Infographie | 4 infos étonnantes sur les requins

L’image populaire du requin est souvent réduite à celle d’un prédateur sanguinaire, figée dans l’inconscient collectif par des décennies de cinéma sensationnaliste. Pourtant, la réalité biologique de ces animaux dépasse de loin toutes les fictions que nous pourrions inventer.

En plongeant dans les archives de l’évolution et de l’anatomie marine, on découvre des créatures d’une complexité fascinante qui ont survécu là où d’autres empires biologiques se sont effondrés.

Une existence qui défie l’apparition des forêts

Le premier fait qui bouleverse notre perception du temps biologique est l’ancienneté absolue des requins. Ils ne sont pas simplement vieux ; ils sont antérieurs à la présence même des arbres sur la terre ferme.

Les premières traces fossiles de requins primitifs remontent à environ 450 millions d’années, durant la période du Silurien. À cette époque, la vie terrestre était encore embryonnaire, composée principalement de mousses et de lichens.

Les premiers véritables arbres, quant à eux, ne sont apparus que 60 à 100 millions d’années plus tard, au cours du Dévonien. Cette donnée n’est pas qu’une simple anecdote chronologique.

Elle signifie que les requins ont survécu à cinq extinctions de masse, y compris celle qui a balayé les dinosaures. Leur conception biologique est si parfaite qu’elle n’a nécessité que des ajustements mineurs en près d’un demi-milliard d’années.

Le secret de la longévité extrême dans les eaux glacées

Si l’évolution des requins s’inscrit dans le temps long, la vie de certains individus suit la même logique de lenteur et de résistance. Le requin du Groenland (Somniosus microcephalus) est l’exemple le plus vertigineux de cette résilience temporelle.

Vivant dans les profondeurs glaciales de l’Atlantique Nord, ce requin possède un métabolisme extrêmement lent, adapté à des températures frôlant le point de congélation. Sa croissance est si tardive qu’il n’atteint sa maturité sexuelle qu’aux alentours de 150 ans.

Une étude révolutionnaire publiée en 2016, utilisant la datation au carbone 14 sur les lentilles oculaires, a révélé des chiffres stupéfiants. Certains spécimens ont été estimés à environ 400 ans, avec une marge d’erreur suggérant que certains pourraient atteindre le demi-millénaire.

Imaginez un animal nageant encore aujourd’hui alors qu’il est né avant le règne de Louis XIV ou la découverte de l’électricité. Cette longévité est intrinsèquement liée à la température de l’eau, qui ralentit l’usure cellulaire et les processus enzymatiques, faisant de ces requins de véritables capsules temporelles vivantes.

Une armure de dents microscopiques pour fendre les flots

L’une des plus grandes prouesses d’ingénierie naturelle réside dans la peau du requin. Contrairement aux poissons osseux classiques munis d’écailles lisses, le corps du requin est recouvert de denticules cutanées.

Ces structures sont anatomiquement plus proches des dents que des écailles, composées de dentine et recouvertes d’émail. Elles sont orientées vers l’arrière, créant une surface qui, au toucher, ressemble à du papier de verre si l’on frotte à rebrousse-poil.

L’utilité de cette « armure » est double et absolument stratégique pour un prédateur de haut niveau. Premièrement, elle réduit la traînée hydrodynamique en créant de minuscules vortex qui facilitent l’écoulement de l’eau, permettant au requin de nager plus vite avec moins d’effort.

Deuxièmement, cette structure unique possède des propriétés antibactériennes et antifouling. Les micro-organismes, comme les algues ou les bernacles, ne parviennent pas à s’accrocher sur cette surface aux reliefs trop complexes, gardant le requin parfaitement propre et aérodynamique.

La nuance vitale sur le mécanisme respiratoire

Il est temps de corriger une idée reçue tenace : non, tous les requins ne meurent pas s’ils s’arrêtent de nager. Cette erreur provient d’une généralisation abusive d’un mécanisme appelé la ventilation bélier.

Ce mode respiratoire consiste à nager la bouche entrouverte pour forcer l’eau riche en oxygène à passer directement sur les branchies. Il est vrai que pour certaines espèces pélagiques comme le grand requin blanc ou le mako, ce mouvement est vital et incessant.

Cependant, la grande majorité des espèces, notamment celles qui vivent près du fond, utilisent une méthode plus ancienne : le pompage buccal. Grâce à des muscles puissants, elles peuvent aspirer l’eau activement et la projeter sur leurs branchies tout en restant totalement immobiles

Certains requins possèdent même des orifices appelés spiracles situés derrière les yeux. Ces ouvertures leur permettent d’absorber l’eau sans même ouvrir la bouche, ce qui est particulièrement utile lorsqu’ils sont camouflés sous le sable pour chasser à l’affût.

La fragilité paradoxale de ces maîtres de l’adaptation

En dépit de leur résistance exceptionnelle face aux ères géologiques, les requins font face aujourd’hui à leur plus grand défi évolutif : l’impact humain. Leur biologie, optimisée pour la stabilité, se retourne contre eux dans un monde qui change trop vite.

Leur cycle de reproduction lent, avec peu de petits par portée et une gestation parfois très longue, rend les populations extrêmement vulnérables à la surpêche. Une population de requins décimée met des décennies, voire des siècles, à se reconstituer, contrairement aux poissons de consommation courante.

On estime que plus de 100 millions de requins sont tués chaque année, principalement pour le commerce des ailerons. Ce massacre silencieux menace l’équilibre global des océans, car en tant que super-prédateurs, les requins régulent la santé des écosystèmes marins.

Sans eux, les populations de proies prolifèrent de manière anarchique, entraînant un effondrement en cascade de la biodiversité sous-marine. Comprendre ces animaux, c’est réaliser qu’ils ne sont pas nos ennemis, mais les gardiens essentiels d’un monde bleu dont nous dépendons tous.

Leur disparition ne serait pas seulement une perte éthique ou esthétique, mais une rupture brutale dans une lignée de survie qui dure depuis près de 450 millions d’années. Il est de notre responsabilité de changer de regard sur ces sentinelles des mers avant que le temps ne finisse par rattraper ceux qui l’avaient pourtant vaincu.