Infographie | 4 infos insolites sur Caudry

Nichée au cœur du Cambrésis, dans le département du Nord, la ville de Caudry déploie un récit fascinant qui dépasse largement les frontières de sa géographie.

Souvent méconnue du grand public, cette cité recèle pourtant des trésors de patrimoine, des légendes mystiques et un rayonnement international qui s’invite jusque dans les palais royaux.

À travers l’exploration de son passé industriel, de ses traditions populaires et de ses cicatrices historiques, nous vous invitons à découvrir l’âme singulière de cette commune hors du commun.

Les sombres mémoires du riot des morts

Le paysage paisible de la campagne caudrésienne cache en son sein les échos d’une tragédie qui remonte à l’époque de la Révolution française.

En avril 1794, la région devient le théâtre d’affrontements d’une violence inouïe entre les armées républicaines françaises et les troupes de la coalition européenne.

C’est précisément le 26 avril que se joue un épisode particulièrement sanglant, connu sous le nom de bataille de Beaumont ou de Troisvilles, dont les répercussions marquèrent à jamais le sol de Caudry.

Le terme de « riot », qui signifie petit ruisseau ou fossé en patois local, désigne un modeste cours d’eau serpentant dans un ravin encaissé.

Au cours des combats, ce qui n’était qu’un simple accident géographique s’est transformé en un véritable charnier à ciel ouvert sous la pression des charges de cavalerie.

Les soldats français, acculés par les forces supérieures du duc d’York, furent précipités dans ce ravin où les corps s’entassèrent par centaines, au point d’obstruer le passage naturel de l’eau.

Aujourd’hui, le Riot des Morts demeure un lieu chargé d’une atmosphère pesante pour ceux qui connaissent son histoire.

Cette appellation lugubre n’est pas une simple licence poétique, mais le reflet d’une réalité historique où le sang a littéralement coulé dans la terre pour fertiliser les champs de la mémoire collective.

La topographie des lieux porte encore les stigmates de cette défaite écrasante, rappelant que la liberté et la défense du territoire ont exigé un tribut humain colossal à l’aube de la modernité française.

La dévotion séculaire à sainte Maxellende

Si l’on lève les yeux vers le ciel caudrésien, c’est la silhouette imposante de la basilique Sainte-Maxellende qui domine l’horizon avec sa structure néogothique majestueuse.

Bien plus qu’un simple édifice religieux, cette basilique est le réceptacle d’une légende fondatrice qui attire, depuis des siècles, des pèlerins venus de toute l’Europe.

L’histoire de Maxellende, jeune femme noble du VIIe siècle, est au cœur de l’identité spirituelle de la cité, mêlant foi, tragédie familiale et miracles.

La tradition relate que Maxellende fut martyrisée par son propre père, Harduin, pour avoir refusé de se marier et choisi de consacrer sa vie à Dieu.

Au moment où le corps de la sainte fut transporté vers sa dernière demeure, un miracle se produisit : son père, qui avait perdu la vue après son acte criminel, recouvra soudainement l’usage de ses yeux.

Depuis cet événement, sainte Maxellende est invoquée comme la patronne des aveugles et des malvoyants, transformant Caudry en un centre de guérison spirituelle.

Le pèlerinage annuel, qui se déroule autour de la mi-novembre, est un moment de ferveur intense où les reliques de la sainte sont portées en procession à travers les rues.

Les fidèles et les curieux s’y pressent pour admirer les vitraux d’une finesse exceptionnelle et l’architecture grandiose de la nef, qui n’a rien à envier aux plus grandes cathédrales.

Ce lien indéfectible entre la ville et sa sainte protectrice témoigne d’une résilience culturelle qui a survécu aux guerres et à la déchristianisation, ancrant Caudry dans une dimension sacrée.

L’excellence mondiale de la dentelle caudrésienne

Caudry n’est pas seulement une ville d’histoire et de foi ; elle est avant tout la capitale mondiale d’un artisanat de luxe d’une complexité inouïe.

Spécialisée dans la dentelle Leavers, la ville partage avec Calais le monopole de cette technique ancestrale qui permet de créer des motifs d’une précision et d’une solidité inégalables.

Chaque centimètre de textile produit ici est le résultat d’une danse mécanique orchestrée par des métiers à tisser pesant plusieurs tonnes, hérités de la révolution industrielle.

Le prestige de la dentelle de Caudry est tel qu’il s’invite sur les podiums des plus grandes maisons de couture parisiennes et internationales.

De Chanel à Dior, en passant par Givenchy, les créateurs voient en ce matériau une source d’inspiration infinie pour leurs collections de haute couture.

La finesse des motifs floraux et la légèreté de la maille font de cette production un symbole de l’élégance à la française, exporté aux quatre coins du globe.

L’un des plus grands titres de gloire récents de la cité textile fut la confection de la dentelle pour la robe de mariée de Kate Middleton, la duchesse de Cambridge.

Cet événement a mis en lumière le savoir-faire exceptionnel des dentelliers caudrésiens, capables de répondre aux exigences les plus extrêmes des cours royales.

En parcourant le Musée de la Dentelle et de la Mode, le visiteur prend conscience que derrière chaque robe de tapis rouge se cachent des ouvriers passionnés, gardiens d’un patrimoine industriel vivant et vibrant.

L’âme populaire incarnée par batisse et laïte

Pour comprendre l’identité profonde de Caudry, il faut se pencher sur ses traditions populaires et ses figures emblématiques : les géants.

Dans le Nord de la France, les géants sont bien plus que des marionnettes géantes ; ils sont les membres à part entière de la communauté, les gardiens de l’histoire locale.

À Caudry, ce sont Batisse et Laïte qui règnent sur les festivités, incarnant le passé laborieux et l’esprit festif de la population.

Créés en 1921, ces deux géants ont une fonction hautement symbolique car ils représentent les métiers qui ont fait la richesse de la ville.

Batisse est le tisserand, celui qui dompte les fils pour créer la trame, tandis que Laïte est la bobineuse, dont le travail de préparation est essentiel à la qualité du produit fini.

Leurs habits, calqués sur les tenues de travail du début du XXe siècle, rappellent à chaque sortie le passé textile et les racines ouvrières de la cité.

Leur apparition lors des carnavals et des ducasses déclenche une joie communicative, unissant les générations autour d’un socle culturel commun.

Portés par des bénévoles aguerris, ils dansent au son des fanfares, rappelant que même au cœur de l’industrie, l’humanité et la fête conservent leurs droits.

Batisse et Laïte ne sont pas seulement des témoins du passé ; ils sont la preuve que Caudry sait honorer ses racines tout en cultivant un sens aigu de la convivialité et du partage.


Caudry se révèle être une ville aux multiples facettes, où la brutalité de l’histoire côtoie la délicatesse de la dentelle, et où la foi se mêle à la fierté ouvrière.

Chaque rue, chaque monument et chaque tradition raconte une part de l’aventure humaine, faisant de cette cité du Nord un lieu d’une richesse insoupçonnée.

Que l’on soit attiré par l’éclat des défilés de mode ou par le silence recueilli d’une basilique, Caudry offre une expérience authentique et inoubliable.