Ce séminaire a vocation à mettre en lumière les travaux en cours des membres de l’association, publiés ou en cours de publication, portant sur les musiques populaires.
Interventions :
– Sangheon Lee : Mise en musique de l’urgence et du nihilisme : le punk hardcore américain des années 1980. L’essor de la musique dite punk hardcore, aux États-Unis à la fin des années 1970 et au début des années 1980, n’était pas seulement le résultat d’une sous-culture de jeunes, mais était, bien plus profondément, lié à un certain contexte et à la situation psychosociale où se trouvait toute la société états-unienne d’alors. Nous recherchons ici quelle est la nature du lien entre les modalités proprement musicales de cette expression et la situation où elle s’exprimait, en nous appuyant sur deux notions : « urgence » et « nihilisme ». Si le punk hardcore a fait l’objet d’une attention croissante au cours des vingt dernières années, les musicologues n’ont encore guère rendu justice à cette musique. Prenant acte de cette lacune, nous visons à décrypter sa dimension sociale à partir d’une analyse scrupuleuse les « matériaux musicaux » eux-mêmes de certains morceaux représentatifs.
– Manuel Roux : Faire « carrière » dans le punk ? : une étude de la scène punk DIY en France
Faire carrière dans le punk a-t-il un sens aujourd’hui – pour autant que cette idée ait pu en avoir un au cours du demi-siècle écoulé ? Pourquoi le rapport au travail artistique est-il devenu clivant en matière d’authenticité punk au point de contraindre les acteurs de la scène DIY à ne se définir que par opposition aux catégories artistiques et professionnelles, à n’occuper constamment que des positions d’artistes non/ artistes et de travailleurs artistiques/non travailleurs, de tenir à distance l’émotion musicale même, sous peine de perdre l’accréditation punk de la scène DIY ? La question se redouble d’une seconde strate de complexité dans la mesure où l’identité punk elle-même n’est que faiblement endossée par les acteurs. En contrepoint de cette posture, le régime de radicalité qui organise le logiciel punk de la scène DIY valorise l’intelligence punk. Celle du métier appris sur le tas, des compétences Do it yourself (« Fais-le toi-même), de la capacité à développer des réseaux auto-suffisants, de la possibilité de faire seul ou ensemble mais pas forcément contre. Ce qui ne laisse pas de surprendre : le punk DIY peut à la fois revendiquer une forme de rigidité identitaire et se couler lorsqu’il le faut dans les méandres du système pour peu que le système à son tour détourné devienne une ressource propice à garantir l’indépendance de la scène et, surtout, que la possibilité reste offerte de négocier dans cet entre-deux une construction identitaire dans laquelle les acteurs doivent fournir les preuves réitérées de leur attachement à la scène, de leur pureté ou de la pureté de leurs actes. C’est le décryptage de cette scène complexe que cette thèse de doctorat entreprend en considérant que la scène punk DIY est à la fois une scène punk à part entière et une scène punk entièrement à part.