En direct de Chamonix juste avant le départ de l’UTMB, cet échange réunit le triple vainqueur de l’épreuve, Xavier Thévenard, et Benoît, fondateur de la marque Baouv, ostéopathe et nutritionniste. Ensemble, ils abordent sans tabou le combat de l’athlète contre la forme chronique de la maladie de Lyme, sa reconstruction physique et les piliers d’une nutrition sportive véritablement adaptée à la haute performance et à la santé de long terme.
Ce qu’il faut retenir
- Le traitement de la maladie de Lyme sous sa forme chronique exige une approche globale où l’hygiène nutritionnelle et l’utilisation rigoureuse d’antibiotiques au long cours jouent un rôle décisif pour permettre la régénération de l’organisme.
- Une nutrition sportive efficace sur l’ultra-endurance repose impérativement sur des aliments bruts à index glycémique bas afin d’éviter les pics d’insuline, de préserver le confort digestif et de stabiliser l’énergie.
- La quête de la performance doit désormais s’inscrire dans une démarche globale d’écoresponsabilité, en réduisant notamment l’impact carbone lié aux déplacements et en pratiquant une sobriété éclairée.
L’état de santé de Xavier Thévenard et son combat contre la maladie de Lyme
Xavier Thévenard donne des nouvelles encourageantes de sa santé tout en soulignant la lenteur du processus. Il parvient de nouveau à courir sur de plus longues distances et a même pu remettre un dossard sur deux trails en off, chose impossible l’année précédente. La progression est évidente par rapport aux moments les plus sombres de son infection, même s’il reste encore éloigné de son niveau de forme de 2019.
La flamme et la passion du sport ne l’ont jamais quitté. Son objectif ultime demeure de retrouver la ligne de départ d’un ultra-trail. Son médecin et son équipe rappellent la complexité du diagnostic en France, où la prise en charge médicale des formes chroniques est encore très limitée par les protocoles officiels. Xavier Thévenard suit désormais une trithérapie dispensée par une clinique spécialisée en Allemagne. Ce protocole associe des antibiotiques au long cours et une supplémentation ciblée pour protéger le foie, les reins et la thyroïde. Son excellente hygiène de vie préalable lui permet de supporter des traitements particulièrement lourds que d’autres organismes peinent à tolérer.
Diagnostic, errance médicale et conseils aux malades
La transmission de la maladie de Lyme s’effectue par une piqûre de tique infectée par la bactérie Borrelia ou d’autres co-infections. La prolifération de ces arachnides s’accentue avec le réchauffement climatique et touche désormais les zones de moyenne montagne. L’érythème migrant, signal d’alerte rouge autour de la piqûre, n’apparaît que chez une minorité de patients. De plus, la bactérie peut rester dormante durant des années avant de se manifester brutalement à la suite d’un stress ou d’une baisse d’immunité.
Face au manque de fiabilité des tests sérologiques classiques pratiqués en France et aux contraintes juridiques pesant sur le corps médical, les intervenants conseillent aux personnes touchées de se rapprocher d’associations spécialisées. Il convient de se tourner vers des laboratoires allemands ou américains capables d’effectuer des typages lymphocytaires plus poussés. Sur le terrain, la prévention reste la meilleure arme. Il faut s’inspecter minutieusement après chaque sortie en nature et utiliser une pince à tique adaptée pour extraire le parasite sans lui faire régurgiter ses toxines.
Principes d’une alimentation anti-inflammatoire et préparation de course
L’alimentation de Xavier Thévenard n’a pas subi de révolution majeure après l’apparition de la maladie, car il appliquait déjà une hygiène nutritionnelle exemplaire. Son régime s’appuie sur des produits bruts, 100 % biologiques, totalement exempts de gluten, pauvres en sucres raffinés et riches en antioxydants. Cette stratégie hypoinflammatoire préserve la barrière intestinale en évitant la perméabilité digestive causée par les molécules chimiques ou les aliments ultra-transformés.
À l’approche d’une compétition, l’athlète conserve cet équilibre fondamental sans modifier ses habitudes de manière drastique. Il se contente de supprimer les crudités durant les jours précédents pour prévenir tout désordre intestinal et privilégie les végétaux cuits comme la patate douce. Pour la recharge glucidique, l’apport recommandé se situe entre 5 et 7 grammes de glucides par kilo de corps et par jour entre J-4 et J-2. Il convient d’interrompre cette surcharge à J-1 afin d’éliminer l’excès de rétention d’eau et d’arriver au départ avec un tube digestif libéré.
Gestion de la glycémie, stratégie d’effort et pièges de la caféine
Les erreurs passées ont servi de leçons. L’utilisation de produits formulés à base de sirop de glucose provoque d’importants pics d’insuline immédiatement suivis de réactivités hypoglycémiques destructrices en course. Pour remporter ses plus grandes épreuves, Xavier Thévenard a privilégié des purées salées de patates douces maison avant d’adopter des barres et gels composés d’aliments complets. La présence d’oléagineux et de lipides de qualité permet d’abaisser naturellement l’index glycémique des apports nutritionnels.
La consommation de glucides doit rester modérée et régulière, autour de 50 grammes par heure, loin des dogmes récents prônant des charges massives qui saturent le système digestif. De même, la caféine doit être manipulée avec une extrême précaution. Utilisée trop tôt dans une épreuve, elle accentue la fuite de sodium dans les urines, augmente le risque d’hyponatrimie et provoque un effet rebond de fatigue intense. Son usage doit être strictement réservé aux toutes dernières heures de course pour bénéficier d’un ultime coup de fouet sans dégrader la fonction hépatique.
Santé intestinale, microbiome et complémentation ciblée
L’effort d’ultra-endurance soumet l’appareil digestif à une ischémie permanente et à des chocs répétés qui dégradent la muqueuse. Pour maintenir un confort optimal et soutenir son organisme sollicité par les traitements, Xavier Thévenard utilise des compléments spécifiques. La glutamine nourrit directement les cellules de l’intestin grêle, tandis que le 2′-fucosyllactose et le butyrate renforcent la qualité du mucus digestif et maintiennent les jonctions serrées de l’épithélium.
Un parallèle direct est établi avec le cyclisme professionnel où la quête d’absorption glucidique poussée jusqu’à 150 grammes par heure crée de lourdes contraintes hépatiques et perturbe le microbiote. Un intestin trop sollicité par des sucres de synthèse finit par développer une inflammation chronique. La supplémentation en probiotiques et en acides aminés ciblés devient une obligation pour l’athlète désireux de préserver sa santé globale sur le long terme.
Écologie, sobriété et perspectives d’avenir pour le trail
Interrogés sur l’évolution de l’UTMB et des grandes messes du sport outdoor, les intervenants appellent à une prise de conscience lucide face aux limites de la planète. L’empreinte carbone d’un événement sportif ne réside pas dans l’usage anecdotique de la neige de culture, mais à 80 % dans le transport des participants et des spectateurs. Les voyages en avion et l’utilisation individuelle de la voiture doivent être questionnés pour respecter l’objectif de 2 tonnes de CO2 par an et par personne fixe par les accords internationaux.
Des initiatives concrètes émergent, à l’image du Marathon du Mont-Blanc qui impose l’arrivée d’une part importante de ses coureurs par le train. Xavier Thévenard applique ces principes dans sa vie personnelle en achevant la rénovation complète d’une ferme jurassienne en totale autonomie énergétique et en eau. Il se consacre désormais au développement de stages d’entraînement axés sur la pluridisciplinarité, la reconnexion avec la nature et le respect des écosystèmes, gardant pour objectif prioritaire sa guérison complète.