Franck Ferrand nous plonge dans l’intimité méconnue des souverains français, avec un focus particulier sur Louis XIV et sa résidence secrète de Marly. Accompagné de l’historien Jean-François Solnon, Ferrand déconstruit l’image figée des monarques pour révéler les hommes passionnés d’arts, de sciences et de tranquillité qui se cachaient derrière la couronne.
Résumé des points abordés
Ce qu’il faut retenir
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Marly, l’anti-Versailles : Louis XIV a conçu le domaine de Marly comme un refuge privé pour échapper à la foule et à l’étiquette pesante de Versailles. C’était un lieu de privilège suprême où l’on vivait « entre amis », loin du protocole officiel, et où l’invitation servait d’instrument de pouvoir et de récompense.
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Des rois artistes et manuels : derrière la majesté publique, de nombreux souverains cultivaient des talents cachés. Louis XIII était un compositeur et danseur émérite, tandis que Louis XIV possédait un coup d’œil architectural infaillible. Louis XV se passionnait pour les sciences et la lecture, et Louis XVI excellait dans la mécanique de précision (serrurerie d’art).
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L’évolution du goût et de l’intimité : du faste baroque de Louis XIV à la quête de secret d’un Louis XV agoraphobe, le podcast retrace comment la vie privée des rois s’est progressivement détachée de leur fonction publique, préfigurant un mode de vie plus moderne et bourgeois, mais souvent mal compris par le peuple.
Marly : le jardin secret du Roi-Soleil
Louis XIV, lassé de la foule de Versailles, décide dès 1678 de bâtir Marly, une résidence qu’il décrit comme étant faite « pour ses amis ». Ce domaine, situé entre Versailles et Saint-Germain, est un joyau d’architecture composé d’un pavillon royal central entouré de 12 pavillons pour les invités.
À Marly, l’étiquette est assouplie : on garde son chapeau devant le roi, on n’est plus obligé de parler à la troisième personne, et l’on soupe à la table même du monarque. L’invitation y est si rare (environ 1000 personnes sur tout le règne) qu’elle devient une grâce convoitée. C’est un lieu de plaisirs simples : jeux de billard, promenades dans des jardins magnifiquement entretenus et même une ancêtre des montagnes russes, la « roulette ».
Louis XIII et Louis XIV : au-delà de l’apparat
Jean-François Solnon rappelle que Louis XIII, souvent perçu comme ombrageux et timide, était en réalité un artiste complet. Musicien, mélomane et compositeur, il réglait lui-même les pas des ballets de cour. Il était également un dessinateur et peintre talentueux, formé par Simon Vouet.
Louis XIV, bien qu’ayant déploré ses lacunes intellectuelles de jeunesse, était une véritable « éponge » culturelle. Passionné de musique, de danse et d’architecture, il passait plus de la moitié de son temps à Marly durant les sept dernières années de son règne. Son ami le jardinier André Le Nôtre lui vouait une telle admiration qu’il lui offrit sa propre collection d’art à la fin de sa vie, un geste impensable à l’époque pour une personne de rang inférieur.
Louis XV : le siècle de l’intimité et des sciences
Avec Louis XV, l’intimité devient une priorité absolue, presque par besoin de protection. Agoraphobe et timide en public, il se révèle charmant et loquace dans ses « petits appartements » ou dans ses résidences de l’Île-de-France.
Souverain des Lumières à sa manière, Louis XV possède un cabinet de physique et de curiosités. Il confie la gestion de son cabinet d’histoire naturelle au jeune Buffon. Grand lecteur, il parsème ses appartements de bibliothèques et collectionne des objets historiques curieux (comme le poignard de Ravaillac). Ce goût pour le retrait et les activités manuelles (tourner l’ivoire ou le bois) préfigure la personnalité de son petit-fils, Louis XVI.
Le destin tragique de Marly et les origines des cartes
L’émission se conclut sur la disparition de Marly. Après la Révolution, le château est vendu et littéralement démantelé pierre par pierre pour servir de carrière. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un parc fantomatique où l’on devine encore les fondations des pavillons disparus.
Enfin, une parenthèse ludique explore l’origine des cartes à jouer. Bien que leur source soit débattue, on retrouve des ancêtres en Chine au VIIe siècle et surtout en Égypte mamelouke au XIIe siècle, avec des jeux de 52 cartes comprenant déjà quatre séries. C’est via l’Italie que ce passe-temps se répand en Europe, bravant l’interdiction de l’Église pour devenir le divertissement favori des cours royales aux XVIIe et XVIIIe siècles.