Article | Thomas Richiger, apiculteur passionné : au cœur d’un monde fascinant et fragile

« Si les abeilles disparaissent, on aurait un vrai problème. » C’est avec cette phrase simple mais percutante que Thomas Richiger résume l’importance des abeilles dans notre quotidien. Installé en Suisse, ce jeune apiculteur partage avec enthousiasme son expérience, ses souvenirs, ses inquiétudes mais aussi ses espoirs pour l’avenir de ces insectes indispensables pour notre planète. À travers son témoignage, il nous ouvre les portes de son rucher et nous fait découvrir un univers où se mêlent patience, savoir-faire artisanal et profond respect de la nature.

Les abeilles, des travailleuses indispensables

Pour Thomas, les abeilles jouent un rôle essentiel dans notre alimentation. Elles assurent la pollinisation d’environ 78 % des plantes à fleurs. Sans elles, une grande partie des fruits que nous consommons quotidiennement disparaîtrait ou deviendrait beaucoup plus rare.

Pommes, cerises, fraises, mais aussi de nombreux légumes et plantes sauvages dépendent directement du travail des abeilles. Une seule ouvrière peut visiter entre 3 000 et 5 000 fleurs par jour. Rapporté à l’ensemble d’une colonie, cela représente un travail colossal.

Sur un hectare de culture en pleine floraison, il peut y avoir jusqu’à 12 000 abeilles butinant simultanément. Ces insectes assurent ainsi la reproduction des plantes et participent au maintien de la biodiversité. Beaucoup de personnes ne réalisent pas l’ampleur de leur contribution jusqu’au jour où elles imaginent un monde privé de miel, de fruits ou de fleurs.

Une passion née d’une rencontre

Thomas n’est pas issu d’une famille d’apiculteurs. Sa passion est née presque par hasard. Un samedi matin, au moment de faire des courses dans un centre commercial d’Aubonne, il découvre un stand consacré à l’apiculture.

Il reste à discuter avec un apiculteur passionné. Cette rencontre va changer sa vie. Depuis ce jour, ce mentor est devenu une personne ressource qu’il contacte plusieurs fois par an pour échanger des conseils, partager des expériences ou demander de l’aide lorsque certaines situations inhabituelles se présentent.

Ce qu’il apprécie particulièrement dans le monde apicole, c’est l’esprit d’entraide qui y règne. Contrairement à d’autres secteurs où les savoir-faire sont parfois jalousement gardés, les apiculteurs aiment transmettre leurs connaissances.

« Si tu trouves une nouvelle technique, tu es content de la partager avec les copains », explique-t-il.

La satisfaction de fabriquer ses propres ruches

Très attaché au travail manuel, Thomas aime particulièrement le bois. Cette passion lui a permis de construire lui-même ses quatre premières ruches à partir de bois suisse.

Fabriquer ses ruches, les réparer, créer de nouvelles hausses ou modifier certains éléments font partie des aspects de l’apiculture qu’il apprécie le plus. Les abeilles vivent naturellement dans des cavités en bois et Thomas aime l’idée de leur offrir un habitat qu’il a entièrement conçu de ses mains.

Parti de quatre colonies, il en a hiverné sept dès la première année. L’année suivante, il possédait déjà quinze ruches. Aujourd’hui, son rucher compte vingt-quatre colonies.

Même si cette activité lui prend beaucoup de temps, il ne regrette rien.

« Je suis très heureux avec ça », confie-t-il.

Devenir apiculteur : pourquoi pas vous ?

L’apiculture nécessite un matériel spécifique permettant de travailler efficacement tout en limitant les risques de piqûres.

Thomas possède un véritable Kit pour débuter en apiculture composé d’une combinaison intégrale de protection, d’un voile couvrant le visage, de gants épais ainsi que d’outils indispensables pour manipuler les cadres.

Parmi eux, le lève-cadres permet de décoller les éléments soudés par la propolis, tandis que la brosse à abeilles sert à déplacer délicatement les ouvrières sans les blesser.

L’outil le plus emblématique reste cependant l’enfumoir. Thomas utilise un ancien modèle offert par un apiculteur de son village ayant cessé son activité. Malgré son aspect usé et marqué par le temps, cet enfumoir possède une grande valeur sentimentale.

En produisant une fumée froide, il fait croire aux abeilles qu’un incendie approche. Les ouvrières se réfugient alors à l’intérieur de la ruche et se gorgent de miel pour préparer une éventuelle fuite. Cette réaction naturelle permet à l’apiculteur d’intervenir plus sereinement.

Thomas possède également une machine destinée à fabriquer ses propres feuilles de cire. Il fait fondre sa cire, la coule dans un moule spécifique puis obtient des plaques présentant les alvéoles caractéristiques des rayons.

Cette autonomie lui permet d’éviter l’achat de cire commerciale dont l’origine est parfois difficile à tracer et qui peut contenir des résidus indésirables.

Une première récolte gravée dans sa mémoire

Parmi tous les souvenirs accumulés depuis ses débuts, Thomas garde une émotion particulière pour sa première récolte de miel.

Après plusieurs mois passés à observer ses colonies, à préparer le matériel et à attendre le bon moment, il extrait enfin son premier miel.

Cette expérience représente pour lui un véritable accomplissement.

« Tu es tout seul avec ton matériel et tu goûtes ton premier miel. Là, c’était quelque chose », raconte-t-il avec un sourire.

Aujourd’hui encore, cette sensation reste associée à l’une des plus grandes satisfactions de son parcours.

Une organisation remarquable au sein de la ruche

Une colonie peut compter entre 60 000 et 80 000 abeilles durant l’été. Chaque ouvrière exerce plusieurs métiers successifs au cours de sa courte existence.

En période estivale, une abeille vit environ un mois. Elle nettoie d’abord les cellules, nourrit les larves, construit les rayons de cire, ventile la ruche, monte la garde puis devient finalement butineuse.

Les abeilles d’hiver vivent quant à elles jusqu’à quatre mois. Leur mission consiste principalement à protéger la reine et maintenir une température suffisante au sein de la colonie.

Les faux-bourdons, qui sont les mâles, sont expulsés de la ruche à l’automne car ils représentent une bouche supplémentaire à nourrir durant une période où les ressources deviennent rares.

La reine est quant à elle issue d’une alimentation particulière. Alors qu’une ouvrière ne reçoit de la gelée royale que pendant deux ou trois jours, une future reine est nourrie exclusivement avec cette substance durant tout son développement. C’est ce régime alimentaire qui lui permet d’acquérir ses caractéristiques exceptionnelles.

Produire un miel de qualité

Thomas récolte son miel deux fois par an.

La première récolte a lieu au printemps et donne un miel de fleurs issu des arbres fruitiers, des pissenlits et des nombreuses plantes présentes dans sa région.

La seconde récolte intervient généralement à la fin du mois de juillet ou au début du mois d’août. Elle produit un miel de forêt plus sombre, plus parfumé et plus puissant en bouche.

Pour obtenir un miel de qualité, il est indispensable de contrôler son taux d’humidité. Celui-ci doit rester inférieur à 18 %. Au-delà, le miel risque de fermenter.

Thomas veille également à ne jamais chauffer excessivement son miel afin de préserver toutes ses qualités gustatives et nutritionnelles. Lorsqu’il doit le liquéfier, il utilise un bain-marie à basse température.

Des menaces toujours présentes

Pour Thomas, la principale menace pesant sur les abeilles reste l’activité humaine.

Il comprend les difficultés rencontrées par les agriculteurs, souvent contraints de protéger leurs cultures contre les maladies et les champignons. Cependant, il regrette l’utilisation de traitements préventifs appliqués uniquement pour obtenir des rendements toujours plus élevés.

Il souligne malgré tout que de nombreux agriculteurs font preuve de responsabilité en adaptant leurs pratiques, notamment en fauchant leurs parcelles tôt le matin ou tard le soir lorsque les abeilles sont moins actives.

En Suisse, la réglementation stricte permet encore de limiter certains excès, mais Thomas estime qu’il reste indispensable de poursuivre les efforts afin de préserver ces précieuses pollinisatrices.

Manger local pour aider les abeilles

Enfin, Thomas encourage chacun à consommer du miel produit localement. Selon lui, ce choix permet non seulement de soutenir les apiculteurs de proximité, mais pourrait également contribuer à habituer progressivement l’organisme aux pollens présents dans son environnement.

Aujourd’hui, son miel est vendu directement chez lui, dans plusieurs commerces de proximité, une boulangerie, une fromagerie ainsi qu’une exploitation agricole proposant des produits fermiers.

À travers sa passion, Thomas Richiger rappelle que derrière chaque pot de miel se cachent des milliers d’heures de travail accomplies par des dizaines de milliers d’abeilles. Protéger ces insectes, c’est préserver notre alimentation, nos paysages et un patrimoine naturel dont nous dépendons tous.