11 min •
Ce docu n'a pas de note Marché de noël, Montreux. Sur les stands, un produit marche toujours aussi fort malgré la controverse, c’est le foie gras. Parmi les consommateurs, les clichés ont la vie dure. « Je pense que c’est un très bon produit j’adore, ce sont des choses qu’on ne mange que pour les fêtes et puis c’est très bon. Vu qu’on en mange pas souvent, on a toujours plaisir à en consommer ». De nos jours, beaucoup de gens s’insurgent contre le fait qu’on gave les animaux de force, mais cette considération semble parfois très éloignée des préoccupations. « C’est sûr que c’est pas correct, mais tu vois je veux bien manger et puis je pense pas trop à ces choses-là. » « Je suis consciente de ce qui se passe mais ça ne m’empêche pas d’en manger, j’aime la viande donc je ne réponds pas à ces gens là quoi ». Les arguments sont aussi souvent en rapport avec la consommation d’autres animaux. Les pro foie gras brandissent que la consommation de boeufs ou de vaches qui ont été eux aussi maltraités ne dérange pas, alors que le foie gras si. L’argument de la tradition, du patrimoine gastronomique et culturel ressort aussi souvent.

Un problème populaire & politique

Jérôme Dumarty milite depuis 20 ans pour la cause animale. Antispéciste et végan, il estime que nous sommes désormais à un tournant sur les droits des animaux. « En général on voit le changement depuis 4-5 ans, la question est moins moquée et elle est plus prise au sérieux par l’ensemble de la population, par les médias et par la classe politique. » Le gavage est interdit en suisse depuis 1970, mais malgré ça il ya 300 tonnes de foie gras qui sont importées chaque année depuis la France essentiellement. « Il y a une espèce d’hypocrisie qui existe : on interdit la production mais on importe de France. » Migros vend encore du foie gras mais uniquement dans les cantons latins, preuve que le sujet est de plus en plus sensible. De son coté, Coop précise que depuis 2002 vous ne trouvez plus dans les rayons de foies d’oies ou de canards gavés, le bien-être des animaux semble au centre de leurs préoccupations. Preuve que les mentalités évoluent, la question se joue désormais aussi sous la coupole fédérale. En juin au conseil national, la motion d’un député pour interdire l’importation en Suisse de produits issus de traitements cruels envers les animaux a été largement acceptée mais rejetée au conseil des états. Ce n’était pas une mention contre le foie gras, c’est une mention qui interdit l’import des produits qui sont interdits. C’est interdit de produire quelque chose, mais pas de les apporter de l’extérieur. Jérôme Dumarty et les représentants de la cause animale souhaitent lancer une initiative populaire sur les droits des animaux.

L’horreur du gavage

Deux fois par jour en quelques secondes, ce sont 500 g à 1 kg de pâtes et qui leur sont directement injectés dans le jabot. En 2012 une vidéo en caméra cachée dans un élevage industriel a choqué toute la France et rallumé un débat vieux de plusieurs décennies. Faut-il à tout prix gaver ses bêtes pour notre plaisir pendant les fêtes ? Quand le gavage commence, le foie pèse 50 grammes. Douze jours plus tard, il en pèse dix fois plus. Le produit ainsi obtenu est un foie gras mais on peut le dire autrement : c’est un foie malade, atteint de stéatose hépatique. Une méthode traditionnelle pour ses défenseurs, un massacre pour ses détracteurs. Pourtant, des produits alternatifs existent. Pourquoi ne pas tester le Faux Gras, une terrine végétale bio, sans huile de palme et respectueuse des animaux ?

Du foie gras sans souffrance ?

Où sont les canards gavés, où sont surtout les foies gras de la discorde ? Pas besoin d’aller jusque dans le Périgord, il existe des petits producteurs installés pas loin de la Suisse, en Haute-Savoie, qui respectent plus le bien-être animal et qui produisent du foie gras sans gavage et sans souffrance. « Nous on essaye de montrer qu’on peut faire du foie gras sans gavage et donc sans faire souffrir l’animal. Par contre c’est vrai qu’on est des éleveurs, c’est-à-dire qu’on élève des canards et après on les abat. L’élevage ça reste une activité humaine, ça fait très longtemps que l’homme tue des animaux pour vivre et aujourd’hui à entendre certains, on a l’impression que c’est plus d’actualité, qu’il faut que tout le monde soit végétarien. Je suis pas sûr de ça ».

Les chefs eux-même conscients du problème

Le chef et gastronome Philippe Ligron entretient un rapport émotionnel particulier avec ce produit, parce qu’il fait partie de son histoire, de sa culture. Mais il sait aussi que le foie gras est controversé et donc par conséquent, il se pose des questions. « J’entends ce que disent les gens ça veut pas dire que j’y adhère à 100 % mais ça mérite quand même d’être écouté et ça mérite qu’on essaye de trouver des solutions parce que il ya quand même un problème avec ce gavage, au niveau éthique. » Alors quelles solutions alternatives? « Pour moi, un foie gras éthique ce serait le foie d’un animal non gavé artificiellement, c’est-à-dire sans tube dans le bec. Ca serait de laisser l’animal se gaver naturellement ».