La période allant de 1870 à 1871 constitue un tournant majeur pour la France et l’Europe. Organisée par Conferentia en partenariat avec les Archives diplomatiques, cette conférence animée par les conservateurs Sarah Palin et Guillaume François retrace le basculement du Second Empire vers la IIIe République.
Elle analyse également la signature du traité de Francfort et la naissance de l’Empire allemand à travers des sources d’archives inédites.
Ce qu’il faut retenir
L’isolement diplomatique de la France sous Napoléon III et la manipulation de la dépêche d’Ems par Bismarck déclenchent un conflit dévastateur.
La défaite catastrophique de Sedan provoque la chute du Second Empire et la proclamation de la IIIe République, contrainte de gérer l’invasion et l’insurrection de la Commune.
Le traité de Francfort impose la perte de l’Alsace et d’une partie de la Moselle, marquant durablement les relations franco-allemandes jusqu’à la Première Guerre mondiale.
Une diplomatie à dimension européenne
Au XIXe siècle, les relations internationales reposent sur le concert européen. Ce système informel de concertation entre les grandes puissances vise à maintenir l’équilibre sur le continent depuis 1815.
Napoléon III cherche à redonner à la France un rôle moteur. Il participe à la guerre de Crimée et accueille le congrès de Paris. Il défend également le principe des nationalités pour réorganiser les frontières européennes.
Cette politique ambitieuse se heurte rapidement à de graves contradictions. L’Empereur soutient l’unité italienne puis tente de contenir l’ascension de la Prusse en Allemagne.
Ses hésitations stratégiques et ses demandes de compensations territoriales inquiètent les chancelleries. En 1870, la diplomatie française se retrouve totalement isolée sur la scène continentale.
La crise diplomatique de l’été 1870
L’élément déclencheur du conflit est la candidature d’un prince prussien au trône d’Espagne. La France craint d’être encerclée par la maison de Hohenzollern.
Face aux protestations françaises, le prince retire sa candidature. Cependant, le gouvernement impérial exige une garantie écrite que cette demande ne sera plus jamais renouvelée.
Le roi Guillaume Ier de Prusse refuse poliment de s’engager. Le chancelier Otto von Bismarck saisit cette occasion pour précipiter le conflit.
Il défigure le compte-rendu royal en publiant la célèbre dépêche d’Ems. Rédigé de manière humiliante pour l’ambassadeur français, ce texte provoque l’indignation à Paris.
Poussée par l’opinion publique et l’entourage impérial, la France déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870.
Le désastre militaire et la chute de l’Empire
L’armée française souffre d’une infériorité numérique criante et de lacunes logistiques majeures. Les défaites s’enchaînent rapidement sur le théâtre alsacien et lorrain.
Le maréchal Bazaine se retrouve enfermé dans Metz avec près de deux cent mille hommes. L’armée de secours menée par Napoléon III est battue à Sedan.
Le 2 septembre 1870, l’Empereur capitule et se constitue prisonnier. La nouvelle atteint la capitale deux jours plus tard.
Le 4 septembre 1870, la population parisienne envahit le Palais Bourbon et proclame la République. Un gouvernement de Défense nationale est formé en urgence.
L’impact humanitaire et le droit international
Le conflit cause d’immenses souffrances parmi les combattants et les populations civiles. La guerre se déroulant sur le sol français, les villes subissent sièges et bombardements.
Créée en 1864, la Croix-Rouge déploie ses premières actions à grande échelle. Des ambulances de campagne sont organisées pour secourir tous les blessés sans distinction.
L’ampleur de la débâcle entraîne la création de la première agence internationale de renseignements à Bâle. Ce bureau cherche à identifier les morts et à soutenir les prisonniers.
À la fin des combats, l’armée du général Bourbaki trouve refuge en Suisse. Cet internement massif pousse les nations à codifier le droit de la guerre lors de futures conventions internationales.
De la capitulation à la paix de Francfort
Pendant que Paris subit un siège rigoureux, les princes allemands proclament l’Empire allemand dans la galerie des Glaces du château de Versailles.
Un armistice est signé en janvier 1871 pour permettre l’élection d’une Assemblée nationale française. Cette nouvelle autorité doit légitimer les négociations de paix.
Exaspérée par la capitulation et les privations, la population parisienne se soulève en mars 1871. Le gouvernement d’Adolphe Thiers réprime durement la Commune de Paris avec la neutralité bienveillante de l’occupant prussien.
Le traité de Francfort est signé le 10 mai 1871. La France perd l’Alsace et une grande partie de la Moselle, tout en devant verser une indemnité financière colossale.
Cette mutilation territoriale alimente une rancœur tenace dans la société française. Elle pose les bases idéologiques et politiques du sentiment de revanche qui mènera au premier conflit mondial.