Dans cette conférence donnée à l’Université de Mons, Steve Bissonnette aborde la gestion des comportements en milieu scolaire à travers le prisme des données probantes. Il propose une approche structurée et pragmatique pour instaurer un climat de classe serein et favoriser la réussite de tous les élèves.

Son intervention montre comment la prévention, la clarté des règles et la cohérence des équipes éducatives permettent de réduire drastiquement les écarts de conduite.

Ce qu’il faut retenir

La prévention est la clé : 80 % des interventions d’un enseignant doivent être proactives et viser à instaurer un cadre prévisible et sécurisant.

Les comportements attendus s’enseignent de manière explicite : on ne peut pas exiger d’un élève qu’il adopte une conduite adéquate si celle-ci ne lui a pas été clairement modélisée et pratiquée.

La collaboration et l’harmonisation des pratiques à l’échelle de toute l’école sont indispensables : l’efficacité repose sur un consensus clair entre adultes concernant la gestion des écarts de conduite.

Ecoles efficaces et gestion des comportements

Les recherches sur les écoles efficaces montrent que certains établissements situés en milieu défavorisé obtiennent des résultats comparables, voire supérieurs, à ceux de milieux plus nantis. Le facteur clé de ce succès réside dans le travail d’équipe et l’harmonisation des pratiques pédagogiques et comportementales.

Lorsque tous les intervenants d’une école s’entendent sur des règles communes et sur une politique claire de gestion des écarts de conduite, ils éliminent les incohérences dans lesquelles les élèves en difficulté s’engouffrent généralement.

Cette vision systémique s’appuie sur le modèle de Réponse à l’Intervention (RTI). Ce modèle prévoit trois niveaux : des interventions universelles de prévention pour l’ensemble des élèves, des mesures ciblées pour ceux qui présentent des besoins particuliers, et un accompagnement individualisé pour les cas les plus complexes.

La gestion proactive et préventive en classe

Les enseignants qui réussissent le mieux en gestion de classe ne se distinguent pas par la façon dont ils punissent, mais par leur capacité à prévenir les désordres. Environ 80 % de leurs actions visent à créer un environnement ordonné et sécurisant.

La première stratégie proactive consiste à bâtir une relation positive avec chaque élève. Cela passe par des attentes élevées mais réalistes, basées sur l’idée que la réussite découle de l’effort et de l’utilisation de bonnes stratégies plutôt que d’un talent inné.

Il est également essentiel de bannir les mots comme « facile » ou « difficile », qui peuvent démotiver ou stigmatiser les élèves en cas d’échec.

L’organisation physique de la classe et la présence de l’enseignant jouent aussi un rôle majeur. Un enseignant qui circule de manière imprévisible dans la pièce réduit de moitié les problèmes de discipline par rapport à celui qui reste assis à son bureau.

L’enseignement explicite des comportements

On ne peut pas reprocher à un élève de ne pas adopter un comportement qui ne lui a jamais été enseigné. De la même manière qu’on enseigne la lecture ou les mathématiques, les comportements souhaités doivent faire l’objet d’un enseignement explicite.

Cet enseignement commence par la définition de valeurs communes, comme le respect ou la responsabilité, qui sont ensuite traduites en comportements observables et mesurables. Ces attentes sont formulées de manière positive et affichées clairement dans la classe et dans l’école.

La démarche pédagogique suit trois étapes : le modelage (l’enseignant montre l’exemple et le contre-exemple), la pratique dirigée (les élèves s’exercent avec des retours immédiats) et la pratique autonome. Cet apprentissage s’effectue directement en contexte réel durant les premières semaines de l’année scolaire.

L’installation de routines claires dès le début et la fin des cours permet d’ancrer ces habitudes et d’offrir aux élèves le cadre prévisible dont ils ont besoin pour se sentir en sécurité.

L’encadrement des élèves et la bienveillance

Superviser efficacement une classe demande une attention constante et ce que les anglophones appellent le « withitness », c’est-à-dire la capacité à voir tout ce qui se passe dans la pièce. L’enseignant doit garder un œil vigilant sur l’ensemble du groupe, même lorsqu’il aide un élève en particulier.

L’utilisation de signaux non verbaux ou d’un signal de silence convenu à l’avance permet de maintenir l’attention sans interrompre la dynamique du cours. De plus, poser des questions en désignant directement les élèves, plutôt qu’en faisant appel aux volontaires, maintient tout le monde engagé.

L’adulte doit toujours conserver son calme et éviter d’élever la voix. Face à l’argumentation d’un élève, la technique du disque rayé permet de réitérer la consigne ou la conséquence de façon neutre et ferme, sans entrer dans le débat.

Les systèmes de renforcement et de reconnaissance

La reconnaissance des bons comportements est un levier puissant pour favoriser un climat de classe positif. Un enseignant doit viser un ratio d’au moins quatre interactions positives pour une intervention corrective.

Le renforcement verbal doit être précis : il nomme le comportement adéquat observé et le rattache à la valeur correspondante. Cela aide l’élève à faire le lien entre ses actions et les attentes de la collectivité.

Pour stimuler la motivation, l’utilisation de systèmes de renforcement de groupe (comme la contingence d’équipe) s’avère extrêmement efficace. Toute la classe travaille ensemble pour atteindre un objectif collectif donnant droit à un privilège non matériel, comme une activité spéciale ou un temps de détente.

Il est primordial que les privilèges accordés ne soient jamais retirés en cas de mauvaise conduite ultérieure : ce qui est acquis reste acquis, afin de ne pas détruire la relation de confiance et l’engagement de l’élève.

Les interventions correctives et la gestion des écarts de conduite

Malgré une prévention rigoureuse, des écarts de conduite surviendront inévitablement. L’école doit établir une distinction claire entre les écarts mineurs, gérés directement par l’enseignant en classe, et les écarts majeurs, qui nécessitent une prise en charge par la direction ou une équipe spécialisée.

Un écart est considéré comme majeur lorsqu’il empêche l’enseignant d’enseigner, empêche les autres d’apprendre, ou met en danger la sécurité des personnes. Les manquements mineurs sont traités par des interventions graduées, allant du contrôle par la proximité au rappel verbal direct, en passant par le choix illusoire ou la réparation.

La réprimande ou la sanction ne doit pas être la seule réponse : l’intervention doit inclure un réenseignement du comportement attendu. Si un élève adopte une conduite inadéquate pour fuir une tâche difficile, comme la lecture à haute voix, il est crucial d’identifier cette fonction du comportement pour lui offrir une aide pédagogique adaptée plutôt qu’une simple punition.

Enfin, la tolérance de l’intolérable est la pire des attitudes : elle crée du flou chez l’élève et dégrade le climat de classe. Intervenir de façon cohérente, juste et prévisible reste le meilleur service à rendre aux élèves pour les accompagner vers l’autonomie et la réussite.