La guerre de Cent Ans constitue l’un des chapitres les plus sombres, les plus fascinants et les plus structurants de l’histoire de France. Cet épisode de la chaîne Culture G nous plonge au cœur du Moyen-Âge finissant. Il décrypte avec clarté les rouages d’un conflit titanesque qui a opposé les couronnes de France et d’Angleterre. À travers des crises de succession inédites, des épidémies dévastatrices et des figures héroïques, cette vidéo retrace les soubresauts d’un affrontement qui a duré bien plus d’un siècle.
Ce qu’il faut retenir
La légitimité de la couronne de France est au cœur du conflit : la mort sans héritier mâle des fils de Philippe le Bel déclenche une crise de succession sans précédent. La loi salique est invoquée pour écarter les prétendants anglais, provoquant ainsi la déclaration de guerre.
Le conflit traverse des dynamiques alternées de chaos et de redressement : les armées françaises subissent d’immenses tragédies militaires et sanitaires sous des règnes difficiles. Cependant, l’apparition de stratèges et l’intervention de figures providentielles permettent au royaume de reconquérir ses terres.
La guerre de Cent Ans se termine par une transformation militaire majeure : s’étalant en réalité sur cent seize ans, ce conflit signe la fin de la chevalerie traditionnelle. Il donne naissance à une armée française permanente, modernisée et dotée d’une artillerie à poudre.
Une succession dynastique explosive
Tout commence à la fin du Moyen-Âge.
Le roi Philippe le Bel meurt en 1314. Sa disparition ouvre l’une des périodes de succession les plus complexes de la monarchie française.
Ses trois fils lui succèdent tour à tour sur le trône. Louis X, Philippe V et Charles IV portent le nom tristement célèbre de rois maudits.
Ils gouvernent chacun durant quelques années à peine. Surtout, ils meurent tous sans laisser le moindre héritier mâle.
Les mœurs de l’époque imposent des règles strictes. La loi salique reste pleinement en vigueur dans le royaume.
Cette coutume interdit formellement aux femmes d’accéder au trône de France.
Philippe le Bel avait pourtant eu une fille, nommée Isabelle de France. Par son mariage avec Édouard II, elle est devenue reine d’Angleterre.
Lorsque Charles IV s’éteint, un problème majeur surgit. Son neveu direct n’est autre que le fils d’Isabelle de France.
Ce jeune homme s’appelle Édouard III. Il vient justement d’être couronné roi d’Angleterre.
L’élection de Philippe VI de Valois
Pour les grands seigneurs de France, la situation est inacceptable.
Il est absolument hors de question de voir le souverain anglais ceindre la couronne française. Les pairs du royaume décident alors de réagir.
Ils rappellent un principe historique essentiel : la monarchie française possède des racines électives. Les premiers rois capétiens faisaient élire leur fils aîné de leur vivant.
Les seigneurs organisent donc un vote pour choisir leur nouveau maître.
Leur choix se porte sur un cousin de Charles IV. Ce dernier est également le neveu de Philippe le Bel.
Il s’agit de Philippe VI de Valois. Son sacre se déroule à Reims le 29 mai 1328.
Cet événement marque la naissance d’une nouvelle lignée royale : la dynastie des Valois monte officiellement sur le trône.
La déclaration de guerre et les premiers désastres
Cette élection ne plaît pas à la couronne anglaise.
Des tensions géopolitiques s’ajouterunt rapidement à la rancœur. Des désaccords économiques et territoriaux profonds enveniment les relations entre les deux pays.
En octobre 1337, Édouard III décide de passer à l’action. Il réclame officiellement la couronne de France qui, selon lui, lui revient de droit.
Le roi d’Angleterre envoie un courrier insultant à son rival. Il s’adresse directement à Philippe de Valois, qualifié d’homme qui se dit roi de France.
Le ton est donné. Édouard III le traite publiquement d’usurpateur.
L’Angleterre déclare la guerre et les premières hostilités commencent. Le début du conflit s’avère catastrophique pour le camp français.
Les troupes du roi subissent de cuisantes défaites. La terrible bataille de Crécy en 1346 en est l’illustration parfaite.
Un autre fléau frappe l’Europe à cette même époque. La peste noire s’abat sur le continent avec une violence inouïe.
L’épidémie ravage les populations et tue plus d’un tiers des habitants. On estime le bilan à environ 25 millions de morts.
Le deuil et l’effroi paralysent temporairement les armées. Cette sombre tragédie sanitaire force la suspension des combats pendant quelque temps.
Le Prince Noir et la capture du roi Jean II
La guerre reprend de plus belle après l’accalmie.
Le fils d’Édouard III s’illustre particulièrement sur le champ de bataille. On le surnomme le Prince Noir en raison de la couleur sombre de son armure.
En 1356, ce redoutable chef militaire remporte la célèbre bataille de Poitiers.
Le roi de France, Jean II le Bon, qui avait succédé à son père quelques années plus tôt, est capturé. Il se retrouvé fait prisonnier par les troupes anglaises.
Les vainqueurs imposent des conditions de libération exorbitantes.
Ils exigent le versement d’une rançon colossale. Ils demandent également la cession de territoires majeurs : l’Aquitaine, l’Anjou et la Normandie doivent leur être remises.
Un accord est trouvé pour libérer provisoirement le monarque. Jean II est relâché contre un premier acompte et l’envoi de six otages prestigieux à Londres.
De retour dans son royaume, le roi doit trouver de l’argent. Il prend plusieurs ordonnances pour honorer cette dette immense.
Il crée à cette occasion une nouvelle monnaie : le franc fait son apparition. Il instaure aussi de nouvelles taxes impopulaires.
Le peuple français accepte très mal ces impôts. Le pays est déjà durement éprouvé par les ravages récents de l’épidémie.
Toutes ces mesures économiques s’avèrent finalement vaines.
L’un des fils cadets du roi, Louis, figurait parmi les six otages retenus. Ce dernier refuse de rester enfermé et choisit de s’évader.
Le roi Jean II prend alors une décision surprenante. Pour respecter sa parole d’honneur, il considère qu’il doit retourner se constituer prisonnier à Londres.
Certains historiens et contemporains se sont interrogés sur les motifs réels de ce voyage. Était-ce une simple question de morale chevaleresque ?
D’autres langues bien pendues évoquent plutôt le souvenir charmant d’une belle Anglaise rencontrée durant sa captivité.
Quoi qu’il en soit, le roi Jean II ne reverra jamais sa patrie. Il meurt en captivité en Angleterre à l’âge de 44 ans.
Le redressement sous Charles V le Sage
Le royaume de France se trouve alors dans une situation désespérée. Le pays est au bord du gouffre, exsangue et divisé.
Heureusement, le nouveau souverain qui monte sur le trône fait preuve d’une grande intelligence. Le fils aîné de Jean II devient roi sous le nom de Charles V, dit le Sage.
Ce monarque met en place une stratégie brillante. Il lance immédiatement une série de réformes militaires profondes.
Il sait s’entourer des meilleurs éléments de son temps. Il recrute de fins stratèges, dont le célèbre chef breton Bertrand du Guesclin.
Charles V change totalement de méthode de combat. Il fortifie les villes importantes ainsi que les places fortes du royaume.
Il installe des hommes de confiance aux postes clés. Il conclut également des alliances politiques judicieuses.
Au lieu de mener de grandes batailles rangées, il privilégie une guerre d’usure. Il se lance méthodiquement dans la reconquête des territoires confisqués par l’ennemi.
Sa stratégie rencontre un succès éclatant. Les troupes françaises parviennent à récupérer la quasi-totalité des terres perdues.
La folie de Charles VI et le traité de Troyes
Cet élan de reconstruction est malheureusement de courte durée.
Au roi sage succède un souverain au destin tragique. Charles VI, surnommé le roi fou, prend la direction du royaume.
Son état mental est extrêmement instable. Le monarque alterne sans cesse entre des périodes de totale lucidité et de violentes crises de démence.
Cette faiblesse au sommet de l’État plonge à nouveau le pays dans le chaos. Profitant de cette instabilité, les Anglais reprennent l’offensive.
Les Français subissent une nouvelle défaite historique. La chevalerie est écrasée lors de la sanglante bataille d’Azincourt en 1415.
La victoire finale semble désormais acquise à la couronne d’Angleterre. Les vainqueurs imposent leurs conditions en signant le traité de Troyes.
Ce document officiel fait du roi d’Angleterre, Henri V, le régent officiel de la France. Il est également désigné comme l’héritier légitime du trône de France.
Les propres enfants du roi Charles VI se retrouvent ainsi totalement déshérités.
Cependant, un double coup de théâtre survient en 1422. Le roi Henri V d’Angleterre et le roi Charles VI de France meurent à quelques mois d’intervalle.
Toutes les cartes politiques du conflit sont alors rebattues.
L’héritier anglais, Henri VI, n’est encore qu’un nourrisson. Il est proclamé roi d’Angleterre et de France, mais sa jeunesse l’empêche d’être sacré.
L’épopée de Jeanne d’Arc et la victoire finale
Charles VI avait eu douze enfants avec son épouse Isabeau de Bavière.
À sa mort, un seul de ses six fils est encore en vie. Ce jeune homme se prénomme Charles.
Bien qu’il ait été officiellement déshérité par le traité de Troyes, il refuse d’abandonner ses droits. Pour ses partisans, la décision paternelle n’a aucune valeur juridique.
Les lois fondamentales du royaume stipulent en effet que la couronne est totalement inaliénable. Le prince porte le titre de dauphin.
Pour revendiquer légitimement son pouvoir, il doit impérativement se rendre à Reims afin d’y être sacré. La tâche s’annonce herculéenne car le territoire national est profondément morcelé.
La France est alors divisée en trois blocs distincts.
Le dauphin dirige la partie sud et est du territoire. Ses adversaires se moquent de lui en appelant ironiquement cette zone le royaume de Bourges.
Les Anglais occupent quant à eux une large portion du nord et de l’ouest. La troisième partie est contrôlée par les Bourguignons, qui sont les alliés de l’Angleterre.
Ces derniers détiennent des villes hautement stratégiques, notamment Paris et Reims.
C’est à ce moment précis que s’ouvre le dernier chapitre de ce long conflit. Cet acte final est marqué par l’épopée incroyable de Jeanne d’Arc.
Cette modeste paysanne originaire de Lorraine affirme entendre des voix célestes. Elle rapporte les messages de sainte Catherine, sainte Marguerite et saint Michel.
Elle parvient à obtenir une audience et prend la tête d’une partie de l’armée française. Jeanne d’Arc galvanise les troupes par sa foi et son courage.
Sous son impulsion, les victoires se multiplient rapidement. Elle réussit son pari majeur : libérer Orléans et ouvrir la route de Reims au dauphin.
Grâce à cette chevauchée héroïque, le prince peut enfin être sacré roi de France. Il prend officiellement le nom de Charles VII.
Le vent a définitivement tourné en faveur des Valois. Le nouveau roi reconquiert patiemment et méthodiquement l’ensemble de son royaume.
L’affrontement trouve sa conclusion lors d’une bataille décisive. En 1453, les armées françaises écrasent définitivement les forces anglaises à Castillon.
Cette victoire marque la fin concrète de la guerre de Cent Ans. Commencé en 1337, ce conflit majeur aura duré en réalité cent seize ans.
Un acte diplomatique vient sceller définitivement cette paix durable. La signature du traité de Picquigny en 1475 met un point final officiel aux hostilités.
Cette longue guerre a profondément transformé le visage de la nation. Elle sonne le glas de la chevalerie traditionnelle au profit de la modernité.
La France se dote désormais d’une armée permanente et professionnelle. Les techniques militaires évoluent avec l’apparition de l’infanterie et de l’artillerie lourde, portée par l’usage de la bombarde et de la poudre à canon.