Cette conférence enregistrée dans le cadre des Mardis du DEFLE à l’Université Bordeaux Montaigne accueille Fatima Chnane-Davin, responsable de master et spécialiste de l’enseignement aux élèves allophones.
L’intervention aborde la complexité de l’accueil et de l’intégration linguistique des élèves migrants ou nouvellement arrivés dans le système scolaire français. À travers des exemples de terrain et des analyses didactiques, la conférencière met en lumière les défis rencontrés par les enseignants et la nécessité d’une approche pluridisciplinaire partagée.
Ce qu’il faut retenir
- La responsabilité collective : l’intégration et l’apprentissage de la langue ne reposent pas uniquement sur le professeur de français, mais sur l’ensemble de l’équipe pédagogique et des acteurs éducatifs.
- L’articulation des concepts : les notions de français langue étrangère (FLE), de français langue seconde (FLS) et de français langue de scolarisation ne doivent pas être cloisonnées mais combinées pour répondre aux besoins hétérogènes des apprenants.
- Le rôle du contexte et du bricolage pédagogique : l’enseignement de la langue de scolarisation exige une adaptation constante, une innovation de terrain et une prise en compte des distances linguistiques, culturelles et psychologiques des élèves.
Introduction et parcours des élèves allophones
L’accueil des migrants dans le milieu scolaire soulève des questions cruciales pour les praticiens et les chercheurs. Les élèves allophones arrivent souvent avec des parcours scolaires riches et diversifiés dans leur pays d’origine. Pourtant, le système éducatif a parfois tendance à effacer ce passé en considérant qu’ils partent de zéro en raison de la barrière de la langue.
La littérature et les témoignages d’exil rappellent que la maîtrise de la langue française constitue la première étape incontournable d’une nouvelle vie. La détresse observée sur le terrain traduit souvent la difficulté des enseignants à appréhender la réalité de ces parcours. Il devient primordial de dépasser les idées reçues pour accompagner au mieux ces jeunes apprenants.
La diversité didactique : FLE, FLS et langue de scolarisation
La formation initiale des enseignants ne prépare pas toujours à la complexité des profils rencontrés en classe. Trois concepts clés structurent cette didactique : le français langue étrangère, le français langue seconde et le français langue maternelle. Ces notions ne forment pas des compartiments étanches.
Le français langue étrangère constitue un socle indispensable pour installer la communication fonctionnelle. Rapidement, les élèves doivent basculer vers le français langue seconde et la langue de scolarisation. Cette dernière s’avère exigeante non seulement pour les élèves allophones, mais aussi pour les élèves francophones confrontés au langage abstrait et normé de l’école.
Les distances d’apprentissage et la réalité cognitive
L’adaptation des élèves dépend fortement de plusieurs facteurs de distance. La distance matérielle, culturelle et linguistique influence directement la vitesse d’intégration. Par exemple, les codes sociaux liés au regard ou à l’espace peuvent engendrer des malentendus culturels en classe.
Sur le plan cognitif, l’apprenant oscille constamment entre sa langue maternelle et la langue cible. Il traduit mentalement les concepts avant de pouvoir penser directement en français. Cette transition demande du temps, de la bienveillance et une prise en compte de l’insécurité linguistique que ressent l’élève.
L’interdisciplinarité et la formation des équipes pédagogiques
L’enseignement du français ne se limite pas à la discipline littéraire. Les disciplines non linguistiques, telles que les mathématiques ou l’histoire-géographie, possèdent leur propre lexique et leur syntaxe spécifique. Les professeurs de ces matières jouent un rôle déterminant dans l’appropriation du discours scolaire.
Face à l’hétérogénéité des classes, les enseignants font souvent preuve d’un bricolage pédagogique positif. Ce travail d’orfèvre s’apparente à l’improvisation d’un musicien de jazz qui s’appuie sur une solide expérience. Pour éviter l’épuisement professionnel, la formation doit évoluer vers une prise en charge collective et interdisciplinaire, impliquant toute l’équipe éducative.