C’était en 2017, à la cérémonie des Molières. L’humoriste Blanche Gardin a fait une excellente remarque sur l’adage invitant à “séparer l’homme de l’artiste”. “C’est bizarre d’ailleurs que cette indulgence ne s’applique qu’aux artistes. Parce qu’on ne dit pas, par exemple, d’un boulanger: oui, d’accord, c’est vrai il viole un peu des gosses dans le fournil, mais bon il fait une baguette extraordinaire…” Depuis quelques années, et surtout depuis le mouvement #metoo, on ne compte plus le nombre d’affaires qui soulèvent cette question délicate.

Gisèle Sapiro est sociologue, directrice de recherche au CNRS et directrice d’études à l’EHESS. Dans son livre, “Peut-on dissocier l’œuvre de l’auteur ?” (Seuil, 2020), la spécialiste du champ littéraire propose une réflexion sur les arguments qui ont été mis en balance quand on s’est demandé s’il fallait donner un César à Roman Polanski alors qu’il a été poursuivi pour viol, s’il fallait censurer les chansons misogynes du rappeur Orelsan, ou s’il fallait retirer de la vente les romans du pédophile Matzneff.

Le jugement que l’on porte sur un auteur doit-il influencer celui que l’on porte sur son œuvre ? L’art peut-il s’extraire de toute considération morale ? Peut-on séparer l’œuvre de l’auteur ?