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Ce docu n'a pas de note Égérie du néoréalisme italien, Anna Magnani a imposé sur grand écran sa liberté et son tempérament de feu, notamment chez Rossellini (« Rome, ville ouverte », « La voix humaine » ) et Luchino Visconti (« Bellissima »). Un tendre portrait de la volcanique et talentueuse actrice. Qui a oublié la course folle d’Anna Magnani, brisée par les tirs des nazis, dans Rome, ville ouverte ? Cette séquence, tournée en 1945, porte au premier plan les déchirures de la guerre et devient l’emblème du néoréalisme italien. Différente des divas qui l’ont précédée, cette actrice sensuelle au regard magnétique offre un nouveau visage au cinéma : une femme libre, impressionnante de gravité et d’aplomb. « La Magnani » ne colle pas aux canons de beauté façonnés par le désir masculin, ce qui n’empêchera pas de grands réalisateurs de la faire travailler, à commencer par Roberto Rossellini dont elle tombe amoureuse et avec qui elle tourne Rome, ville ouverte, La voix humaine et Le miracle, avant que l’arrivée d’Ingrid Bergman ne brise leur idylle. S’ensuit une éprouvante rivalité par paparazzis interposés, puis un sublime Bellissima avec Visconti et un intermède hollywoodien, sous l’impulsion de Tennessee Williams qui voit en Magnani une muse. L’actrice en retirera un Oscar pour La rose tatouée, et une certaine frustration devant les rôles stéréotypés qu’on lui propose ensuite. Ce documentaire retrace la vie et la carrière riche en coups d’éclats et en traversées du désert d’une actrice douée, excessive et volcanique – ex-enfant abandonnée dont les colères s’avèrent aussi un mécanisme de défense –, à travers les souvenirs de son fils Luca et des cinéastes qui l’ont dirigée. Visconti, Fellini et Renoir racontent, notamment, le bouillonnant talent créatif dont elle nourrissait ses interprétations. Composé d’archives, parfois rares ou privées, qui font ressortir la mélancolie mais aussi la drôlerie de la grande « Nannarella », comme la surnommaient les Italiens, le film dévoile également une interview inédite de l’actrice par la journaliste Oriana Fallaci, à qui elle confiait : « Il faut qu’on me laisse m’exprimer. » Documentaire d’Enrico Cerasulo disponible jusqu’au 02/07/2021.