L’historien retrace la vie de Madame Élisabeth de France, la sœur cadette de Louis XVI. Princesse d’une piété exemplaire et d’un courage hors du commun, elle a choisi de rester aux côtés de la famille royale tout au long de la Révolution, jusqu’à son exécution en 1794.

Ferrand dépeint le portrait d’une femme à l’âme singulière, oscillant entre la dévotion religieuse et une indépendance d’esprit qui forçait l’admiration, même dans les moments les plus sombres de la Terreur.

Ce qu’il faut retenir

La trajectoire de Madame Élisabeth peut être synthétisée en trois points fondamentaux.

D’abord, son éducation et son tempérament : bien que née dans le luxe de Versailles, elle a développé une piété profonde et un goût pour les sciences et les arts, signant parfois ses lettres « Élisabeth la folle », témoignant d’une personnalité originale et vive.

Ensuite, son dévouement inconditionnel : refusant l’émigration contrairement à d’autres membres de la cour, elle est restée fidèle à Louis XVI et Marie-Antoinette, les accompagnant dans leur calvaire de Versailles jusqu’à la tour du Temple.

Enfin, son rôle de « Sainte » laïque : surnommée la « bonne dame de Montreuil » pour ses œuvres de charité, elle a transformé sa captivité en un chemin de foi, soutenant ses compagnons d’infortune jusqu’au pied de l’échafaud, où elle mourut avec une dignité qui nourrit encore aujourd’hui sa cause de béatification.

Une enfance versaillaise entre piété et savoir

Née en 1764 à Versailles, Élisabeth est la petite-fille de Louis XV. Elle grandit dans une relative indifférence dynastique, la succession étant déjà largement assurée par ses frères aînés. Confiée à la comtesse de Marsan, elle reçoit une éducation complète, incluant le latin, l’histoire et les sciences.

Sa jeunesse est marquée par une atmosphère très religieuse, notamment grâce aux visites fréquentes au Carmel de Saint-Denis où s’était retirée sa tante Louise. Élisabeth développe un caractère affirmé et indépendant, trouvant refuge auprès de sa sous-gouvernante, Madame de Maco.

À la cour, elle est appréciée pour sa grâce. Son frère, le futur Louis XVI, lui manifeste une tendresse particulière. Lorsque sa sœur Clotilde part se marier en Sardaigne, Élisabeth reste la seule princesse à Versailles, se passionnant pour l’équitation et les travaux d’aiguille.

La « bonne dame de Montreuil » et la cour

À 19 ans, le roi lui offre le domaine de Montreuil. Bien qu’elle n’ait pas le droit d’y dormir avant sa majorité (25 ans), elle s’y rend quotidiennement pour organiser des œuvres de charité, ce qui lui vaut l’affection durable du peuple du quartier.

Malgré son penchant pour la retraite et la prière, elle remplit son rôle à la cour avec dignité, aimant les perles et les parures. Marie-Antoinette songe à la marier à son frère, l’empereur Joseph II, mais le projet échoue.

Le roi semble peu pressé de se séparer d’elle ; il apprécie sa compagnie et ses conseils souvent avisés. Élisabeth, quant à elle, confesse régulièrement son besoin de progresser sur le chemin de la foi, tout en menant une vie de princesse luxueuse mais charitable.

La tourmente révolutionnaire et le choix de la fidélité

Lorsque la Révolution éclate en 1789, Élisabeth refuse de fuir. Alors que son frère le comte d’Artois émigre dès juillet, elle choisit de rester aux côtés du couple royal. Elle perçoit la guerre civile comme une nécessité pour restaurer l’ordre ancien.

Lors des journées d’octobre, elle quitte Versailles pour Paris, faisant ses adieux définitifs à son domaine de Montreuil. Aux Tuileries, puis lors de la fuite à Varennes, elle devient une cible pour les caricaturistes révolutionnaires qui la calomnient grossièrement.

Son courage physique se révèle lors de l’invasion des Tuileries en 1792, où elle fait face aux émeutiers avec une noblesse qui impose le respect. Après la chute de la monarchie le 10 août, elle est enfermée avec sa famille dans la sinistre tour du Temple.

Le calvaire du Temple et la fin d’un monde

En prison, Élisabeth devient le soutien moral de sa belle-sœur et de ses neveux. Elle adoucit leur captivité par sa présence tendre et silencieuse. Après l’exécution de Louis XVI, elle s’occupe plus particulièrement de sa nièce, Madame Royale.

Les conditions de détention sont brutales : fouilles quotidiennes, manque de retenue des gardes et séparation déchirante de Marie-Antoinette, puis du jeune Louis XVII. Élisabeth s’efforce de maintenir une dignité constante, rythmant ses journées par la prière et l’instruction.

Elle reste une femme de l’Ancien Régime, refusant toute concession au langage révolutionnaire. Elle se prépare à la mort avec sérénité, considérant sa fin prochaine comme un sacrifice offert à Dieu pour le salut de sa famille et du royaume.

Le procès et l’échafaud : vers la béatification

Le 9 mai 1794, elle est traduite devant le Tribunal révolutionnaire. Face à Fouquier-Tinville, elle répond avec une douceur ferme : « Vous avez résolu ma mort, je suis prête à mourir ». Elle refuse de se défendre, s’en remettant totalement à la volonté divine.

Le jour de son exécution, elle fait partie d’un groupe de 24 condamnés. Elle demande à passer la dernière afin de soutenir chacun de ses compagnons d’infortune, les encourageant et priant avec eux jusqu’au dernier instant.

Sa mort héroïque a marqué les esprits, initiant une véritable vénération populaire. Dès la Restauration, Louis XVIII a exalté ses vertus pour réhabiliter la monarchie. Sa cause de béatification, ouverte en 1953, est toujours active, témoignant de l’héritage spirituel puissant de cette princesse martyre.