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Karachi, plus grande ville du Pakistan avec ses 20 millions d’habitants. Au coeur de la mégalopole, se trouve Shershah Colony, le quartier de l’électronique, avec ses ruelles défoncées, coincé entre une avenue qui perfore la ville du sud au nord et la rivière Lyari archi-polluée. Dans ce dédale bruyant enveloppé de poussière, on ne vend pas d’objets neufs ou d’occasion, on recycle. On recycle les déchets électroniques arrivés d’Europe ou d’ailleurs et que le Pakistan récupère, maillon d’une chaîne infernale dont la course se termine bien souvent chez l’immense voisin chinois. Ordinateurs, téléphones portables, scanners, téléviseurs, ces objets de notre quotidien sont ici démembrés, aplatis, cassés, désossés, coupés, sectionnés, pour en récupérer le plastique, le verre, les câbles, le cuivre, l’argent et l’or même, en quantités infimes. Un travail effectué sans aucune norme sanitaire ni protection particulière par des milliers de familles et leurs enfants, n’ayant aucune autre issue pour s’en sortir. À Shershah, on meurt lentement de la toxicité et de la pollution engendrées par cette industrie sauvage, qui déverse dans la vie des gens le plomb, le mercure, l’arsenic ou le cadmium dissimulés dans nos appareils. Dans la plus parfaite indifférence. En 2014, chaque habitant sur terre fabriquait 7kg de déchets électroniques, les Etats-Unis et ses 30kg par habitant en tête. Avec 21kg, la France de son côté rejette trois fois plus que la moyenne mondiale. L’exportation de ces déchets est illégale. Pourtant, et malgré la Convention de Bâle, ce commerce est en pleine croissance. Si le Ghana, l’Inde et la Chine étaient jusque là au coeur de ce trafic, le Pakistan, avec Shershah Colony, plaie béante au coeur de l’une des plus grandes villes du monde, est une véritable bombe à retardement en matière de santé publique et de pollution. Un documentaire d’Eric de Lavarène.