Article | Les éruptions volcaniques les plus longues de l’Histoire

La puissance tellurique des volcans est souvent associée à des explosions soudaines, brèves et dévastatrices, comme celle qui figea Pompéi dans le temps.

Pourtant, la réalité géologique nous enseigne que certains monstres de feu préfèrent la persistance à la fulgurance, s’installant dans des phases éruptives qui s’étirent sur des décennies, voire des millénaires.

Ces phénomènes de longue durée, souvent moins violents mais tout aussi transformateurs pour le paysage, redéfinissent notre perception du temps terrestre.

Le Kilauea à Hawaï : un record de l’ère moderne

Lorsque l’on évoque la longévité volcanique contemporaine, le Kilauea, situé sur l’île principale d’Hawaï, s’impose immédiatement comme la référence absolue des scientifiques. Son éruption au niveau du cône du Pu’u ‘O’o, débutée le 3 janvier 1983, a duré sans interruption majeure jusqu’en 2018, totalisant plus de 35 ans d’activité continue.

Cette éruption effusive a produit des volumes de lave basaltique phénoménaux, redessinant totalement la topographie de la côte sud de l’île et ajoutant des centaines d’hectares de nouvelles terres à l’archipel.

Le Kilauea est ce que l’on appelle un volcan bouclier, alimenté par un point chaud, ce qui lui permet de maintenir un débit régulier sans pour autant accumuler une pression explosive critique.

La fin de ce cycle en 2018 a été marquée par un effondrement spectaculaire de la caldeira sommitale, rappelant que même les éruptions les plus longues finissent par se transformer ou s’épuiser. Ce laboratoire à ciel ouvert a permis aux volcanologues de comprendre la dynamique des tunnels de lave et la manière dont une éruption peut s’auto-entretenir pendant des décennies.

Le Stromboli : le phare millénaire de la Méditerranée

Si le Kilauea impressionne par sa régularité récente, le Stromboli, situé dans les îles Éoliennes en Italie, joue dans une catégorie temporelle bien différente. Surnommé le « Phare de la Méditerranée » depuis l’Antiquité, ce volcan est en éruption quasi permanente depuis au moins 2 000 ans, selon les témoignages historiques.

Son activité, si spécifique qu’elle a donné son nom au type « strombolien », se caractérise par des explosions de bulles de gaz projetant des lambeaux de lave à intervalles réguliers, parfois toutes les quelques minutes.

Ce mécanisme de « soupape » permet au volcan de ne jamais accumuler assez de pression pour une explosion majeure, tout en restant constamment actif.

Les navigateurs grecs et romains utilisaient déjà les lueurs rouges de ses projections nocturnes pour se repérer en mer Tyrrhénienne. Cette longévité exceptionnelle en fait l’une des éruptions les plus longues de l’histoire humaine documentée, témoignant d’un équilibre parfait entre l’apport de magma profond et le dégazage en surface.

Le mont Yasur et les records de continuité au Vanuatu

Dans le Pacifique Sud, l’archipel du Vanuatu abrite un autre géant de la persistance : le mont Yasur. Ce volcan est en éruption continue depuis plus de 800 ans, un cycle observé pour la première fois par le capitaine Cook en 1774, qui fut attiré par les lueurs rougeoyantes à l’horizon.

Le Yasur est fascinant car il offre un spectacle de bombes volcaniques et de cendres de manière incessante, sans que son conduit ne se bouche jamais. C’est cette fluidité du système magmatique qui permet une telle durée, le volcan fonctionnant comme une cheminée ouverte directement sur les entrailles de la Terre.

Contrairement aux éruptions effusives de type hawaïen, le Yasur maintient une activité explosive modérée mais constante. Cette caractéristique en fait l’un des volcans les plus surveillés au monde, car le moindre changement dans la fréquence des explosions peut indiquer une modification majeure de sa structure interne.

Les éruptions géologiques : quand le temps se compte en millions d’années

Pour trouver les éruptions les plus longues de l’histoire de la Terre, il faut toutefois quitter l’échelle humaine pour l’échelle géologique. Les trapps, ou grandes provinces ignées, représentent des épisodes de volcanisme si massifs qu’ils ont duré des centaines de milliers, voire des millions d’années, modifiant radicalement le climat terrestre.

Les trapps du Deccan en Inde, formés il y a environ 66 millions d’années, résultent d’une série d’éruptions massives qui se sont étalées sur près de 700 000 ans. Ces épanchements de basalte ont recouvert une surface immense, libérant des quantités de gaz carbonique et de soufre suffisantes pour provoquer des extinctions massives.

De la même manière, les trapps de Sibérie, responsables de l’extinction du Permien-Trias, ont connu une activité volcanique s’étirant sur environ deux millions d’années.

À cette échelle, on ne parle plus de simples volcans, mais de véritables bouleversements planétaires où la croûte terrestre semble se déchirer pour laisser place au manteau pendant des éons.

Pourquoi certaines éruptions ne s’arrêtent-elles jamais ?

La question de la durée d’une éruption repose sur un équilibre complexe entre la chambre magmatique et la pression exercée par les gaz tectoniques. Pour qu’une éruption dure des décennies, il faut que l’apport de magma frais en provenance du manteau soit égal au volume de lave et de gaz expulsé par le cratère.

La viscosité du magma joue également un rôle crucial ; un magma fluide (basaltique) s’écoulera facilement, permettant une éruption longue et stable. À l’inverse, un magma visqueux (rhéolitique) aura tendance à boucher le conduit, provoquant une accumulation de pression qui se solde par une explosion violente mais brève.

Enfin, le contexte tectonique est déterminant. Les volcans situés sur des points chauds ou des zones de subduction particulièrement actives bénéficient d’un approvisionnement constant en matériel fondu.

C’est cette « alimentation directe » qui permet à des édifices comme l’Etna ou le Piton de la Fournaise de maintenir des cycles éruptifs extrêmement fréquents et prolongés.