Le 10 juin 1944, alors que les yeux du monde sont rivés sur le débarquement en Normandie et le drame d’Oradour-sur-Glane, une tragédie méconnue frappe la résistance étudiante dans les forêts de Sologne.

Plus d’une centaine de jeunes parisiens, issus des plus grands lycées de la capitale et regroupés au sein du Corps Franc Liberté, rejoignent le maquis dans l’espoir d’affronter l’occupant. Leur destin bascule dramatiquement en raison d’une trahison interne orchestrée au cœur même de leur réseau. Ce documentaire retrace l’épopée poignante, le courage héroïque et la fin tragique de ces adolescents engagés pour la liberté de la France.

Ce qu’il faut retenir

Un engagement lycéen précoce et massif. Dès l’automne 1940, des élèves des grands lycées parisiens s’organisent clandestinement pour manifester, distribuer des journaux interdits puis se former au maniement des armes.

Une trahison fatale subie de l’intérieur. Un membre du réseau de seulement 17 ans, André Parant, livre des informations capitales à la Gestapo parisienne pour financer ses besoins personnels, entraînant l’arrestation de ses camarades.

Un massacre impitoyable et une justice tardive. Le 10 juin 1944, 41 lycéens sont froidement exécutés en Sologne par les forces allemandes et leurs auxiliaires français : le traître sera finalement démasqué, jugé puis exécuté au début de l’année 1945.

Premières étincelles de la résistance lycéenne

Au cours de la rentrée 1940 sous l’occupation, l’atmosphère de la capitale devient étouffante. La présence continuelle des troupes allemandes provoque une exaspération grandissante chez les élèves des grands établissements parisiens. Les premiers sentiments de rejet se traduisent par une défiance silencieuse au quotidien.

Le grand déclic survient lors de la manifestation du 11 novembre 1940 à l’Arc de Triomphe. Bravo à l’appel de tracts clandestins, des milliers de jeunes bravent l’interdiction pour aller chanter la Marseillaise. La répression nazie s’avère violente avec plus de mille arrestations, mais le mouvement d’insoumission est définitivement lancé.

Face à la propagande du régime de Vichy et à la vénération imposée du maréchal Pétain, les provocations se multiplient. Les portraits officiels sont régulièrement dégradés dans les couloirs des établissements. Les lycéens cherchent désormais des moyens plus efficaces pour structurer leur combat contre l’occupant.

Création et actions du Corps Franc Liberté

À partir de 1942, sous l’impulsion de leaders comme Philippe Vacremer, les initiatives éparpillées se regroupent progressivement. Des contacts solides sont noués avec des réseaux reliés directement à Londres, donnant ainsi naissance au Corps Franc Liberté. Les étudiants se sentent enfin rattachés à la France combattante.

Les missions confiées se veulent d’abord d’ordre logistique et politique. Les lycéens organisent la distribution massive de la presse clandestine, à l’image du journal Défense de la France. Les tirages atteignent des centaines de milliers d’exemplaires véhiculés à vélo ou distribués dans le métro au péril de leur vie.

La préparation militaire s’intensifie discrètement au sein même des salles de classe. Des cours théoriques sur l’usage des explosifs et des mitraillettes sont dispensés dans les greniers et les caves des lycées. Des parachutages d’armes britanniques permettent d’amorcer un entraînement pratique en vue des combats futurs.

La trahison cachée au sein du réseau

Un jeune homme du lycée Condorcet nommé André Parant va bouleverser tragiquement le destin du réseau. Âgé d’à peine 17 ans et affaibli par des soucis de santé, il se retrouve confronté à de graves difficultés financières suite à des sanctions parentales. La recherche d’argent facile va le pousser à l’irréparable.

En mars 1944, l’adolescent se rend de son propre chef à la Gestapo de la rue des Saussaies. Il vend à l’ennemi des informations précises sur l’organisation et livre les identités des cadres du réseau contre une somme modique. Il est alors enregistré comme agent infiltré sous le pseudonyme de Claude.

Lorsque l’annonce du débarquement de Normandie survient le 6 juin 1944, les membres du réseau convergent vers la Sologne pour y recevoir des armes. André Parant choisit cyniquement de rejoindre le rassemblement avec ses camarades, tout en sachant que le piège n’allait pas tarder à se refermer sur eux.

La tragédie du 10 juin 1944 en Sologne

Au matin du 9 juin, les premiers groupes de lycéens arrivent à la ferme du By, lieu désigné pour la réception des armes. Ignorant la récente arrestation de leurs chefs à Paris, ils ne se doutent pas qu’un redoutable collaborateur français au service de la Gestapo d’Orléans, Pierre Lussac, est déjà sur leurs traces dans la région.

Aux premières heures du 10 juin, la ferme est encerclée par les forces allemandes et leurs auxiliaires. Séparé des autres, André Parant fait valoir ses services auprès de la Gestapo et désigne les zones de repli des camarades cachés dans les bois. Un véritable ratissage s’organise dans tout le secteur.

Les lycéens sont emmenés par petits groupes sans armes dans les chemins forestiers pour y être froidement exécutés. Au total, 41 jeunes hommes périssent sous les balles au cours de cette matinée sanglante, tandis que 18 autres sont arrêtés puis envoyés directement en déportation dans les camps de concentration.

L’enquête, le procès et l’exécution du traître

Dans la capitale libérée durant l’été 1944, la vérité finit par faire surface grâce à la ténacité d’une mère de famille. Madame Soref, ayant perdu ses deux fils lors du massacre de la ferme du By, mène sa propre enquête auprès des témoins locaux qui lui décrivent le comportement suspect d’un jeune homme blond.

Arrêté par la police parisienne en octobre 1944, André Parant passe aux aveux devant le juge d’instruction. Son procès s’ouvre devant la Cour de justice d’Orléans en janvier 1945. Face aux familles dévastées et aux rares survivants, il tente vainement de minimiser son rôle dans la dénonciation de ses camarades.

Condamné à mort sans circonstances atténuantes, le traître est exécuté au stand de tir d’Orléans le 7 février 1945. Des survivants de la tragédie assistent à son châtiment, concluant par le coup de grâce cet effroyable chapitre de l’histoire de la résistance lycéenne française.