Dans cet épisode des Grands Dossiers de l’Histoire sur Radio Classique, Franck Ferrand retrace avec ferveur et émotion le crépuscule d’une figure majeure du Premier Empire : l’impératrice Joséphine. Reléguée dans l’ombre après son divorce d’avec Napoléon, puis spectatrice impuissante de l’effondrement du régime, l’ancienne souveraine affronte les épreuves avec une dignité remarquable.
De son havre de la Malmaison jusqu’à son ultime souffle en mai 1814, le récit met en lumière le destin tragique et le magnétisme intact d’une femme d’exception dont le souvenir restera à jamais gravé dans l’esprit de l’Empereur.
Ce qu’il faut retenir
Joséphine de Beauharnais subit avec dignité les conséquences politiques de son divorce, s’exilant dans ses domaines où elle conserve néanmoins son élégance, son amour des arts et un sens aigu de la représentation impériale.
Face à la déchéance de Napoléon et à la chute tragique de l’Empire, elle fait preuve d’une résilience hors du commun et parvient à captiver les souverains coalisés, en particulier le tsar Alexandre Ier, qui tombe sous son charme à la Malmaison.
Sa mort prématurée à l’âge de 50 ans, causée par une infection pulmonaire foudroyante, scelle la fin de la « bonne étoile » de Napoléon, qui prononcera son nom dans son dernier souffle à Sainte-Hélène.
Une souveraine déchue face au triomphe de sa rivale
En mars 1811, l’obscurité enveloppe le château de Navarre, situé non loin d’Évreux. Joséphine, désormais appelée l’impératrice douairière, est encore éveillée dans son cabinet.
Âgée de 47 ans, elle conserve un visage gracieux malgré les épreuves. Soudain, un messager lui apporte une nouvelle cruciale : la jeune impératrice Marie-Louise vient de donner naissance à un héritier, le roi de Rome.
Cette annonce ravive une blessure encore béante. Un an plus tôt, Napoléon se séparait d’elle pour épouser une princesse de sang royal capable d’assurer sa descendance.
L’ancienne impératrice aurait tant aimé être la mère de cet enfant. Elle aurait souhaité entendre les cent un coups de canon retentir en son honneur dans la capitale.
Pourtant, Joséphine fait bonne figure. Elle déclare que l’Empereur ne peut douter de la joie qu’elle éprouve pour lui.
Dans son domaine, elle organise une fête somptueuse pour célébrer l’événement. Vêtue d’une robe de gala aux reflets argentés, elle prouve qu’elle appartient toujours à ce monde brillant.
Quelques mois plus tard, de retour à la Malmaison, elle reçoit une visite inattendue. Napoléon surgit discrètement, à l’insu de Marie-Louise.
Au milieu des roses rares et du parc baigné de soleil, l’Empereur flâne aux côtés de celle qui a partagé son ascension. Il lui confie ses grandes ambitions avant de partir pour la tragique campagne de Russie.
La mélancolie de la Malmaison et l’effondrement de l’Empire
Seule dans sa résidence, Joséphine tente de tromper une monotonie grandissante. Sa vie quotidienne contraste douloureusement avec les années effrénées passées dans le sillage impérial.
Elle tente d’intercéder pour obtenir un rôle à la cour. Ses démarches restent vaines car la présence de deux impératrices est impossible.
À l’été 1812, elle cherche du réconfort auprès de sa famille. Elle se rend à Milan pour rencontrer sa belle-fille et ses petits-enfants, alors que son fils Eugène combat au front.
Malgré les inquiétudes grandissantes, elle refuse de montrer la moindre faiblesse. Elle continue de superviser à distance la réfection de ses appartements et l’achat de peintures de maître.
À son retour en France, le climat s’assombrit nettement. La conspiration du général Malet puis les nouvelles de la déroute en Russie plongent la capitale dans le deuil.
Joséphine s’accroche à ses passions. Elle soigne ses collections botaniques et s’occupe des enfants de sa fille Hortense.
L’angoisse s’installe progressivement au sein du domaine. L’édifice impérial, bâti en quelques années d’épopée, semble menacé d’un effondrement imminent.
En 1813, la bataille des Nations confirme le retour de fortune. La Grande Armée se retrouve décimée et les alliés se retournent contre la France.
Joséphine prend alors la plume pour soutenir Napoléon. Elle lui réaffirme que ses peines seront toujours partagées par son cœur.
Le charme intact de l’impératrice face aux vainqueurs
L’avancée inexorable des coalitions étrangères amène la guerre sur le sol français. Dans la panique générale, Marie-Louise et son fils prennent la fuite.
Après l’abdication de Napoléon, la Malmaison devient le théâtre d’une incroyable transformation. Le domaine refleurit et s’emplit de personnalités influentes.
Le tsar Alexandre Ier de Russie et le roi de Prusse se pressent auprès de l’ancienne souveraine. Ils tombent rapidement sous le charme de cette hôtesse hors du commun.
Joséphine savoure ce retour imprévu de popularité. Le tsar œuvre activement pour qu’elle conserve son rang et des revenus décents.
Les soirées retrouvent leur animation d’antan. On y joue de la musique, on y danse et on y discute d’art.
Pendant une promenade bucolique organisée en l’honneur du souverain russe, Joséphine arbore une robe légère malgré la fraîcheur de la journée. Soucieuse de son rôle de maîtresse de maison, elle dissimule un coup de froid naissant.
L’ultime souffle de la bonne étoile de Napoléon
Dans les jours suivants, l’état de santé de l’impératrice se dégrade rapidement. Une forte fièvre s’installe et sa respiration devient de plus en plus difficile.
Malgré la maladie, elle refuse obstinément d’aliter. Elle tient à honorer ses réceptions pour éblouir ses invités une dernière fois.
Cette obstination épuise ses ultimes forces physiques. Le mal progresse sans laisser la moindre chance aux médecins.
Le 29 mai 1814, Joséphine s’éteint dans les bras de son fils Eugène. Elle succombe à une pneumonie foudroyante à l’âge de 50 ans.
Selon les mémoires de sa fille Hortense, ses derniers murmures évoquent Bonaparte, l’île d’Elbe et le roi de Rome. Elle ne survit que de quelques semaines à la chute de l’Empire.
Informé de la triste nouvelle durant son exil, Napoléon éprouve un chagrin immense. Il perd celle qu’il considérait comme sa véritable bonne étoile.
Sept ans plus tard, sur son lit de mort à Sainte-Hélène, l’Empereur déchu prononce ses ultimes mots. Dans un dernier souffle, il associe la France, l’armée et le nom de Joséphine.