51 min •
Ce film est aussi un peu mon histoire… Il raconte l’histoire d’un homme qui a passé son enfance, quelque part dans la grisaille, loin du soleil de Provence, quelque part où les gens parlent sans accent, enfin c’est ce qu’il croit… Du sud, il ne connait que quelques clichés dont cet accent chantant qu’il a entendu dans les films de Pagnol ou de Fernandel. Quelquefois fois, il a croisé des marseillais. Des vrais en chair et en os. Il se souvient qu’il les a trouvés drôles, sympas, chaleureux. Tout le contraire des gens de son pays. Il a essayé de les imiter. Comme eux, il a bien articulé chaque syllabe et pour la première fois de sa vie, il a prononcé « e » muet à la fin des mots. Et il a eu le sentiment d’être drôle et chaleureux. Un jour cet homme débarque à Marseille. Terre par excellence de l’accent. C’est sa découverte d’un nouveau monde ! De cet homme, on ne connait ni le nom, ni le visage. Seule sa voix raconte. Une voix sans accent. C’est le narrateur du film. Il parle à la première personne et apportera une distance à la fois naïve et amusée avec les interlocuteurs du film. De lui, on sait juste qu’il est à la fois fasciné et effrayé par l’accent. Fasciné par ce français chantant qui lui semble presque une langue étrangère. Effrayé par son parler « sans accent » qui le désigne comme étranger aux yeux des autres, enfin c’est ce qu’il croit… La route de cet homme va croiser celle de trois jeunes. Ils ont une vingtaine d’année. A vingt ans, on a déjà un passé mais pas encore vraiment vécu. L’âge où tout est encore possible Celui où l’on découvre celui qu’on est tout en continuant à rêver à celui que l’on voudrait être. Etre et devenir. Le dilemme par excellence. Yohan, le premier est marseillais et veut devenir comédien. Romain, le second est également marseillais et se rêve journaliste. Kevin, le dernier, est originaire des Vosges et veut se lancer dans la politique au niveau national. Tous les trois ont un accent marqué et se pose la question suivante « Mon accent est-il un handicap pour réussir ? ». Tous les trois seront les fils conducteurs du film qui incarneront à leur manière la problématique de l’accent et qui seront par moments nos guides pour aller à la rencontre des scientifiques et des autres personnages de l’histoire. Pour comprendre le complexe de l’accent, le narrateur va entreprendre un tour de France des accents. Paysages de Provence, de Picardie, de Touraine, de Paris ou de Marseille rythmeront le film. Un road-movie hexagonal en quelque sorte. Mais une partie importante du film se déroulera à Marseille. Pourquoi Marseille et pas ailleurs ? Bien sûr l’accent n’est pas l’apanage de la cité phocéenne. Il existe des accents dans toutes les régions de France. Mais c’est certainement à Marseille que la problématique de l’accent est la plus vivante. Ailleurs, la question ne se pose même plus. Pouvons-nous citer un artiste, un politique d’envergure nationale ayant l’accent picard, berrichon ou alsacien ? La réponse est évidemment non. Depuis longtemps, un picard, un berrichon ou un alsacien apprend à dissimuler son accent dès son plus jeune âge. Ce n’est pas le cas à Marseille où nombre de marseillais tombent souvent des nues lorsqu’ils se rendent compte que leur accent est un handicap. Un film documentaire de Vincent DESOMBRE, produit par Thierry AFLALOU