Cette conférence médicale présente un panorama complet des pathologies fréquentes de la main et du poignet. Animée par le docteur Frédérique Mazodier et le docteur Patrick Houvet, elle s’adresse aux professionnels de santé.

Les intervenants y détaillent les diagnostics cliniques, les examens radiologiques et les choix thérapeutiques. Leur objectif est d’optimiser le parcours de soins grâce à une prise en charge précoce et coordonnée.

Ce qu’il faut retenir

La vigilance face aux traumatismes du poignet est capitale : toute douleur persistante au-delà de dix jours doit faire suspecter une fracture occulte du scaphoïde ou une lésion ligamentaire grave.

Le diagnostic repose sur une imagerie rigoureuse : la radiographie standard doit souvent être complétée par un arthroscanner pour quantifier précisément les atteintes des ligaments intrinsèques.

Le facteur temps conditionne le succès thérapeutique : une prise en charge tardive expose le patient à des raideurs articulaires, à une instabilité chronique ou à une arthrose inéluctable.

Le mallet finger

Le mallet finger est une pathologie courante de la main. Il s’agit d’une rupture ou d’une avulsion du tendon extenseur sur la dernière phalange. Le traumatisme initial est souvent banal : le patient tire sur sa chaussette, remet sa chemise ou borde son lit. Ce geste anodin provoque la chute de l’extrémité du doigt. La douleur n’est pas toujours intense au moment du choc.

L’examen clinique montre une chute de la dernière phalange. Le patient ne peut pas la relever activement. Une radiographie de profil strict est indispensable : elle permet de rechercher un arrachement osseux associé. Le traitement reste principalement non chirurgical.

La clé du succès réside dans l’immobilisation stricte. Celle-ci doit durer plusieurs semaines. Différents types d’attelles existent : les orthèses collées sur mesure, les attelles de Stack en plastique ou les attelles dorsales en métal mousse. L’hyperextension est privilégiée en cas d’atteinte osseuse.

Les consignes d’hygiène doivent être rigoureuses. L’attelle ne doit jamais être mouillée. Pour changer le pansement, le doigt doit rester à plat sur une table. Un tiers doit impérativement aider le patient. La rééducation est rarement nécessaire d’emblée.

En cas d’échec, le doigt reste inflammatoire. Il faut parfois attendre plusieurs mois avant d’envisager un geste chirurgical. Un brochage temporaire ou un raccourcissement du tendon devient alors nécessaire.

Les entorses de l’interphalangienne proximale

Les entorses de l’interphalangienne proximale sont des lésions très fréquentes. Le doigt se présente gros, chaud et douloureux. Une radiographie initiale est indispensable : elle élimine une vraie fracture articulaire.

L’imagerie révèle parfois un petit arrachement de la plaque palmaire. Ce fragment ne constitue pas une cassure du mur osseux. Les praticiens utilisent l’image du papier peint arraché : le plâtre vient avec, mais le mur est intact. Il s’agit pourtant d’une entorse grave.

L’immobilisation se fait par une attelle en rectitude. Sa durée s’étend sur une quinzaine de jours. La rectitude évite les flexions résiduelles. Ces dernières compliquent la rééducation future. La syndactylie est possible : il est recommandé d’unir le troisième et le quatrième doigt.

Le gonflement persiste longtemps : il peut durer plusieurs mois. Les patients doivent être prévenus de cette évolution normale. Le port d’une orthèse dynamique est parfois utile pour récupérer une extension complète.

Les traumatismes du pouce

Les entorses du ligament latéral interne du pouce sont fréquentes. Une radiographie initiale recherche un arrachement de la base de la phalange. Si le fragment n’est pas déplacé, le traitement reste orthopédique.

Un déplacement majeur impose la chirurgie. Le ligament ne peut pas cicatriser seul s’il est retourné. L’examen clinique comporte des tests en flexion et en extension. Ces tests doivent être comparatifs.

L’échographie ou l’IRM confirment le diagnostic en cas de doute. Elles recherchent notamment l’effet Stener : le ligament rompu passe au-dessus de l’aponévrose de l’adducteur. La cicatrisation spontanée devient alors impossible. L’indication opératoire est systématique.

L’immobilisation post-opératoire dure plusieurs semaines. Les orthèses sur mesure sont largement préférées. Les modèles standards du commerce sont souvent inefficaces : leurs sangles n’empêchent pas le pouce de bouger vers l’index. Le ligament ne peut pas guérir correctement dans ces conditions.

Les luxations de doigts

Les luxations surviennent souvent sur les terrains de sport. Les patients tentent parfois de réduire la déformation eux-mêmes. Si le doigt résiste, il ne faut pas insister : une incarcération articulaire est probable.

La radiographie est obligatoire avant et après la réduction. Une réduction difficile se déroule au bloc opératoire sous anesthésie locale. L’immobilisation doit être la plus courte possible.

Le principal ennemi du patient est la raideur. Le risque de récidive est minime. Une rééducation précoce est donc indispensable pour préserver la fonction. Les formes ouvertes exigent un lavage chirurgical immédiat pour prévenir l’arthrite.

Les fractures de métacarpien

L’évaluation des fractures des métacarpiens associe la clinique et la radiographie. L’examen clinique recherche en priorité un trouble de rotation. Le médecin demande au patient de fléchir les doigts.

Le chevauchement ou l’écartement des doigts signe l’anomalie. L’analyse doit être bilatérale. Une angulation radiologique supérieure à trente-cinq degrés nécessite une intervention : un raccourcissement du doigt limiterait l’extension future.

Plusieurs techniques chirurgicales sont disponibles : les broches, les vis ou les plaques. L’objectif principal reste une mobilisation précoce. L’imagerie montre souvent un trait de fracture visible pendant de nombreux mois.

L’immobilisation est retirée après quatre semaines pour débuter le mouvement. Les sports à impact sont interdits pendant deux mois. Les fractures multiples ou instables relèvent systématiquement de la chirurgie.

Les fractures de la base du premier et du cinquième métacarpien sont spécifiques. Elles touchent souvent l’articulation. Leur instabilité impose une fixation chirurgicale pour éviter une arthrose secondaire.

Les infections ou panaris

Le panaris est un grand classique des consultations quotidiennes. Au stade précoce, les bains antiseptiques locaux suffisent. Les patients prolongent parfois trop ces bains : cela provoque des brûlures cutanées.

Il convient de sécher la peau après le soin. Un pansement simple protège le doigt contre les surinfections. Les chirurgiens déconseillent l’antibiothérapie locale ou générale d’emblée : elle masque l’évolution naturelle.

La situation évolue en quarante-huit heures : soit vers la guérison, soit vers la collection purulente. Le stade collecté impose une chirurgie. Le médecin excise les tissus infectés pour permettre une cicatrisation saine.

Les morsures ne doivent jamais être suturées d’emblée. Les germes se développent à l’abri et provoquent des arthrites graves. Les morsures humaines par coup de poing dans les dents sont particulièrement redoutables.

Les griffures de chat s’infectent plus vite et plus sévèrement que les morsures de chien. Une infection impose un parage chirurgical minutieux et un lavage abondant. La rééducation précoce évite l’enraidissement secondaire.

Les fractures du scaphoïde

La fracture du scaphoïde touche fréquemment les sujets jeunes lors d’une chute sur le poignet. La radiographie standard ne montre pas toujours le trait de fracture. Le diagnostic de certitude nécessite d’autres examens.

L’IRM et le scanner sont indispensables en cas de suspicion clinique. L’IRM détecte l’œdème osseux précoce. Le scanner analyse précisément l’architecture de l’os. L’interrogatoire recherche aussi des traumatismes anciens.

Le traitement orthopédique impose une immobilisation de trois mois. Une manchette plâtrée ou en résine englobe la base du pouce. Un contrôle radiologique mensuel vérifie la progression de la consolidation.

Le tabagisme est un ennemi majeur : il diminue considérablement les chances de consolidation osseuse. Les chirurgiens incitent fortement les patients à stopper leur consommation de tabac.

Les fractures déplacées ou touchant le pôle proximal exigent une chirurgie. Le vissage permet une reprise d’activité plus rapide chez les sportifs. Le risque d’évolution vers la pseudarthrose est important en l’absence de traitement adapté.

La pseudarthrose correspond à une absence de consolidation. Elle est fréquente en cas de diagnostic tardif. Elle nécessite une chirurgie lourde avec greffe osseuse vascularisée. Sans traitement, l’arthrose globale du poignet est inévitable.

Les entorses du poignet

Le terme d’entorse du poignet est souvent utilisé de manière abusive. Le poignet est une articulation complexe composée de huit os répartis en deux rangées. La stabilité est assurée par des ligaments puissants.

Les ligaments intrinsèques unissent les os d’une même rangée. Le ligament scapho-lunaire est le plus fréquemment lésé. Sa partie dorsale est la plus résistante. Sa rupture entraîne des perturbations mécaniques majeures.

Le ligament luno-triquétral est également important. Sa portion palmaire est la plus solide. L’interrogatoire du patient doit reconstituer précisément le mécanisme de la chute : l’énergie cinétique détermine la gravité potentielle.

L’examen clinique évalue la douleur, le gonflement et la perte de force. La force de préhension chute de manière spectaculaire en cas de rupture. La manœuvre de Watson recherche un ressaut du scaphoïde.

Une radiographie normale n’élimine pas une lésion grave. L’immobilisation initiale par attelle est temporaire. Le patient doit impérativement être réévalué après dix jours pour adapter la prise en charge.

L’arthroscanner constitue l’examen de référence. Il objective le passage du liquide opaque à travers la brèche ligamentaire. Il mesure précisément l’écartement entre les os.

Le traitement des lésions récentes peut être orthopédique ou arthroscopique. Une lésion semi-récente de moins de trois mois nécessite une réparation chirurgicale à ciel ouvert. Différentes techniques existent : la suture directe, les ancres ou la ligamentoplastie.

Le retard thérapeutique conduit à une instabilité chronique. L’usure du cartilage mène à l’arthrose. Les interventions deviennent alors des chirurgies de sauvetage : résection de la première rangée ou arthrodèse partielle.

La luxation du carpe

La luxation du carpe est un traumatisme grave souvent méconnu initialement. Elle survient lors de chocs à haute énergie comme les accidents de la route. Elle s’intègre parfois dans un contexte de polytraumatismes.

Les signes cliniques sont un œdème majeur et des troubles sensitifs dans le territoire du nerf médian. Des fourmillements touchent les trois premiers doigts. Une radiographie de profil strict est indispensable pour le diagnostic.

Le traitement est presque toujours chirurgical à ciel ouvert. Le chirurgien réduit la luxation par une double approche palmaire et dorsale. Il répare les ligaments et stabilise l’architecture par des broches temporaires.