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Ce docu n'a pas de note Née en 1923 à Kapuvar à l’ouest de la Hongrie, Judit Reigl s’était installée en France en 1950. Peintre abstraite reconnue, Judit Reigl s’est éteinte le 7 août dernier à 97 ans. Une occasion de revenir sur son œuvre.

Judit Reigl : qui est cette figure de la peinture abstraite ?

Lorsqu’on pense à une peinture abstraite, difficile de ne pas évoquer les œuvres de Judit Reigl. Décrite comme une peintre surréaliste, gestuelle et figurative, Judit Reigl a fait évoluer son art au fil des évènements marquants de sa vie. Formée à l’Académie des Beaux-Arts de Budapest de 1941 à 1946, elle décide de quitter clandestinement la Hongrie en proie à la guerre et au stalinisme. En 1950, l’artiste peintre traverse le rideau de fer pour rejoindre Paris et son compagnon d’études à l’École des beaux-arts de Budapest, Simon Hantaï. Introduite auprès d’André Breton en 1954, Judit Reigl fréquente les réunions du groupe surréaliste et expose dans les galeries les plus célèbres du moment.

Judit Reigl en 3 œuvres

Passant du surréalisme à la peinture abstraite, Judit Reigl est une référence de l’Abstraction gestuelle d’après-guerre. « Ils ont soif insatiable de l’infini », « Éclatements » et « Déroulement » font partie des œuvres majeures de l’artiste.

« Ils ont soif insatiable de l’infini » (1950)

Réalisée l’année de son arrivée en France, l’œuvre « Ils ont soif insatiable de l’infini » fût offerte à André Breton des suites d’une visite de son atelier en guise de remerciement. Cette œuvre donne une vision cauchemardesque de la fuite sans fin d’un cavalier énigmatique, inspirée par Lautréamont et par une gravure de Goya extraite des « Désastres de la guerre ». Ces figures zoomorphes aux couleurs vives reflètent les craintes de l’artiste et traduit son expérience de la guerre et des régimes totalitaires. Cette peinture fût exposée pour la première fois aux côtés de quatorze autres œuvres de l’artiste en novembre 1954, à la galerie L’Étoile Scellée. Il s’agit alors de l’exposition personnelle organisée par André Breton. « Cette œuvre, du premier instant que je l’ai vue, j’ai su qu’elle participait du grand sacré et son entrée chez moi me fait l’effet d’un signe solennel. Je n’aurais jamais cru que cette parole de Lautréamont pût trouver image à sa hauteur, et j’ai été bouleversé de son adéquation totale à celle-ci, qui s’est jetée à ma tête quand j’entrai chez vous », écrivait André Breton à Judit Reigl.

« Éclatements » (1956-1960)

Avec cette première série de peinture, l’artiste s’émancipe de l’art surréaliste et se dirige vers la peinture abstraite. Combinant peinture abstraite et travail en série, chaque œuvre de la série « Éclatements » est marquée par une gestualité intense. La peinture y est projetée, sans dessin préparatoire, en se concentrant sur une gestuelle centrifuge. « Tout mon corps participe au travail, à la mesure des bras grands ouverts. C’est avec des gestes que j’écris dans l’espace donné, des pulsations, des pulsions », expliquait Judit Reigl en référence à son travail et sa manière d’aborder la peinture abstraite.

« Déroulement » (1973)

À partir de 1973, avec la série intitulée « Déroulements », Judit Reigl emploie une gestuelle totale, sans contrainte, peinture abstraite après peinture abstraite. « Le Déroulement, c’est ça : une action dans la durée pour trouver cette source fixe qui permet que le mouvement existe », précise l’artiste dans un entretient avec Jean-Paul Ameline réalisé pour Art in America international review. Caractérisée comme de « l’écriture peinture », la série « Déroulement » est faite de tracés colorés en marchant le long d’une toile verticale non tendue. Après le travail de peinture abstraite de la série « Déroulements », Judit Reigl poursuit avec la « suite des Déroulements » à partir de 1982. Inspirée par musique classique, notamment Jean-Sébastien Bach, la peinture abstraite de l’artiste hongroise donne naissance à une écriture ondulatoire dont le sens de lecture n’est plus horizontal mais vertical.