Dans cet épisode des Grands Dossiers de l’Histoire sur Radio Classique, Franck Ferrand retrace le destin hors du commun et tragique de Marie Stuart. Née pour régner, portée au sommet du pouvoir dès son plus jeune âge, elle s’est retrouvée au cœur d’intrigues politiques complexes, d’un pays déchiré par la Réforme protestante et d’un engrenage amoureux désastreux.
Son existence, marquée par des unions successives et des trahisons sanglantes, se transforme rapidement en un drame intime et souverain qui la mènera des fastes de la Cour de France jusqu’au billot en Angleterre.
Ce qu’il faut retenir
Marie Stuart a connu un destin météorique en devenant reine d’Écosse à seulement six jours et reine de France à l’âge de dix-sept ans. Cependant, la mort prématurée de son premier époux, le roi François II, met un terme brutal à cette apogée précoce et l’oblige à quitter le raffinement de la cour de France pour affronter la réalité d’un royaume écossais en pleine mutation religieuse et politique.
Ses choix matrimoniaux ultérieurs ont précipité sa chute politique et personnelle. Son union avec Lord Darnley, un homme ambitieux qui assassinera sous ses yeux son confident David Rizzio avant de mourir lui-même étranglé, puis son mariage scandaleux avec le comte de Bothwell, suspecté du meurtre de Darnley, ont définitivement aliéné la noblesse et le peuple écossais.
Considérée comme une menace directe par sa cousine la reine Élisabeth Ière d’Angleterre en raison de ses prétentions au trône et de sa foi catholique, Marie Stuart subit dix-neuf années de captivité. Accusée de complot et piégée par les premiers services secrets anglais, elle finit décapitée à l’âge de quarante-quatre ans, scellant ainsi l’issue d’une vie sacrifiée sur l’autel de la politique et des passions.
Marie Stuart, reine aux trois maris
Le règne du jeune roi François II s’achève brutalement après seulement quelques mois d’exercice. Le souverain laisse derrière lui un royaume de France fragilisé par les tensions religieuses ainsi qu’une très jeune veuve, Marie Stuart. Née en décembre 1542 au palais de Linlithgow, elle avait été proclamée reine d’Écosse alors qu’elle n’était âgée que de six jours.
Envoyée en France dès l’âge de cinq ans pour être promise au dauphin, elle grandit au cœur d’une cour raffinée, célébrée par les poètes Pierre de Ronsard et Joachim du Bellay. Devenue reine de France à dix-sept ans, elle perd sa couronne française un an plus tard. Sa belle-mère Catherine de Médicis ne lui laissant aucun rôle, Marie n’a d’autre choix que de regagner son pays natal.
En débarquant au port de Leith près d’Édimbourg, le choc est d’une grande brutalité. Élevée dans le luxe et le catholicisme, elle découvre une Écosse au climat rude, désormais acquise à la Réforme protestante sous l’impulsion du prédicateur John Knox et de son propre demi-frère, James Stuart.
Marie Stuart entreprend de gouverner avec prudence et modération. Elle cherche à ménager la majorité protestante tout en s’appuyant sur son demi-frère pour gérer les affaires quotidiennes du royaume. Cependant, la question de son remariage devient rapidement la priorité absolue des chancelleries européennes.
Son choix se porte sur Henri Stuart, dit Lord Darnley, un jeune homme de grande allure descendant lui aussi des Tudor. Elle l’épouse dans la chapelle de Holyrood et le fait proclamer roi des Écossais dès le lendemain, déclenchant l’hostilité immédiate de la noblesse protestante.
Le danger ne tardera pas à émerger de son propre foyer. Darnley s’avère être un homme ambitieux, désireux d’exercer la réalité du pouvoir souverain. Déçue par ce mari devenu un rival, la reine se rapproche de son secrétaire italien et musicien, David Rizzio.
La jalousie de Darnley et la rumeur publique enflent rapidement. Une nuit, alors que Marie est enceinte de six mois, des hommes armés menés par Darnley font irruption dans ses appartements. Sous ses yeux, ils saisissent Rizzio et le lardent de cinquante-six coups de couteau dans la pièce voisine.
Faisant preuve d’un sang-froid remarquable, Marie parvient à manipuler son époux pour qu’il se retourne contre ses complices. Ils s’enfuient ensemble vers Dunbar où la reine rassemble ses fidèles supporters, mais la confiance au sein du couple royal est définitivement brisée.
Elle donne naissance à un fils nommé Jacques, le futur roi Jacques VI d’Écosse et Jacques Ier d’Angleterre. Désormais discrédité auprès de tous les camps pour avoir trahi tour à tour son épouse puis les conjurés, Darnley est complètement isolé.
Une nuit de février, la maison de Kirk o’ Field dans laquelle Darnley se soignait est détruite par une puissante explosion. Le corps du souverain est retrouvé intact dans le jardin voisin : il s’est enfui avant le blast et a été étranglé par ses poursuivants.
Les soupçons se tournent immédiatement vers James Hepburn, le comte de Bothwell. Cet homme de guerre aguerri et profondément loyal envers la reine s’oppose en tout point au défunt Darnley, et une grande complicité s’est développée entre lui et Marie.
Acquitté à l’issue d’un procès expéditif, Bothwell rassemble plusieurs dizaines de seigneurs dans une taverne d’Édimbourg. Il leur fait signer un document qui l’innocente officiellement et encourage son union avec la souveraine.
Quelques jours plus tard, Bothwell intercepte le cortège de la reine avec huit cents hommes et l’emmène au château de Dunbar. Cet enlèvement, sans doute arrangé avec l’accord tacite de Marie, débouche sur leur mariage au mois de mai.
Ce troisième mariage fait scandale dans l’Europe entière. Pour les Écossais, il est inacceptable que la reine épouse l’homme soupçonné d’avoir assassiné son précédent mari. Les lords se soulèvent et lèvent une armée contre le couple.
Les deux forces se font face sur la colline de Carberry. Privée du soutien de ses troupes qui désertent au fil des négociations, Marie voit Bothwell s’enfuir grâce à un sauf-conduit. Elle ne le reverra plus jamais.
Ramenée à Édimbourg sous les huées de la foule, elle est emprisonnée au château de Loch Leven. Elle y subit une fausse couche où elle perd des jumeaux, avant d’être contrainte d’abdiquer en faveur de son fils encore au berceau.
Après une évasion spectaculaire, elle réunit des partisans mais essuie un nouveau revers. Elle prend alors la décision fatale de fuir vers le sud pour demander l’asile à sa cousine, la reine Élisabeth Ière d’Angleterre.
Considérant Marie comme une prétendante légitime et dangereuse pour la couronne d’Angleterre, Élisabeth la fait immédiatement placer en résidence surveillée. Ce répit apparent se transforme en une captivité de dix-neuf années.
Au fil des ans, Marie Stuart devient le symbole et le centre de plusieurs conspirations catholiques visant à la placer sur le trône anglais. Francis Walsingham, le maître espion d’Élisabeth et pionnier des services secrets, surveille étroitement toutes ses correspondances.
Piégée par des agents infiltrés qui lui fournissent un faux code secret, Marie approuve un projet d’attentat contre la reine d’Angleterre. Les lettres décryptées servent de preuve irréfutable lors de son procès pour haute trahison.
Condamnée à mort, elle adresse une ultime lettre touchante à sa cousine. Elle y renonce à demander la grâce et sollicite uniquement le droit d’être enterrée en France, d’être exécutée publiquement et d’assurer le sort de ses serviteurs.
Le 8 février 1587, dans la grande salle du château de Fotheringhay, Marie Stuart est décapitée à l’épée devant trois cents spectateurs. Âgée de quarante-quatre ans, l’ancienne reine de France et d’Écosse s’éteint au terme d’une vie marquée par la tragédie et les passions politiques.