicitude témoigne de la faveur grandissante dont elle jouit, faisant d’elle un modèle pour la cour. Ses choix vestimentaires, comme le port d’une zibeline pour se protéger du froid, sont immédiatement imités par des courtisans autrefois moqueurs : c’est la preuve ultime que la faveur royale dicte la norme.
Le mariage de mademoiselle de blois et du duc de chartres
Le récit bascule ensuite vers la politique matrimoniale de Louis XIV. Le roi cherche à élever ses enfants bâtards au plus haut rang. Sous l’influence de Madame de Maintenon, il décide de marier Mademoiselle de Blois, issue de ses amours avec Madame de Montespan, au duc de Chartres. Ce dernier est le neveu du roi et le fils de la Palatine. Ce projet représente une mésalliance inacceptable pour la princesse, dont la patrie d’origine rejette catégoriquement la bâtardise.
Le roi orchestre une entrevue pour piéger le jeune duc de Chartres. Seul avec son frère, le monarque déploie une majesté effrayante pour proposer l’union. Intimidé et incapable de répliquer, le jeune prince balbutie que sa volonté dépend de celle de ses parents. Le roi feint de prendre cela pour un consentement et convoque immédiatement la Palatine.
Face au fait accompli, la princesse se retrouve prise au piège. Elle lance des regards furieux à son époux et à son fils, avant de déclarer qu’elle n’a rien à dire. Elle quitte la pièce après une brève révérence, ivre de rage. Sa fureur éclate en privé où elle chasse son fils au milieu d’un torrent de larmes. Elle arpente ensuite la galerie du château à grands pas, exprimant sa colère sans retenue devant une cour pétrifiée de respect.
Le souper royal qui suit se déroule dans une tension extrême. La Palatine refuse ostensiblement tous les plats que le roi lui propose, affichant une mine farouche. À la fin du repas, le souverain lui adresse une révérence particulièrement basse. La princesse effectue alors une pirouette si rapide qu’il ne se relève que face à son dos. Le lendemain, le scandale culmine dans la galerie du château : lorsque le duc de Chartres s’approche pour lui baiser la main, sa mère lui applique un soufflet sonore devant toute la cour stupéfaite.
La reine de danemark et madame panache
Une anecdote grinçante met en scène la comtesse de Roye en exil à la cour de Danemark. Lors d’un dîner, la comtesse compare la reine danoise à une figure populaire de Versailles nommée Madame Panache. Pensant parler assez bas en français, ses propos sont pourtant entendus par la souveraine. Questionné plus tard par lettre, l’envoyé de Danemark à Paris révèle la vérité sur ce personnage.
Madame Panache est une vieille femme misérable et éraillée. Elle est tolérée à Versailles comme une sorte de folle. Les princes et princesses s’amusent à la mettre en colère durant les repas. Ils lui remplissent les poches de viande et de ragoût, souillant ses jupes. En échange de quelques pièces, les courtisans lui donnent des chiquenaudes. Sa mauvaise vue l’empêche d’identifier ses agresseurs, provoquant des crises de fureur qui divertissent la compagnie. Apprenant qu’elle a été comparée à ce monstre de foire, la reine de Danemark exige et obtient le renvoi immédiat de la comtesse et de sa famille.
La religion et les travers de la cour
La princesse Palatine confie ensuite ses difficultés à rester éveillée durant les offices religieux. Si le matin sa vigilance est entière, le sermon de l’après-midi la plonge invariablement dans le sommeil. Placée juste à côté du roi, elle subit les coups de coude réguliers du monarque qui la rappelle à l’ordre. Elle ironise sur la dévotion de Louis XIV, qu’elle juge d’une simplicité déconcertante.
Le roi n’a jamais lu la bible et croit aveuglément tout ce que ses confesseurs lui dictent. Sa piété fluctue au gré de ses amours. Autrefois indifférent avec ses maîtresses légères, il est devenu dévot sous l’influence de Madame de Maintenon, qualifiée de vieille ordure. La Palatine estime que la véritable dévotion d’un souverain devrait consister à faire le bien, à exercer la justice et à rendre ses sujets heureux, plutôt qu’à multiplier les prières.
Cette critique des hypocrisies de la cour s’étend aux divertissements et aux corps. La Sorbonne tente de faire interdire la comédie pour plaire au roi, mais l’archevêque de Paris s’y oppose, craignant que la jeunesse ne se tourne vers des vices plus graves. La Palatine se réjouit de cette décision qui contrarie Maintenon. Elle continue de fréquenter le théâtre, affirmant au roi que les pièces ne font que la divertir sans éveiller ses passions.
Le portrait des courtisans s’achève sur une note d’une trivialité absolue. La princesse décrit la saleté de Paris, le calvaire des soirées de jeu où elle doit entretenir de vieilles femmes, et les mœurs douteuses de la famille royale. Elle évoque sans fard les maîtresses des princes, décrivant leurs infirmités physiques et leur manque d’hygiène avec une crudité remarquable. Sa correspondance se conclut par une réflexion cynique sur les nécessités naturelles à Fontainebleau. Elle s’y plaint du manque d’intimité dans les jardins où la noblesse et les soldats se croisent dans des situations bien peu royales, rappelant que sous les perruques et l’or, les monarques restent soumis aux mêmes misères que le peuple.