Ils ont entretenu les tranchées, fait tourner les usines, alimenté les chantiers… puis ramassé les morts, au milieu des munitions non explosées. À partir du journal intime de l’un d’entre eux, le destin oublié des 140 000 ouvriers chinois envoyés en France pendant la Première Guerre mondiale.
Entre 1916 et 1918, 140 000 ouvriers chinois partent travailler en Occident, envoyés par le gouvernement de Pékin pour soutenir l’effort de guerre sur le front de l’Ouest. Alors toujours meurtrie par son « siècle de la honte » (cent ans de crise politique, économique et guerrière), la Chine propose cet afflux de main-d’œuvre dans l’espoir de retrouver un siège à la table des puissants. Avant d’arriver à destination, les ouvriers, pour la plupart analphabètes, ignorent qu’ils ont été recrutés pour participer à l’effort d’une guerre dont ils n’ont même pas connaissance. Pour un franc de 1916 par jour, ils travaillent quotidiennement dix heures, sept jours sur sept. Entretien des tranchées, production à l’usine, chantiers en tout genre, travaux de docker… Déployée sur tout le continent, la main-d’œuvre chinoise, mal considérée et mal traitée, permet pourtant à la logistique française de tenir durant les deux dernières années du conflit. Après la guerre, ces mêmes ouvriers sont employés à nettoyer les champs de bataille et y ramasser les morts. Au prix de leur vie, souvent, du fait du nombre incalculable de munitions non explosées fichées dans le sol.
Enquête historique
À partir du journal intime de l’ouvrier Gu Xingqing, débuté en 1917, et des travaux du jeune historien Zhang Yan, parti sur les traces de travailleurs dont sa génération ignore tout, le documentariste Jordan Paterson ravive un épisode méconnu de l’histoire de la Grande Guerre. En mettant en lumière les motivations personnelles et le destin individuel des ouvriers, notamment grâce aux témoignages de leurs descendants, on entrevoit ce qu’a produit la rencontre de deux cultures – occidentale et chinoise – qui ne s’étaient jusqu’ici jamais fréquentées à cette échelle. Outre la passionnante enquête historique, il faut souligner le soin particulier accordé à l’image, aux couleurs et au cadre de ce documentaire, qui inclut des reconstitutions dignes d’un long métrage de cinéma.
Documentaire de Jordan Paterson (2024, 52mn) disponible jusqu’au 11/05/2026