L’émission de Podcast Science nous plonge au cœur des mystères et des merveilles du monde souterrain. À travers un voyage croisant la biologie, la psychologie, la géologie et la botanique, les intervenants explorent les liens multiples qui unissent le vivant à la terre.

De l’ingestion de minéraux aux adaptations évolutives des animaux et des plantes, cette synthèse offre une vue d’ensemble des secrets enfouis sous nos pieds.

Ce qu’il faut retenir

La géophagie est une pratique ancestrale partagée par l’humain et l’animal pour se détoxifier ou se soigner, bien qu’elle présente des risques de carences à long terme.

L’évolution a façonné des adaptations morphologiques et physiologiques extraordinaires chez les mammifères fouisseurs pour leur permettre de survivre dans des milieux sombres et pauvres en oxygène.

Certaines plantes ont développé la géocarpie, un mécanisme surprenant qui consiste à faire pousser et mûrir leurs fruits directement sous la surface du sol.

Les dents de la terre

Le traitement médical à base de charbon actif ou d’argile comme le Smecta repose sur un phénomène bien connu nommé la géophagie. Cette consommation de terre ou de minéraux remonte à la préhistoire et se retrouve dans de nombreuses cultures. Elle a été documentée dès l’Antiquité par Hippocrate et Galien. Ce comportement s’apparente parfois au syndrome de pica : un trouble caractérisé par l’ingestion de substances non comestibles.

Dans le monde animal, la géophagie remplit des fonctions biologiques précises. Les perroquets pionnes à tête bleue consomment de l’argile pour neutraliser les toxines présentes dans les fruits peu mûrs. De même, les vers de terre ingèrent d’immenses quantités de matière minérale et organique. Ils transforment le sol en humus et jouent un rôle d’ingénieurs des écosystèmes. Toutefois, la consommation prolongée de terre comporte des risques : elle peut provoquer des carences minérales ou des occlusions intestinales.

Pas très terre à terre

L’expression « terre à terre » renvoie d’abord à ce qui est concret, matériel et ancré dans le quotidien. En psychologie, la pratique d’activités concrètes comme le jardinage possède des vertus thérapeutiques éprouvées. Elle aide à réduire l’anxiété et les ruminations mentales en ancrant l’individu dans le moment présent. Ces médiations végétales ou artistiques permettent de reconnecter le corps et l’esprit.

Sur le plan philosophique et social, le terme prend des connotations différentes. Il oppose la matière à l’illusion, mais distingue aussi les positions sociales. Les activités manuelles ont longtemps été perçues comme banales ou dénuées d’élégance par les classes dominantes. Pourtant, la recherche moderne montre que notre manière de penser est incarnée et située. Toute connaissance gagne à être reliée au vécu quotidien pour devenir réellement accessible et objective.

Ceux qui se terrent : les mammifères fouisseurs

La vie sous terre pose des défis immenses : l’absence de lumière, le manque d’oxygène, l’accumulation de dioxyde de carbone et la résistance mécanique du sol. Plus de 300 espèces de mammifères ont pourtant colonisé cet habitat. On distingue ceux qui utilisent les terriers pour dormir, comme les marmottes ou les blaireaux, et ceux qui y passent la totalité de leur existence, à l’image des taupes et des rat-taupes nus.

Cette adaptation est le fruit de convergences évolutives remarquables. Les taupes possèdent des pattes avant modifiées en forme de pelles, actionnées par des gènes spécifiques et renforcées par une kératine très résistante. D’autres animaux, comme le rat-taupe nu, utilisent leurs incisives pour creuser. Pour compenser la perte de la vue, ces espèces ont développé des organes tactiles ultra-sensibles, tels que les organes d’Eimer sur le nez de la taupe étoilée, ou des poils sensoriels répartis sur le corps. Pour résister à l’asphyxie, le rat-taupe nu surexprime l’érythropoïétine (EPO), augmentant ainsi sa capacité à fixer l’oxygène.

Le rouge et le vert : des terres rouges à la planète Mars

Les terres rouges observées sur Terre tirent leur couleur d’oxydes de fer formés sous différents climats. En Provence, la bauxite issue de vieilles latérites tropicales a été exploitée à Gardanne, générant les célèbres boues rouges. Plus loin, le massif des ocres de Roussillon et les rufes du lac de Salagou témoignent de dépôts sédimentaires anciens enrichis en fer, façonnés par l’érosion et l’histoire géologique.

Ces mécanismes terrestres aident à comprendre la couleur caractéristiques de la planète Mars. Longtemps attribuée à de l’hématite formée en milieu sec, la poussière martienne semble plutôt composée de ferrihydrite. Cette découverte suggère que la rouille martienne s’est formée il y a plus de 4 milliards d’années, à une époque où l’eau froide coulait abondamment à la surface de la planète rouge.

L’anecdote d’apéro : la botanique underground

Contrairement aux idées reçues, la cacahuète est le fruit d’une plante nommée l’arachide qui fleurit à l’air libre mais fructifie sous terre. Une fois la fleur jaune pollinisée, la tige se courbe et s’enfonce dans le sol pour développer sa gousse : c’est le phénomène de la géocarpie. Cette stratégie permet de protéger les graines contre le dessèchement, le gel ou les prédateurs, tout en assurant leur germination dans un environnement favorable.

Le monde végétal regorge d’autres curiosités souterraines. On recense des orchidées australiennes sans chlorophylle qui fleurissent sous terre en symbiose avec des champignons, ou des plantes carnivores dotées de pièges enterrés pour capturer les nématodes. Ces adaptations méconnues illustrent l’incroyable diversité des stratégies de survie développées par la nature.