L’extraction de l’or est souvent perçue à travers le prisme de l’éclat et du luxe, masquant une réalité industrielle bien plus sombre. Dans cette conférence organisée par la joaillerie éthique OR DU MONDE, l’ingénieure géologue Aurore Stéphant, membre de l’association SystExt, déconstruis la chaîne de valeur aurifère.

Elle analyse avec précision les propriétés physiques de ce métal précieux, la mécanique des procédés d’extraction minière et les conséquences écologiques massives engendrées par son exploitation à travers le monde.

Ce qu’il faut retenir

L’exploitation primaire de l’or figure parmi les activités industrielles les plus polluantes de la planète, nécessitant la manipulation de volumes gigantesques de roches pour des rendements extrêmement faibles.

Les risques environnementaux majeurs résident dans l’usage de substances hautement toxiques comme le cyanure ou le mercure, ainsi que dans la gestion à très long terme de déchets miniers hautement instables.

Le recours à l’or issu de mines primaires ne possède aucune justification technique ni économique, la quantité d’or déjà en circulation et le rendement du recyclage couvrant largement les besoins vitaux de l’humanité.

Principales caractéristiques des métaux précieux

Le tableau périodique regroupe des dizaines d’éléments, mais seuls huit métaux sont classés parmi les métaux précieux. L’or et l’argent représentent les deux figures historiques connues depuis l’Antiquité en raison de leur présence à l’état natif dans la nature. Les six autres, appelés les platinoïdes, regroupent le platine, le palladium, le rhodium, le ruthenium, l’iridium et l’osmium, tous découverts plus tardivement et réservés à des applications très spécifiques.

L’or se distingue par des propriétés physiques uniques : il s’agit du métal le plus malléable et le plus ductile qui existe. En revanche, contrairement à une idée reçue, il n’est pas le meilleur conducteur électrique ou thermique, se plaçant derrière le cuivre et l’argent.

Sur le plan de la répartition des usages mondiaux, la joaillerie capte environ 55 % de la production totale. Le secteur financier détient près d’un quart de l’or mondial sous forme d’investissements privés, complété par 12 % conservés dans les réserves des banques centrales. Seuls 8 % de l’or extrait servent réellement des usages industriels indispensables, notamment dans l’électronique de pointe, la médecine ou l’odontologie.

Récupération du métal et risques environnementaux

L’image d’Épinal de la mine d’or se limite souvent à de grands trous creusés dans la roche et parcourus par d’immenses camions. La réalité technique s’avère bien plus complexe et dommageable pour les écosystèmes. Comme l’or se trouve sous forme de particules microscopiques disséminées dans la roche, il faut extraire et concasser des tonnes de minerai pour espérer en récupérer quelques grammes.

Le traitement métallurgique requiert l’usage de composés chimiques extrêmement agressifs. La méthode la plus répandue à l’échelle industrielle repose sur la cyanuration, un procédé d’hydrométallurgie qui dissout l’or à l’aide de cyanure de sodium. Dans les exploitations artisanales ou informelles, c’est le mercure qui est massivement utilisé, entraînant des contaminations durables et irréversibles des sols et des cours d’eau.

Au-delà de la consommation d’eau et d’énergie, l’exploitation minière génère des milliards de tonnes de boues toxiques et de stériles miniers. Stockés derrière d’immenses digues de retenue, ces déchets constituent une menace permanente d’effondrement ou de ruissellement acide, susceptible de paralyser et de détruire les écosystèmes locaux pendant plusieurs siècles.

Perspectives des filières aurifères et enjeux

Face à l’épuisement progressif des gisements les plus riches, les compagnies minières s’attaquent à des minerais de plus en plus pauvres et profonds. Cette dégradation continue des teneurs entraîne une hausse exponentielle des besoins énergétiques, de la consommation d’eau et de l’empreinte surfacique des mines. L’impact écologique par gramme d’or extrait s’alourdit ainsi d’année en année sans qu’aucune technologie ne permette d’en gommer les effets néfastes.

Face à ce constat, les experts préconisent la création de zones strictement interdites à l’activité minière afin de préserver les derniers écosystèmes critiques. Parallèlement, une réduction drastique de la production primaire s’impose comme la seule trajectoire réaliste et soutenable pour préserver les ressources mondiales.

L’or possède un atout majeur que n’ont pas d’autres métaux stratégiques : il se recycle à l’infini sans jamais perdre ses propriétés intrinsèques. Les volumes d’or déjà extraits au cours de l’histoire et stockés à travers le monde représentent plus de trois fois la quantité nécessaire pour alimenter l’ensemble des applications industrielles mondiales. La filière du recyclage étant mature et totalement opérationnelle, rien ne justifie de continuer à extraire de l’or primaire de la terre.