L’expression de « juges rouges » qualifie l’action de quelques magistrats dans la seconde moitié des années 1970. Ces juges, peu nombreux, sont d’autant plus célèbres qu’ils sont en rupture avec le comportement de la magistrature, indulgents aux miséreux et sanctionnant les puissants. Ces derniers les critiquent comme des juges partiaux, politisés. L’objet de cette conférence est d’interroger le contexte historique de leur apparition et la portée de leur action.

14 mars 1898. En première page du quotidien « L’Aurore », Georges Clemenceau publie l’article « Un bon juge », relatant l’acquittement au tribunal de Château-Thierry d’une fille mère pour un vol de pain commis dans une boulangerie. La presse reprend l’expression de « bon juge » pour qualifier le président du tribunal, Paul Magnaud (1848-1926)
25 octobre 1975. Le 25 octobre 1975, le magazine Paris-Match porte en couverture un photomontage des visages de six juges « contestataires » sous le titre « Ils veulent une nouvelle justice. On les appelle les juges rouges ». Au premier plan, comme à l’avant-garde, figure le juge d’instruction Patrice de Charette qui avait, un mois auparavant, placé en détention préventive un patron à la suite d’un accident de travail mortel.