Infographie | 4 infos étonnantes sur l’économie

L’économie est souvent perçue comme une science froide et rigide, régie par des lois immuables que seuls les initiés pourraient décrypter. Pourtant, derrière les graphiques de croissance et les courbes d’inflation se cachent des réalités qui défient parfois l’entendement et la logique commune.

En observant de plus près les rouages de notre système mondial, on découvre des mécanismes paradoxaux où la richesse se cache dans les déchets et où la dette devient un pilier de stabilité.

Le gigantisme invisible des marchés dérivés

Le monde de la finance ne se limite pas aux actions que vous achetez ou aux comptes d’épargne que vous détenez. Il existe une couche supérieure, massive et largement invisible, que l’on appelle le marché des produits dérivés.

Ces instruments financiers sont, par essence, des contrats dont la valeur dépend (ou « dérive ») d’un autre actif, comme le prix du pétrole, les taux d’intérêt ou même la météo. Ce qui est vertigineux, c’est la dimension que ce marché a prise au fil des décennies, atteignant une valeur notionnelle estimée à un million de milliards de dollars.

Pour bien saisir l’ampleur de ce chiffre, il faut le comparer au Produit Intérieur Brut (PIB) mondial, qui représente la production réelle de richesse de toute l’humanité en un an. Ce dernier s’élève à environ 100 000 milliards de dollars.

Cela signifie que les paris financiers et les couvertures de risques pèsent dix fois plus lourd que l’économie réelle. C’est un monde où l’on échange des promesses et des risques à une échelle qui dépasse notre capacité de représentation mentale.

Il est toutefois crucial, par souci d’honnêteté intellectuelle, de distinguer la valeur notionnelle de la valeur de marché réelle. La valeur notionnelle est le montant total sur lequel porte le contrat, alors que la valeur de marché représente ce que le contrat vaut si on l’annulait aujourd’hui.

Bien que la valeur réelle soit bien moindre, l’effet de levier et l’interconnexion de ces contrats créent un risque systémique majeur. Si un maillon important de cette chaîne vient à rompre, c’est l’ensemble de l’édifice qui peut s’effondrer, comme nous l’avons entrevu lors de la crise de 2008.

L’exploitation minière urbaine et le trésor des rebuts

Nous avons longtemps cru que la richesse minérale de notre planète se trouvait exclusivement sous la terre, dans des filons d’or ou des veines de cuivre profondes. Cependant, une révolution silencieuse est en marche : l’avènement de l’exploitation minière urbaine.

Aujourd’hui, nos tiroirs et nos déchetteries contiennent des gisements bien plus denses que les mines les plus riches d’Afrique du Sud ou d’Australie. Le constat est sans appel : une tonne de smartphones contient environ cent fois plus d’or qu’une tonne de minerai brut extrait d’une mine d’or traditionnelle.

Cette concentration extraordinaire s’explique par la miniaturisation extrême de nos technologies. Pour faire fonctionner nos processeurs et assurer une connectivité parfaite, nous utilisons des métaux précieux en quantités infimes mais très pures.

Le recyclage de ces appareils ne répond plus seulement à une urgence écologique, mais devient un impératif économique stratégique. Extraire l’or d’une roche minière nécessite de broyer des tonnes de pierre, d’utiliser des quantités massives de cyanure et de consommer une énergie colossale.

À l’inverse, récupérer les composants d’un smartphone, bien que complexe techniquement, s’avère bien plus efficace en termes de rendement par masse traitée. Nous sommes passés d’une économie d’extraction à une économie de récupération où nos déchets sont nos nouvelles matières premières.

Malgré ce potentiel, le taux de collecte mondial reste désespérément bas, souvent freiné par le coût de la main-d’œuvre nécessaire au désassemblage. L’enjeu des prochaines années sera de robotiser ce processus pour rendre la mine urbaine plus compétitive que la mine terrestre.

La résilience paradoxale de l’endettement japonais

Si l’on suit les préceptes de l’économie classique, un pays dont la dette dépasse les 100 % de son PIB entre dans une zone de turbulences dangereuse. Le Japon, pourtant, affiche une dette publique vertigineuse dépassant les 250 % de son PIB depuis des années.

N’importe quel autre pays aurait déjà subi une fuite des capitaux, une dévaluation massive de sa monnaie ou une mise sous tutelle internationale. Le Japon, lui, continue d’emprunter à des taux extrêmement bas, défiant toutes les lois de la gravité financière.

L’explication de ce miracle, ou de ce mirage selon les points de vue, réside dans la structure même de cette dette. Contrairement à la Grèce ou à d’autres nations en crise, la dette japonaise est détenue à plus de 90 % par des investisseurs nationaux.

Ce sont les citoyens japonais, via leur épargne, et la Banque du Japon qui financent l’État. Le risque de spéculation étrangère est donc quasiment nul, car le pays ne dépend pas du bon vouloir des marchés internationaux pour boucler son budget.

C’est une forme de circuit fermé où la population prête son argent à son propre gouvernement pour maintenir un modèle social et des infrastructures de haut niveau. Cette situation crée une stabilité artificielle qui protège le pays contre les crises de liquidité immédiates.

Cependant, cette stratégie a un prix : une croissance atone surnommée « la décennie perdue », qui dure en réalité depuis trente ans. Le Japon est devenu un laboratoire mondial pour observer comment une société vieillissante peut gérer un endettement massif sans s’effondrer, mais au prix d’une stagnation séculaire.

Le fardeau invisible du coût de la pauvreté

L’une des plus grandes injustices de notre système économique actuel est connue sous le nom de Poverty Premium, ou la prime à la pauvreté. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle les moins fortunés consommeraient des produits moins chers, la réalité est qu’ils paient souvent plus pour les mêmes services.

Ce mécanisme pervers fait que la précarité engendre des surcoûts structurels qui empêchent toute forme d’accumulation de capital. Pour une famille vivant au mois le mois, il est impossible de profiter des réductions offertes par les achats en gros.

Acheter un paquet de dix kilos de riz revient bien moins cher au kilo que d’acheter dix paquets d’un kilo. Pourtant, sans la trésorerie nécessaire pour avancer la somme, le ménage précaire est contraint de choisir l’option la plus coûteuse à long terme.

Ce phénomène s’étend à presque tous les domaines de la vie quotidienne, de l’énergie aux services financiers. Les foyers les plus pauvres utilisent souvent des compteurs d’électricité à prépaiement, dont les tarifs sont nettement plus élevés que les contrats par prélèvement automatique.

De même, l’accès au crédit est un terrain miné : ne pouvant accéder aux prêts bancaires classiques, ces ménages se tournent vers des crédits à la consommation aux taux d’intérêt usuriers. Ils finissent par rembourser deux ou trois fois la valeur initiale du bien acheté par nécessité.

La prime à la pauvreté est estimée à environ 20 % de surcoût sur les dépenses essentielles. C’est un cercle vicieux où il faut être déjà riche, ou au moins stable, pour avoir le privilège de payer les choses à leur juste prix.