Infographie | 4 infos insolites sur Gandhi

Derrière l’icône de la non-violence et le visage de l’indépendance indienne se cache un homme aux paradoxes fascinants et aux habitudes de vie d’une rigueur absolue. Mohandas Karamchand Gandhi, que le monde appelle respectueusement le Mahatma, n’était pas seulement un stratège politique visionnaire, mais un chercheur de vérité dont chaque action, même la plus intime, portait un message profond.

Comprendre Gandhi, c’est accepter de plonger dans les détails d’une existence où le spirituel et le politique se confondent jusqu’à l’indivisible.

L’héritage d’un mariage précoce et ses conséquences philosophiques

Pour comprendre la psychologie de Gandhi, il faut remonter à l’année 1883, dans une Inde encore profondément ancrée dans des traditions séculaires. À l’âge de seulement treize ans, le jeune Mohandas fut marié à Kasturba Makhanji, une jeune fille du même âge, lors d’une union arrangée par leurs familles respectives.

Ce mariage précoce n’était pas une exception dans le contexte de l’époque, mais il a laissé une empreinte indélébile sur la conscience de Gandhi. Il a souvent décrit, dans son autobiographie, les sentiments de culpabilité et les luttes intérieures qu’il a éprouvés durant ses premières années de vie commune.

De cette union longue de soixante-deux ans sont nés quatre fils : Harilal, Manilal, Ramdas et Devdas. Pourtant, l’expérience de la vie conjugale précoce a poussé Gandhi vers une voie radicalement différente plus tard dans sa vie.

À l’âge de 36 ans, il fit le vœu de Brahmacharya, c’est-à-dire de célibat total au sein même de son mariage. Ce choix n’était pas un rejet de sa femme, mais une volonté de canaliser son énergie vitale vers le service de l’humanité et la quête spirituelle.

Kasturba devint alors sa plus fidèle compagne de lutte, l’accompagnant dans ses jeûnes et ses séjours en prison. Leur relation, née d’une tradition qu’il critiquera plus tard avec véhémence, s’est transformée en un partenariat politique et spirituel unique dans l’histoire moderne.

La quête de pureté à travers le minimalisme corporel

L’image de Gandhi est indissociable de sa simplicité volontaire, mais peu savent à quel point il poussait cette logique dans ses rituels d’hygiène quotidienne. Refusant les produits manufacturés issus de l’industrie coloniale britannique, il prônait un retour aux méthodes ancestrales et naturelles.

Parmi ses habitudes les plus marquantes figurait l’utilisation de la poudre de charbon de bois pour se brosser les dents. Pour lui, utiliser un dentifrice commercial n’était pas seulement une dépense inutile, c’était une forme de dépendance envers un système qu’il cherchait à renverser.

Il complétait ce soin par l’utilisation de bâtonnets de bois, souvent du neem, qu’il mâchait pour en faire une brosse naturelle aux propriétés antiseptiques. Cette approche de l’hygiène s’inscrivait dans sa philosophie du Swaraj, ou l’autonomie individuelle.

Pour Gandhi, la libération d’une nation commençait par la maîtrise de son propre corps et de ses besoins les plus élémentaires. Il expérimentait sans cesse des régimes alimentaires et des soins corporels basés sur les éléments terre, eau et air, considérant le corps comme un temple sacré devant être entretenu sans artifice.

Cette discipline quotidienne, bien que perçue comme excentrique par certains de ses contemporains, était le socle de sa résistance psychologique. En se dépouillant de tout besoin superflu, il devenait invulnérable aux pressions matérielles du pouvoir colonial.

La dignité du travail manuel et le symbole des sandales

Si le rouet est devenu le symbole mondial de la résistance indienne, la cordonnerie occupe une place tout aussi cruciale dans l’évolution spirituelle de Gandhi. C’est durant ses années en Afrique du Sud qu’il apprit à travailler le cuir à la Ferme Tolstoï, une communauté ashramique qu’il avait fondée.

Le fait que Gandhi, né dans une caste de commerçants (les Vaishyas), se mette à fabriquer des sandales était une révolution sociale en soi. En Inde, le travail du cuir était traditionnellement réservé aux « intouchables », et Gandhi voulait briser ces barrières de caste par l’exemple personnel.

Il fabriquait ses propres sandales avec une précision d’artisan, voyant dans le travail manuel une forme de méditation active. Pour lui, aucun travail n’était indigne, et l’autosuffisance passait par la capacité de chacun à produire ce dont il avait besoin.

L’histoire la plus touchante liée à ce talent est sans doute celle de ses relations avec le général Jan Smuts, son principal adversaire politique en Afrique du Sud. Gandhi fabriqua une paire de sandales en cuir et les offrit à Smuts avant de quitter le pays.

Des années plus tard, en 1939, pour le 70e anniversaire de Gandhi, le général Smuts lui renvoya les sandales avec un message empreint d’une immense émotion. Il avoua les avoir portées chaque été pendant des années, ajoutant qu’il n’était pas digne de « marcher dans les chaussures d’un si grand homme ».

Cette anecdote illustre parfaitement le concept de Satyagraha : la force de la vérité et de l’amour capable de transformer un adversaire en un ami respectueux à travers des gestes de pure bonté.

Le dialogue impossible face à l’horreur nazie

L’un des épisodes les plus controversés et les moins compris de la vie de Gandhi est sa tentative de communication avec Adolf Hitler à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. En 1939, puis en 1941, le Mahatma prit la plume pour s’adresser directement au dictateur allemand.

Ce qui frappe immédiatement dans ces missives est l’utilisation de l’expression « Cher ami ». Pour beaucoup, ce ton paraissait d’une naïveté déconcertante, voire offensante, face à la montée de la barbarie nazie. Pourtant, pour Gandhi, il s’agissait d’une application stricte de la non-violence radicale.

Sa philosophie lui interdisait de déshumaniser qui que ce soit, même l’homme responsable des pires atrocités. En l’appelant « ami », Gandhi tentait d’activer la part d’humanité qu’il croyait présente en chaque individu, espérant un sursaut de conscience.

Dans ses lettres, il implorait Hitler de ne pas sacrifier l’humanité pour des gains territoriaux ou de puissance. Il expliquait que la force brute ne pourrait jamais triompher de l’esprit humain et que la guerre ne laisserait derrière elle que des ruines morales.

Ces courriers n’atteignirent jamais Berlin, car ils furent systématiquement interceptés par les autorités britanniques qui craignaient l’impact diplomatique d’une telle correspondance. Gandhi savait que ses chances d’être entendu étaient infimes, mais il considérait qu’il était de son devoir moral de proposer une alternative pacifique jusqu’au dernier instant.

Cette démarche montre l’audace, parfois perçue comme une forme d’idéalisme absolu, d’un homme qui refusait de croire que le mal puisse avoir le dernier mot. Il appliquait la même logique aux Britanniques, les combattant sans relâche mais sans jamais les haïr.