Le pays catalan et ses terres limitrophes recèlent des trésors paysagers et architecturaux d’une richesse exceptionnelle. Ce documentaire nous invite à un voyage aérien et terrestre à travers des citadelles vertigineuses, des cités chargées d’histoire, des vallées préservées et des lagunes sauvages. À la rencontre de passionnés, nous découvrons un territoire où l’histoire royale rencontre la ferveur locale pour préserver un patrimoine unique au monde.
Résumé des points abordés
Ce qu’il faut retenir
Les forteresses du pays cathare constituent un héritage défensif grandiose, témoignant de l’ancienne frontière entre le royaume de France et celui d’Aragon. Les habitants se mobilisent activement pour restaurer et valoriser ces vaisseaux de pierre.
La Catalogne du Nord abrite un patrimoine baroque catalan d’une profusion rare, né de la contre-réforme catholique au dix-septième siècle. Des chefs-d’œuvre uniques comme le retable de Prades ou le camaril de Font-Romeu y sont jalousement préservés par des bénévoles.
Le développement durable et la préservation de la biodiversité guident les nouvelles initiatives locales. Qu’il s’agisse de la réintroduction de blés anciens à Cucugnan ou de la gestion équilibrée des lagunes de la Narbonaise, l’humain s’allie à la nature pour faire vivre ce terroir.
Pourquoi il ne faut pas manquer les paysages du pays catalan !
Le voyage débute par le survol de Carcassonne, la plus grande cité médiévale d’Europe. Ses trois kilomètres et demi de remparts et ses cinquante-deux tours protègent l’ancien château comtal. Cette caserne militaire royale imposante contrôlait autrefois toute la région.
L’hélicoptère prend ensuite la direction des Corbières pour découvrir les forteresses de Quéribus, Peyrepertuse et Puilaurens. Ces citadelles assuraient la défense de la frontière face au royaume d’Aragon. Les routes naturelles qui serpentent en bas datent des temps anciens : elles servaient au dix-septième siècle à acheminer les bois pour la marine royale.
Quéribus s’élève sur un éperon rocheux et se confond totalement avec la roche. Sa position sommitale fut renforcée pour accueillir des canons. Depuis cette plateforme, la vue embrasse toute la vallée des Pyrénées orientales, permettant de guetter l’ennemi arrivant des cols.
Peyrepertuse, surnommé le château de la pierre percée, ressemble à un véritable vaisseau de pierre de trois cents mètres de long. Reconstruit grâce aux fonds de la couronne de France après la croisade contre les cathares, le site démontrait la puissance du roi Saint-Louis. Le donjon supérieur de Saint-Jordi constitue l’ultime bastion de résistance.
Les gorges de Galamus offrent un autre passage vertigineux entre l’Aude et les Pyrénées orientales. Cette voie fut taillée à la pioche et à la barre à mine à flanc de falaise. Elle abrite le discret ermitage de Saint-Antoine, niché dans la roche et habité jusqu’aux années mille neuf cent trente.
Le mont Bugarach émerge des nuages avec sa forme caractéristique de molaire renversée, culminant à plus de mille deux cents mètres. Plus au sud, le château de Puilaurens ferme la ligne de défense. Éloigné des villages, il a échappé au pillage de ses pierres après son démantèlement, restant ainsi admirablement préservé.
À Lastours, les quatre tours défensives font l’objet d’un chantier de restauration d’envergure. Une opération d’héliportage permet d’acheminer vingt-cinq tonnes de matériaux dans ce milieu confiné et venté. Les habitants bénévoles s’activent pour consolider les sentiers escarpés en pierre naturelle.
Cette mobilisation citoyenne dynamise l’économie de cette petite commune de cent soixante habitants. Le classement espéré au patrimoine mondial de l’UNESCO représente une opportunité majeure pour pérenniser les emplois. Les tailleurs de pierre d’autrefois ont su ancrer les assises des châteaux sur le rocher, garantissant leur stabilité depuis huit siècles.
La visite guidée mène au donjon de Cabaret, qui domine le vallon de la rivière Orbiel. Le parcours se clôture par la tour Régine, chef-d’œuvre d’architecture royale doté d’une splendide voûte circulaire en limon.
À Narbonne, les halles centenaires inspirées du pavillon Baltard constituent le cœur battant de la cité. Ce bâtiment de verre, de brique et de métal témoigne de la prospérité retrouvée au dix-neuvième siècle grâce à la viticulture. Stéphane Romain anime ce lieu de vie quotidien où se croisent toutes les générations.
Les commerçants y perpétuent des histoires de famille, à l’image de la boucherie La Forge. Chez Jean-Claude, l’épicier généraliste, on trouve absolument tout, ce qui permet aux Narbonnais de faire l’intégralité de leurs courses en circuit court. Le restaurant Chez Bébel, tenu par un ancien rugbyman, propose une attraction unique : les commandes de viande sont directement lancées à la volée par les bouchers voisins.
La ville dévoile d’autres richesses, comme le pont des Marchands, l’un des rares ponts habités de France. Construit au seizième siècle sur l’ancien lit de l’Aude, il accueille toujours des boutiques florissantes. En sous-sol, les vestiges de la voie Domitienne rappellent la fondation romaine de Narbonne.
Le palais des Archevêques abrite un trésor caché : la salle au plafond peint, le plus ancien du midi de la France. Ses scènes médiévales arborent des pigments rares comme le carmin d’Asie. Du haut du donjon de Gilles Aycelin, le panorama s’étend de la montagne Noire jusqu’au massif de la Clape.
Plus au sud, l’abbaye Saint-Martin du Canigou est perchée à mille cent mètres d’altitude sur les flancs de la montagne sacrée des Catalans. Fondé autour de l’an mille par des moines bénédictins, ce joyau roman offre un cloître aux chapiteaux de marbre rose sculptés d’un bestiaire fantastique.
La vallée de la Têt se révèle être le conservatoire de l’art baroque catalan. Au dix-septième siècle, la contre-réforme catholique pousse les communautés à rivaliser de somptuosité face à l’austérité protestante. L’église de Prades abrite le plus grand retable baroque de France, œuvre de Joseph Sunier.
Ce monument de dix-huit mètres de haut présente une statue de Saint-Pierre de quatre mètres sculptée dans un seul tronc d’arbre. L’artiste y déploie un dynamisme exceptionnel en suspendant ses anges à des tiges métalliques. L’envers du décor révèle un travail en trompe-l’œil, les statues étant évidées à l’arrière.
À Espira-de-Conflent, les paysans ont bâti des hangars fortifiés, appelés celleres, autour de l’église pour protéger leurs récoltes. Les ferrures de la porte, conçues avec le fer du Canigou, ne rouillent jamais. L’église conserve une reproduction sculptée du Massacre des Innocents de Rubens, qui inspira plus tard le Guernica de Picasso.
L’ermitage de Font-Romeu abrite le dernier camaril préservé de la région. Cette alcôve somptueuse accueille la Vierge miraculeuse lors des processions printanières. Joseph Sunier y a réalisé sa dernière œuvre en gravant la peinture sur la feuille d’or, une technique catalane appelée estofado.
Le célèbre train jaune, symbole du pays catalan, circule depuis plus d’un siècle sur une voie ferrée pharaonique. Sauvée par un comité de défense, cette ligne électrique historique monte jusqu’à mille six cents mètres d’altitude à travers le plateau de la Cerdagne.
La ligne compte près de six cent cinquante ouvrages d’art. Le viaduc Séjourné se distingue par son architecture à deux étages en granit et ses piliers creux conçus pour des motifs militaires. Plus loin, le pont Gisclard détient le record du pont ferroviaire suspendu le plus haut d’Europe, s’élevant à cent trente-deux mètres au-dessus du vide.
Ce train a apporté la modernité et les premières ampoules électriques dans les villages les plus reculés de la vallée. Aujourd’hui, les anciennes gares abandonnées revivent grâce à des particuliers qui s’y installent à l’année, renforçant l’identité de ce territoire partagé entre la France et l’Espagne.
Le pays d’Arles bénéficie d’un microclimat exceptionnel propice à l’arboriculture. À Céret, les producteurs récoltent dès le mois de mai les premières cerises de France. Alexandre Arnaudès y cultive des fruits biologiques sans aucun désherbant, perpétuant les valeurs de son grand-père pour préserver les sols.
La cueillette commence à l’aube pour profiter de la fraîcheur qui facilite la rupture de la queue du fruit. Virginie, fraîchement installée dans la région, vient y sélectionner ses cerises pour fabriquer ses glaces artisanales au lait de brebis. Avec son mari Olivier, ils ont quitté leur ancienne vie de céréaliers pour élever un troupeau de quatre-vingts brebis dans le haut Vallespir.
Leur ferme, située au-dessus du rocher, offre une vue panoramique sur la chaîne des Albères. Le lait riche et onctueux de leurs brebis donne une douceur unique à leurs crèmes glacées. Le couple restaure patiemment de vieilles terrasses agricoles pour y réimplanter des arbres fruitiers anciens, puisant leur inspiration directement dans la nature sauvage.
À Perpignan, l’épopée industrielle de la marque de papier à cigarettes Job a laissé une empreinte indélébile. Fondé par Pierre Bardou, cet empire commercial a utilisé les talents des plus grands illustrateurs pour sa communication. L’hôtel Pams, ancienne demeure de Jeanne Bardou et de l’homme politique Jules Pams, éblouit par son escalier d’honneur et ses peintures somptueuses.
Le patio de l’hôtel dissimule la première usine historique de la marque, surmontée d’un clocher ostentatoire qui appelait les ouvrières au travail. Justin Bardou a également fait construire un hôtel particulier doté d’une verrière et de salons de style Régence et néo-Renaissance, où le logo Job est gravé jusque sur les miroirs.
Viggo Dorph-Petersen, architecte danois de renom, a conçu les demeures de campagne monumentales de la famille. Le château d’Aubiry, véritable petit Versailles de la plaine du Vallespir, surprend par ses mosaïques Art nouveau et sa coupole peinte célébrant le triomphe de la marque. Le château de Valmy, entouré de son vignoble sauvegardé, offre quant à lui une vue imprenable sur la Côte Vermeille.
Au cœur des Corbières, le village de Cucugnan abrite le fournil de Roland Feuillas. Cet ancien informaticien est devenu paysan-boulanger pour produire un pain naturel et vivant. Il cultive une pépinière de cent vingt variétés de blés anciens et millénaires venus du monde entier, dont l’amidonnier noir ou le meunier d’Apt.
Sa variété favorite reste l’engrain, un blé très ancien dépourvu de gluten dont la farine donne une pâte jaune extrêmement riche en nutriments. Roland utilise des farines fraîches moulues de la veille et un levain naturel pour préserver les écosystèmes microbiens bénéfiques. Cuits au four à bois, ses pains d’exception attirent des clients venus de toute la région.
Le littoral de l’Aude est marqué par les lagunes de la Narbonaise, d’anciens salins aujourd’hui gérés par le parc naturel régional. Katia-Line Fortunac veille sur l’équilibre biologique de ces milieux aquatiques qui servent de refuge aux flamants roses lorsque le vent marin fait monter le niveau des étangs voisins.
Des îlots artificiels recouverts de coquilles de moules concassées ont été aménagés pour protéger les nids des oiseaux migrateurs des prédateurs terrestres. Sur l’étang de La Palme, l’équipe scientifique utilise un canoë transparent pour étudier la riche végétation subaquatique. La présence de la rupia en fleur atteste de la pureté de cette eau d’origine souterraine.
Le domaine accueille également une manade de vaches camarguises gérée par Nénette. Ce territoire marécageux offre un terrain idéal pour l’élevage des taureaux. Les gardians à cheval rassemblent le troupeau à travers les roubines, obligeant parfois les bêtes à nager pour franchir les passages profonds.
La presqu’île de Leucate offre un ultime point d’observation sur l’évolution des paysages littoraux. Les gardes du parc y effectuent des suivis photographiques réguliers pour surveiller la dynamique des dunes mobiles. Ce secteur préservé bénéficie d’un équilibre sédimentaire naturel parfait, offrant un spectacle grandiose sous la lumière du soleil couchant.