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Ce docu n'a pas de note Alors que Washington vient d’accuser le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit MBS, d’avoir « validé » le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018, ce documentaire dense et captivant nous replonge au coeur du régime saoudien et met cette affaire en regard de l’irrésistible ascension de MBS. Le 2 octobre 2018, à Istanbul, le journaliste Jamal Khashoggi entre au consulat saoudien. Il n’en ressortira pas vivant. Révélés grâce à un enregistrement audio fourni par les services secrets turcs, son assassinat et le démembrement de son cadavre par des barbouzes ont secoué l’opinion internationale. Comment la monarchie pétrolière, dirigée depuis 2015 par le roi Salmane et son fils Mohammed ben Salmane, dit « MBS », en est-elle arrivée là ? Pour le comprendre, ce premier épisode retrace l’accession au pouvoir du roi et de son fils. Homme puissant, le premier a transmis tout son savoir au second. Nommé ministre de la Défense en 2015, le jeune prince s’illustre par une sanglante campagne militaire au Yémen contre les rebelles chiites houthis soutenus par l’Iran. Interviewé à l’époque, Jamal Khashoggi, éditorialiste et fin connaisseur du régime saoudien, n’a rien d’un opposant et défend l’opération. Mais il aura l’outrecuidance, en 2016, d’émettre des réserves sur l’idylle entre son pays et la nouvelle administration Trump. Dès lors, il se voit interdire l’exercice de son métier. Parallèlement, Mohammed ben Salmane, devenu prince héritier en juin 2017 après avoir évincé ses rivaux, a mis au pas le réseau social Twitter, autrefois espace de liberté prisé des Saoudiens, désormais outil de propagande, de délation et d’oppression. Mohammed ben Salmane a toujours nié avoir été informé de l’opération Khashoggi, tout en endossant du bout des lèvres sa responsabilité en tant que dirigeant. Mais selon un rapport de la CIA, largement minimisé par l’administration Trump, il en était certainement le commanditaire. Témoignages à l’appui, cette enquête rouvre le solide dossier dont disposait l’agence de renseignements. Interviewée dans le film, Agnès Callamard, rapporteure aux Nations unies, qualifie ainsi le meurtre du journaliste de « crime d’État ». Élargissant la focale, l’enquête met l’affaire en regard de la dangereuse concentration des pouvoirs et de la confiscation des libertés – dans un pays peu enclin aux excès dans ce domaine – opérées par le jeune monarque en quelques années. Libéral en apparence – il a, entre autres, assoupli le rigorisme des tenues féminines et autorisé le cinéma –, le prince héritier réprime la moindre velléité de contestation. Décidé à faire de son pays le leader du Moyen-Orient et à diversifier une économie dépendante du pétrole, ce trentenaire affichant son intérêt pour le business et les nouvelles technologies applique une ligne définie par son père, selon laquelle on ne saurait manœuvrer l’Arabie saoudite par la douceur. L’opération Khashoggi, dont les dissidents saoudiens ont fait un symbole, a définitivement décillé les yeux de la communauté internationale à l’égard de « MBS ». Spécialiste du Moyen-Orient, le journaliste d’investigation Martin Smith a interviewé et échangé des SMS avec l’évasif jeune monarque. Il s’est entretenu à plusieurs reprises avec Jamal Khashoggi et a rencontré tous les acteurs clés du dossier – dignitaires saoudiens, ex-agents de la CIA, activistes, proches de détenus politiques, militant des droits de l’homme… –, ainsi que de nombreux experts. Nourrie d’un riche fonds d’archives, de témoignages parfois poignants et d’images d’actualité, son enquête raconte avec brio l’implacable engrenage qui a conduit à ce crime sordide et offre une saisissante incursion dans les arcanes du pouvoir saoudien. Documentaire de Linda Hirsch et Martin Smith disponible jusqu’au 29/03/2021.