Le mouvement rastafari, souvent résumé à des clichés superficiels en Occident comme en Afrique, possède une structure profonde et une philosophie de vie rigoureuse.
Ce film documentaire donne la parole aux acteurs de cette culture à Abidjan pour mettre en lumière leur quotidien, leurs croyances spirituelles et leur volonté d’indépendance économique.
Résumé des points abordés
Ce qu’il faut retenir
L’essentiel du documentaire peut se résumer en 3 points :
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Une quête de réhabilitation identitaire et spirituelle : pour la communauté, le mouvement rastafari est une réponse à l’oppression historique des peuples noirs. L’empereur éthiopien Haïlé Sélassié y est vénéré comme une figure divine et un symbole de liberté, offrant un repère de fierté face aux représentations occidentales des figures religieuses.
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Une organisation socio-économique autonome : loin de l’image de passivité, les rastas de Côte d’Ivoire s’organisent au sein d’un village coopératif situé dans la zone industrielle de Vridi à Port-Bouët. Grâce à l’artisanat, la confection de chaussures et le commerce, ils appliquent les préceptes d’autonomie de Marcus Garvey pour refuser la mendicité et subvenir dignement à leurs besoins.
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Une philosophie de vie codifiée par des textes sacrés : le mode de vie rasta, incluant le port des dreadlocks et le régime alimentaire végétarien (Ital), s’inspire directement de la Bible, notamment du vœu de naziréat. La musique reggae n’est pas le fondement de leur foi, mais un vecteur de transmission orale pour diffuser un message de paix, de justice et d’égalité.
La culture rasta : une unité dans la diversité
La culture rasta se définit comme une agrégation de croyances, de coutumes et de traditions qui rejette toute caractérisation exhaustive ou universelle. Elle se revendique avant tout comme une unité bâtie sur la diversité, formant un groupe social doté de ses propres codes.
Les observateurs extérieurs identifient les membres de ce groupe à travers des éléments visibles comme la coiffure en dreadlocks et le style vestimentaire. Sur le plan de l’alimentation, la majorité d’entre eux adopte un régime végétarien strict, tandis que la consommation de ganja demeure un repère spirituel pour certains, bien qu’elle ne soit pas universellement pratiquée.
Malgré cette richesse, la population ivoirienne a longtemps établi des amalgames réducteurs en associant le reggae au rastafarisme, et ce dernier à la drogue ou à la délinquance. Cette équation populaire a contribué à marginaliser les musiciens de reggae et les rastamans, les faisant passer pour des individus mal vus au sein de la société.
L’influence biblique et la figure d’Haïlé Sélassié
Pour justifier leur mode de vie, les rastas se réfèrent explicitement aux saintes écritures, en particulier au vœu de naziréat présenté dans le livre des Nombres. Ce vœu biblique de sanctification impose des règles strictes : ne pas se couper les cheveux, s’abstenir de viande et ne consommer aucun produit issu de la vigne.
La vénération de l’empereur Haïlé Sélassié comme le Dieu vivant ou le Messie noir s’explique par l’histoire douloureuse des descendants d’esclaves en Jamaïque. Après des siècles d’oppression et d’aliénation culturelle, ces populations ont trouvé dans la Bible des prophéties correspondant à l’Afrique et au couronnement de cet empereur en Éthiopie.
En tant que descendant du roi Salomon et de la reine de Saba, Haïlé Sélassié est devenu un repère politique et spirituel crucial, redonnant une immense fierté aux populations noires. Ce choix d’un messie noir représentait un acte de révolte et d’émancipation face à une iconographie religieuse dominée par des figures blanches ou arabes.
L’organisation communautaire et le village rasta de Vridi
En Côte d’Ivoire, les rastas ne vivent pas isolés mais se rassemblent au sein d’une association structurée comprenant des communicateurs, des secrétaires et des comptables. Le cœur de cette communauté bat au sein du village rasta de Port-Bouët, un espace d’expression libre niché au milieu de la zone industrielle de Vridi.
Ce village est divisé en trois compartiments distincts afin d’accueillir tout le monde sans aucune discrimination : le village laïque, la section Bobo Shanti et l’espace Shashamane. L’appellation Shashamane fait directement référence à la terre concédée par l’empereur en Éthiopie pour le retour de la diaspora africaine.
La communauté est gérée de manière solidaire sous l’autorité d’un chef de village, les décisions et l’entretien des lieux étant pris en charge de façon collective. Chaque habitant doit savoir travailler de ses mains et nettoyer son propre espace pour maintenir la propreté et l’harmonie du site.
L’artisanat comme pilier d’autonomie financière
Pour rompre définitivement avec la dépendance et la précarité, les rastas de Vridi ont développé une coopérative artisanale dynamique. Suivant les enseignements de Marcus Garvey, ils refusent de tendre la main et s’adonnent activement au commerce de t-shirts, d’antiquités et d’objets d’art.
Le secteur de la chaussure y est particulièrement florissant, proposant des sandales durables fabriquées sur place avec des semelles en gomme et des fils de nylon. Ces créations intègrent les perles aux couleurs rouge, jaune et vert : un symbole de la trinité, de l’arc-en-ciel et de l’arche d’alliance de David.
Cette production artisanale attire de nombreux clients locaux, mais aussi des grossistes venus des pays voisins comme le Burkina Faso, le Mali ou le Togo. Même des touristes en vacances et des acheteurs européens viennent s’approvisionner dans cette galerie pour exporter ces œuvres uniques.
Au-delà du reggae : éduquer et purifier l’image rasta
Le reggae est souvent confondu avec la foi rasta, alors qu’il n’est qu’un instrument de communication utilisé pour propager oralement des messages conscients. Les artistes phares de la Côte d’Ivoire ont régulièrement annoncé des vérités sociales à travers leurs chansons, même si la société a mis du temps à les écouter.
Les responsables de la communauté insistent sur la nécessité de transformer les espaces de divertissement musical en centres d’enseignement spirituel. L’objectif est de transmettre les véritables valeurs du rastafarisme : la lumière, la justice, l’égalité et la recherche constante de la vérité.
Il s’agit également de purifier une image salie par des comportements déviants de la part de certains jeunes qui confondent le mouvement avec la consommation de stupéfiants. Pour les anciens de la communauté, un véritable rasta se caractérise par sa propreté corporelle et morale, sa discipline spirituelle et sa dignité de père de famille travailleur.