Le Zoo du Pal, situé dans l’Allier, représente un modèle unique en France en associant une réserve animalière de 35 hectares et un parc d’attractions. Accueillant près de 700 000 visiteurs par an, cette institution s’est lancée dans un projet colossal : la construction de l’hôtel « Savana Réserve ».
Ce complexe haut de gamme permet de dormir au plus près des animaux en liberté. À travers le suivi des équipes durant deux ans, ce document dévoile les coulisses de ce chantier, les transferts d’animaux à haute tension, ainsi que les défis quotidiens liés aux naissances et au bien-être d’espèces menacées.
Résumé des points abordés
Ce qu’il faut retenir
L’extension du parc repose sur une stratégie audacieuse : l’aménagement d’une plaine africaine de 5 hectares implique la cohabitation inédite et complexe entre des espèces puissantes comme les rhinocéros blancs, les girafes et les zèbres.
La préservation des espèces en danger critique d’extinction est au cœur des missions du zoo : chaque naissance, à l’image de celle d’un éléphanteau d’Asie ou d’une portée de loups du Canada, exige une surveillance médicale extrême et des interventions humaines parfois risquées.
Le succès d’un tel projet dépend d’une synergie parfaite entre les corps de métiers : soigneurs, vétérinaires et paysagistes doivent adapter en permanence l’environnement et leur approche pour garantir la sécurité et la sérénité des animaux face au public.
Zoo du Pal : la réserve animalière dans un parc d’attraction
Le projet de l’hôtel « Savana Réserve » marque un tournant historique pour le Pal. Pour répondre à la demande croissante des visiteurs souhaitant prolonger leur séjour, le propriétaire Arnaud Bennet a conçu un projet hôtelier de 15 millions d’euros. Cet investissement massif s’inspire directement des grandes réserves sud-africaines. Le bâtiment adopte une architecture typiquement africaine avec des enduits irréguliers imitant le torchi traditionnel. Certifié tourisme durable, l’établissement intègre des technologies écologiques : les matériaux utilisés sont locaux et les eaux usées sont entièrement traitées par les plantes. L’objectif est d’offrir aux 300 clients quotidiens une immersion totale et une vue panoramique directe sur la nouvelle plaine sauvage.
La préparation de la plaine africaine s’apparente à un véritable casse-tête logistique et paysager. Sébastien, le paysagiste du parc, doit composer avec les exigences climatiques de la région et le comportement destructeur des grands herbivores. Il doit implanter 900 arbres, 100 palmiers et des milliers de plantes. Pour éviter que les animaux ne dévastent la végétation, l’équipe ruse en utilisant des barrières physiques faites de troncs et en plantant des essences exotiques comme des yuccas, que les animaux n’apprécient pas. De plus, Thomas invente un système de râteliers suspendus pour distribuer les branchages en hauteur. Ce dispositif permet d’attirer les girafes près de l’hôtel pour le plaisir des yeux des clients, tout en protégeant les jeunes arbres de l’écorçage.
Le transfert des girafes de Rothschild vers leur nouveau complexe de 400 mètres carrés s’est avéré particulièrement délicat. Camille, soigneuse passionnée, doit gérer des animaux par nature craintifs et prompts au blocage. Si le jeune mâle Maongo, tout juste arrivé du Danemark, fait preuve d’une grande sérénité, les femelles se montrent beaucoup plus récalcitrantes. La femelle Kumi met plus de quarante-cinq minutes à monter dans le camion de transfert. Pour la femelle Ella, l’opération frôle l’accident : prise de panique dans le couloir de contention, elle tente de faire demi-tour et force une barrière de sécurité. Heureusement, le système de fermeture est conçu pour céder comme un fusible afin d’éviter les blessures. Après s’être calmée, Ella finit par accepter le transfert. Une fois réunies, les quatre girafes s’entendent immédiatement. Cela relance la politique de reproduction du zoo pour cette espèce dont la population sauvage a augmenté grâce aux efforts des parcs zoologiques.
En parallèle, l’arrivée des rhinocéros blancs constitue une nouveauté absolue pour le Pal. Trois jeunes mâles, Alan, Mac et Malabar, venus de différents zoos européens, doivent intégrer le parc. Avant leur arrivée, Thomas et son équipe sécurisent le bâtiment pour s’assurer que ces colosses ne puissent pas forcer les grilles. Pour faciliter leur acclimatation, Camille utilise une astuce olfactive : elle frotte les boxes avec les excréments des animaux pour diffuser des odeurs familières. Si le débarquement d’Alan demande de la patience et le confinement de l’équipe dans le silence complet, sa mise en contact ultérieure avec Mac s’avère musclée. Les deux rhinocéros se jaugent et se provoquent à coups de cornes. Mac parvient même à coincer la patte d’Alan, créant une vive tension chez les soigneurs armés d’extincteurs et de ballons pour intervenir en cas de danger. Finalement, la hiérarchie s’établit et le calme revient, permettant une cohabitation pacifique avec Malabar et les autres résidents de la plaine.
La vie du zoo est également rythmée par des événements majeurs dans les autres secteurs, notamment la naissance rarissime d’un éléphanteau d’Asie. Nina, une éléphante de 28 ans ayant survécu par le passé à une double fracture de la patte, entame une mise bas surveillée de près par Jérémy grâce à un système de vidéosurveillance. Après vingt et un mois de gestation, le petit mâle Jack naît en pleine nuit. Cependant, le nouveau-né de 127 kilos ne parvient pas à se lever, ce qui met sa vie en péril. L’équipe médicale tente d’intervenir avec des cordes pour redresser l’animal, ce qui déclenche l’agressivité protectrice de la mère. Face au danger, la vétérinaire Rosemarie décide de s’édater légèrement Nina. Cette intervention permet aux soigneurs de frictionner le petit, de lui administrer des vitamines et de le mettre debout. Après des heures d’efforts et une aide manuelle pour guider Jack vers les mamelles de sa mère, l’éléphanteau commence enfin à téter. Quinze jours plus tard, Jack découvre l’enclos extérieur et fait la rencontre de son grand frère Tom sous l’œil ému des soigneurs.
Au même moment, le secteur des carnivores célèbre la naissance de cinq louveteaux du Canada. La louve dominante Una s’était isolée dans sa tanière, surveillée par Delphine. Après un mois d’attente, une opération d’envergure est organisée pour examiner la portée. Vingt soigneurs pénètrent dans l’enclos, armés de pelles pour repousser les adultes protecteurs sans les blesser. En faisant face aux loups et en formant un arc de cercle de sécurité, la vétérinaire extrait les cinq petits pour un bilan complet : sexage, pesée, traitement contre les parasites et implantation d’une puce électronique. L’opération est un succès et la meute retrouve ses petits en parfaite santé.
Le dénouement de ces deux années d’efforts survient à une semaine de l’ouverture officielle de l’hôtel, lors de la grande mise en contact générale sur la plaine africaine. Malgré le stress initial du zèbre Mario qui avale ses granulés de travers, et le refus temporaire de la girafe Ella de traverser le pont de liaison à cause du dénivelé, tous les animaux finissent par se rassembler. Le spectacle est saisissant pour les soigneurs et le paysagiste : les girafes, les zèbres, les élans du Cap et les rhinocéros blancs cohabitent en parfaite harmonie sous les fenêtres de la « Savana Réserve ». Ce pari audacieux et complexe est pleinement réussi, offrant un espace de préservation exceptionnel et une expérience inoubliable pour le public.