Léonard de Vinci demeure l’une des figures les plus fascinantes et énigmatiques de l’histoire humaine. Ce documentaire retrace le parcours exceptionnel de cet homme absolu, dont l’esprit n’a jamais accepté de frontières entre les disciplines.

À travers ses chefs-d’œuvre picturaux et ses milliers de pages de notes, le film nous invite à explorer l’intimité d’une pensée universelle.

De son enfance toscane à la cour des plus grands princes de la Renaissance, nous suivons la trajectoire d’un autodidacte devenu le premier ingénieur, architecte et peintre de son temps.

Ce qu’il faut retenir

  • L’interconnexion absolue des savoirs : pour Léonard de Vinci, la peinture, la science, l’anatomie et l’ingénierie font partie d’un seul et même ensemble, chaque discipline s’enrichissant mutuellement par le jeu des analogies.
  • L’usage révolutionnaire de la peinture à l’huile et du sfumato : en s’appropriant les techniques venues du nord de l’Europe, l’artiste a su abolir les contours rigides pour capturer la vibration même de la vie et la psychologie humaine.
  • Une quête inestimable de liberté intellectuelle : sa condition de fils illégitime, bien que limitante pour certaines carrières, lui a paradoxalement offert l’espace nécessaire pour inventer sa propre méthode de travail et s’affranchir des dogmes.

L’enfance à Vinci et l’apprentissage à Florence

Léonard naît le 15 avril 1452 dans le petit village toscan de Vinci. Il est le fils illégitime d’un notaire, Ser Piero da Vinci, et d’une femme nommée Caterina.

Cette bâtardise ne constitue pas un drame absolu au sein de son milieu aisé. Elle lui interdit toutefois de prétendre à la profession de son père. Le jeune garçon grandit au contact direct de la nature, observant avec ferveur les ruisseaux et la faune environnante. Il apprend à écrire de manière spéculaire, de la droite vers la gauche. Cette écriture inversée, propre aux gauchers, lui évite simplement d’étaler l’encre avec sa main.

Le papier est une denrée rare et coûteuse à cette époque.

Léonard utilise des pierres plates et du charbon pour dessiner ce qu’il voit. Devant ses dispositions évidentes pour l’art, son père décide de le placer en apprentissage à Florence. Il intègre la prestigieuse boutique d’Andrea del Verrocchio. L’atelier de ce sculpteur renommé ressemble peu aux studios élégants du cinéma : c’est un lieu bruyant, rempli de marteaux, d’outils et de fourneaux pour fondre le bronze.

Le jeune apprenti y commence par les tâches de base.

Il broie les pigments, prépare les enduits et fabrique les pinceaux. Très vite, il participe à des projets d’envergure. Le premier travail d’ingénierie documenté auquel il prend part consiste à façonner et installer une immense sphère de cuivre. Cette boule de plusieurs tonnes doit être arrimée au sommet de la lanterne du dôme de la cathédrale, à plus de cent mètres de hauteur. Ce défi technique colossal marque profondément l’esprit de l’adolescent.

En parallèle, l’art pictural connaît une véritable révolution.

La peinture à l’huile fait son apparition en provenance des Flandres, remplaçant peu à peu la tempéra à l’eau. Elle permet des dégradés subtils et des ombres d’une douceur inédite. Léonard s’en empare avec génie. Lors de la réalisation collective du tableau Le Baptême du Christ, Verrocchio lui confie la peinture de deux anges. La légende raconte que le maître, subjugué par le talent de son élève à l’huile, décida d’abandonner définitivement les pinceaux pour se consacrer uniquement à la sculpture.

Le départ pour Milan et les ambitions universelles

En 1481, Léonard travaille pour son propre compte à Florence et reçoit des commandes majeures. Pourtant, il abandonne soudainement ses tableaux inachevés et quitte la ville. Ce premier mystère de sa vie s’explique par l’appel de Milan, où un concours est lancé pour ériger une statue équestre monumentale.

À son arrivée, il doit faire ses preuves car il reste un inconnu pour la cour d’un duc.

Il s’associe aux frères de Predis pour obtenir la commande de La Vierge aux rochers. Ce chef-d’œuvre témoigne de sa capacité inégalée à représenter la psychologie humaine. À travers les gestes et les regards des personnages, il explore un véritable psychodrame sacré. Les visages expriment des sentiments d’une finesse poétique qui subjugue ses contemporains.

Léonard cherche sans cesse à élargir ses horizons intellectuels.

Il tente d’apprendre le latin en autodidacte pour accéder aux textes scientifiques. Ses ambitions deviennent encyclopédiques. Sa pensée repose sur le principe fondamental des analogies : le macrocosme se reflète dans le microcosme. Selon lui, comprendre la ramification des fleuves permet de comprendre la circulation sanguine dans les veines humaines. Cette vision globale lui permet de sauter de l’anatomie à la géologie sans aucune rupture logique.

Pour séduire le duc Ludovic Sforza, il met en avant ses compétences d’ingénieur militaire.

Il dessine des machines de guerre spectaculaires, comme un célèbre char d’assaut. L’examen attentif de ses croquis révèle pourtant que ces engins ne pouvaient pas fonctionner : les engrenages des roues s’opposent, ce qui immobilise le véhicule. Ces dessins ont surtout une fonction de séduction visuelle. L’artiste excelle davantage dans le génie civil, concevant des treuils à cliquet pour optimiser la force humaine, ou des machines théâtrales destinées à créer des effets spéciaux lors des fêtes de la cour.

En 1495, il entame la fresque de La Cène dans le réfectoire du couvent Santa Maria delle Grazie.

Il choisit de capturer l’instant précis où le Christ annonce la trahison de l’un de ses disciples. Les figures peintes semblent douées de vie. Les mouvements de l’esprit se traduisent par des gestes expressifs et une dramaturgie saisissante.

Le retour à Florence et les rêves de vol

L’invasion de Milan par l’armée française bouscule le destin de Léonard. Son protecteur Ludovic Sforza est capturé et jeté en prison. Privé de soutien, l’ingénieur se met un temps au service de César Borgia, une expérience traumatisante au cours de laquelle il côtoie la cruauté de la guerre.

Il se lie d’amitié avec Nicolas Machiavel, qui favorise son retour triomphal à Florence.

La République lui commande une immense fresque murale pour le palais de la Seigneurie : La Bataille d’Anghiari. Marqué par les horreurs des combats, Léonard veut dépeindre la guerre comme une folie bestiale. Il montre des hommes métamorphosés en bêtes par la colère et la peur. Malheureusement, l’expérimentation d’une technique de séchage défectueuse provoque un nouvel échec matériel. La peinture reste incomplète, avant d’être recouverte des décennies plus tard par Giorgio Vasari.

Face à ces déceptions, l’artiste s’évade par la pensée et se consacre à son plus grand rêve : le vol humain.

Depuis la colline de Fiesole, il étudie minutieusement la mécanique des oiseaux et des chauves-souris. Il comprend rapidement que la force musculaire de l’homme est insuffisante pour actionner des ailes battantes en bois et en toile. Il réoriente ses recherches vers la conception d’un planeur.

Avec son assistant Zoroastro de Peretola, il construit une aile volante.

Zoroastro accepte de tester la machine en s’élançant depuis le mont du Cygne. Le vol plane sur environ un kilomètre avant une chute brutale. L’assistant s’en tire avec une jambe cassée, mais l’expérience prouve la validité des théories aérodynamiques de Léonard sur la portance de l’air.

La Joconde et les dernières années en France

En 1503, Léonard commence le portrait d’une bourgeoise florentine, Mona Lisa, épouse de Francesco del Giocondo. Ce projet l’occupe de manière obsessionnelle.

Il refuse des commandes émanant de personnages bien plus puissants, comme la marquise Isabelle d’Este. Ce choix s’explique par son besoin viscéral de liberté. Auprès d’une cliente de la moyenne bourgeoisie, il ne subit aucune contrainte académique. Il applique sur ce visage sa technique ultime du sfumato, superposant des couches de peinture si fines qu’elles en deviennent évanescentes. Les contours rigides disparaissent au profit d’un effet brumeux.

La lumière et l’ombre fusionnent pour donner l’illusion du mouvement et de la vie.

Parallèlement, il mène une longue réflexion sur le tableau de La Sainte Anne. Ses croquis montrent comment il épure progressivement sa composition. Il transforme sainte Anne en un personnage passif et serein, qui accepte le destin tragique de son petit-fils, orienté vers la crucifixion.

La mort de son mécène Julien de Médicis le laisse une nouvelle fois sans protection en Italie.

L’invitation du jeune roi François Ier arrive comme une providence. En 1516, Léonard quitte définitivement sa terre natale. Il traverse les Alpes en emportant ses précieux manuscrits et trois de ses œuvres préférées : La Joconde, La Sainte Anne et Le Saint Jean-Baptiste. Le monarque l’accueille chaleureusement à Amboise, l’installant au manoir du Cloux. Il lui octroie le titre prestigieux de premier ingénieur, premier architecte et premier peintre du roi, assorti d’une généreuse pension.

Le souverain français vénère la sagesse de l’Italien, qu’il appelle affectueusement son père.

Léonard de Vinci s’éteint le 2 mai 1519. La peinture d’histoire immortalisera sa mort dans les bras du roi, bien que les registres indiquent que François Ier se trouvait alors à Saint-Germain-en-Laye. À l’annonce de son décès, le roi fond en larmes, déclarant que la terre ne verrait plus jamais un homme doté d’une telle intelligence. Le mystérieux sourire de la Joconde, se détachant sur un fond crépusculaire, demeure le testament visuel de ce génie : une célébration émerveillée face aux secrets insondables de la création.