Dans cet épisode passionnant du podcast Bookmakers d’ARTE Radio, Richard Guettet s’entretient avec la scénariste et autrice Loo Hui Phang.

Née au Laos et arrivée en France après avoir fui les Khmers rouges, elle revient sur son parcours atypique, son rapport à l’écriture et les mécanismes intimes qui façonnent ses bandes dessinées, ses pièces de théâtre et ses romans. Une immersion captivante dans la fabrique d’une œuvre poétique, exigeante et profondément marquée par le thème du déplacement.

Ce qu’il faut retenir

L’écriture comme espace de liberté et de reconstruction : pour Loo Hui Phang, l’acte de créer permet de combler le silence familial entourant le déracinement et l’exil.

Le principe du contrepoint visuel et textuel : sa règle fondamentale en bande dessinée consiste à ne jamais nommer dans le texte ce qui est déjà montré par l’image.

La puissance de l’ambiguïté : ses récits explorent des personnages aux frontières floues, incarnant la transformation, le désir et le refus des assignations identitaires.

L’héritage de l’exil et le besoin de raconter

Le rapport à l’écriture de Loo Hui Phang plonge ses racines dans l’histoire familiale. La traversée du Mékong pour fuir la dictature marque le début d’un long périple vers la France.

Face au silence de ses parents, pudiques sur les souffrances du passé, la jeune fille investit l’imaginaire.

Raconter des histoires devient un besoin vital. Le récit comble l’amnésie et transforme le vide en un territoire de création inépuisable.

Une esthétique fondée sur l’économie des mots

Sa méthode de travail en bande dessinée s’appuie sur une discipline stricte. L’autrice traque la redondance entre le dessin et la parole.

L’image porte une sensation physique et visuelle. Le texte doit apporter une autre dimension, sans jamais paraphraser le cadre.

En éliminant les adverbes inutiles et les structures hésitantes, elle affine un style incisif. Chaque mot devient une constellation qui résonne avec le dessin.

Identités mouvantes et figures de la métamorphose

Ses récits mettent en scène des personnages insaisissables, souvent en marge. Les questions de genre, d’attraction et de transformation irriguent son œuvre.

Cette fascination pour la fluidité des êtres reflète une distance critique avec les étiquettes sociétales.

À travers des figures puissantes et parfois menaçantes, elle interroge la vulnérabilité humaine et la force des instincts.

Un parcours au croisement des arts

Avant d’arriver à la bande dessinée par accident, Loo Hui Phang étudie la littérature et le cinéma. Ses influences vont de François Truffaut à Arthur Rimbaud.

Sa rencontre avec le scénariste américain Chris Claremont alimente également sa réflexion sur le séquençage et le rythme narratif.

Cette culture hybride lui permet d’aborder la bande dessinée non pas comme une simple juxtaposition de cases, mais comme un espace scénique et cinématographique complet.