Ce documentaire retrace la trajectoire historique de Sidi Mohammed Ben Youssef, devenu le roi Mohammed V, et son rôle décisif dans l’émancipation du Maroc face à la tutelle française. Placé sur le trône en 1927 en raison de sa prétendue docilité, le jeune sultan surmonte les stratégies du protectorat colonial pour s’imposer en véritable figure de proue du nationalisme marocain.

Du tournant décisif de la conférence de Anfa au bras de fer politique qui entraîne son exil forcé en Corse puis à Madagascar, le récit met en lumière la lutte d’un peuple et de son souverain pour reconquérir leur souveraineté. Cet affrontement débouche sur la fin de plus de quatre décennies de protectorat et pose les fondations constitutionnelles du Maroc moderne sous l’impulsion de son successeur, le prince héritier Moulay Hassan.

Ce qu’il faut retenir

  • Une stratégie coloniale prise à son propre piège : Initialement perçu comme un monarque influençable et cantonné à un rôle symbolique, le sultan Mohammed Ben Youssef a su retourner les institutions du protectorat contre les autorités françaises, notamment par la grève des scellés et le refus de signer les décrets coloniaux.
  • Un exil transformé en symbole d’unité nationale : La décision des autorités coloniales de déposer le sultan en 1953 et de l’exiler a déclenché une vague d’insurrections populaires sans précédent, transformant le souverain en monarque martyr et accélérant inéluctablement l’effondrement du protectorat.
  • Une décolonisation négociée et pérenne : Contrairement à d’autres conflits de la région, la transition vers la souveraineté marocaine s’est concrétisée par des accords politiques préservant les relations diplomatiques, une intégration des élites nationalistes et une indemnisation progressive des colons.

L’illusion d’une colonisation douce

Le protectorat français au Maroc est instauré en 1912 par le traité de Fès. Cette tutelle prétend se distinguer des modèles coloniaux classiques par une approche plus respectueuse des traditions locales.

Son premier résident général, le maréchal Hubert Lyautey, s’efforce d’offrir l’image d’une administration moderne et bienveillante. Le royaume conserve sa nationalité, sa dynastie alaouite et ses institutions religieuses ancestrales.

Cependant, la réalité du terrain dément rapidement cette façade harmonieuse. La souveraineté marocaine reste confisquée au profit des intérêts économiques de la métropole.

Les autorités coloniales mettent la main sur les meilleures terres agricoles et exploitent intensivement les gisements de phosphate. Dans les grandes cités, une ségrégation spatiale stricte s’installe entre les médinas traditionnelles et les villes nouvelles d’architecture européenne.

Parallèlement, la soumission du territoire s’accompagne d’une répression militaire féroce. Les campagnes de pacification et la guerre du Rif témoignent de la brutalité de la présence coloniale face aux révoltes tribales.

L’éveil politique d’un sultan inattendu

En 1927, à la mort du sultan Moulay Youssef, l’administration française choisit son troisième fils pour lui succéder. Agé de seulement dix-huit ans, le jeune Sidi Mohammed Ben Youssef paraît timide et facile à manipuler.

Pendant plusieurs années, le souverain accepte la tutelle coloniale et signe les décrets présentés par le résident général. Toutefois, la promulgation du dahir berbère en 1930 provoque une rupture majeure.

En cherchant à soustraire les populations berbères à la justice chérifienne, la France tente de diviser la société. Ce décret suscite une indignation populaire immédiate et catalyse la naissance du mouvement nationaliste marocain.

La rupture de Casablanca et le discours de Tanger

L’année 1943 constitue un tournant géopolitique décisif pour le sultan et son royaume. Lors de la conférence de Anfa à Casablanca, il s’entretient en privé avec le président américain Franklin Roosevelt.

Cette rencontre hors du contrôle des autorités françaises apporte un soutien international inédit aux aspirations d’émancipation. Fort de cet appui diplomatique, le parti de l’Istiqlal publie en 1944 le manifeste de l’indépendance.

Trois ans plus tard, le sultan franchit un pas irréversible lors du célèbre discours de Tanger. Il y affirme l’appartenance du Maroc au monde arabe et revendique ouvertement l’unité et la souveraineté de son pays.

L’épreuve de l’exil et la montée des violences

Face à la résistance passive du sultan, qui refuse désormais de promulguer les textes de loi coloniaux, la Résidence générale décide d’employer la manière forte. Avec la complicité du pacha de Marrakech, Thami El Glaoui, un complot est fomenté pour renverser le monarque.

En août 1953, le souverain est arrêté dans son palais et déporté en Corse, puis déplacé à Madagascar. Un cousin éloigné, Mohammed Ben Arafa, est placé sur le trône par les autorités françaises.

Considéré comme un usurpateur par la population, le nouveau sultan fait face à une hostilité immédiate et échappe à plusieurs attentats. L’éloignement de Mohammed Ben Youssef transforme ce dernier en martyr national et déclenche une vague d’attentats et de soulèvements urbains.

Les négociations d’Aix-les-Bains et le retour triomphal

En 1955, alors que la guerre d’Algérie s’intensifie, la situation sécuritaire au Maroc devient incontrôlable. Le gouvernement français comprend qu’il ne peut pas maintenir deux fronts militaires simultanés en Afrique du Nord.

Des conférences de crise sont organisées à Aix-les-Bains pour négocier une issue politique avec les représentants du nationalisme marocain. Les indépendantistes imposent comme préalable indispensable la déposition de Ben Arafa et le retour du souverain légitime.

Sidi Mohammed Ben Youssef quitte Madagascar, rejoint la France pour signer les accords de La Celle-Saint-Cloud, puis rentre au Maroc en novembre 1955. Il est accueilli par une foule immense en liesses et prend le nom de roi Mohammed V.

L’indépendance officielle du Maroc est proclamée le 2 mars 1956, mettant fin à quarante-quatre années de protectorat.

L’édification du Maroc indépendant et l’héritage d’Hassan II

Devenu le libérateur de la nation, Mohammed V gère la transition avec pragmatisme. Il opte pour l’apaisement en encourageant la minorité européenne à participer au développement du pays, évitant ainsi un départ précipité des élites techniques.

Le roi doit également composer avec le parti de l’Istiqlal, qui revendique le contrôle de l’appareil d’État. Pour garantir la pérennité du régime monarchique, il investit son fils, le prince Moulay Hassan, comme héritier direct et chef d’état-major des Forces armées royales.

La mort subite de Mohammed V en 1961 plonge le pays dans le deuil. Son fils lui succède sous le nom d’Hassan II.

Le nouveau souverain dote le pays d’une première Constitution en 1962, fondant une monarchie constitutionnelle. Néanmoins, face aux contestations politiques internes, Hassan II opte rapidement pour un pouvoir autoritaire, marquant le début des années de plomb.

Il achève le processus de décolonisation économique en rachetant progressivement les terres agricoles des anciens colons tout en leur offrant des compensations financières, scellant la fin définitive de la présence coloniale française au Maroc.