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En archives et séquences d’animation, une évocation du fulgurant Charlie Parker, dit « Bird » (1920-1955), génie du saxophone alto et improvisateur visionnaire, à l’origine du basculement du jazz dans la modernité. Étoile filante née en 1920 à Kansas City, dans une Amérique raciste rongée par les violences sociales, Charlie Parker erre seul la nuit dès l’âge de 11 ans, s’étourdissant de cigarettes et bientôt d’alcool, avant de découvrir l’héroïne à 16 ans. Précoce, ce boulimique de musique écoute tout, blues, jazz, classique, soufflant dans son saxophone alto de onze à quinze heures par jour, en autodidacte virtuose et prodigieux conteur d’histoires avec son instrument. Mais les improvisations du « Yardbird » (le bleu) – son surnom avant le sacre de « Bird » −, enrôlé à 17 ans dans l’orchestre de Jay McShann, lui valent des humiliations, avant la révolution new-yorkaise du be-bop dont la furieuse énergie dope ses solos et son langage poétique dès 1940. Avec le pianiste Thelonious Monk, les batteurs Kenny Clarke ou Max Roach et surtout le trompettiste Dizzy Gillespie, frère d’âme, le génie visionnaire propulse le jazz dans l’ère de la performance, entre fulgurances et rivalités. Corps usé et costumes froissés, Bird jaillit, s’envole vers des sommets, atterrit dans des territoires inconnus d’une enivrante douceur, manque des sets, rattrapé par ses démons et ses addictions, pour reprendre à ses retours, comme une évidence, le fil de son odyssée lyrique. En 1949, lors d’une tournée en Europe avec Miles Davis, le compositeur de « Koko » conquiert le Saint-Germain-des-Prés de Juliette Gréco et Boris Vian, avant les enregistrements mythiques et la gloire. Mais la mort de sa fille de 3 ans le renvoie en enfer. Le 12 mars 1955, Charlie Parker s’étouffe dans un éclat de rire, devant un show de jongleurs à la télévision. Le médecin légiste note : « Homme noir, environ 53 ans ». Il a 34 ans. Mêlant archives – dont une émouvante interview radio de Bird −, séquences d’animation inspirées par les couvertures de ses albums et éclairages de Franck Médioni, auteur d’une biographie, ainsi que de musiciens (Géraldine Laurent, Steve Coleman, Antonin-Tri Hoang…), ce documentaire retrace la rupture parkérienne. Par ses innovations harmoniques, rythmiques et expressives, le saxophoniste, après Louis Armstrong et Duke Ellington, a réinventé le jazz, et l’a fait basculer dans la modernité. « Il reflète la rébellion des Noirs dans les villes et leur conscience qu’il faut trouver une autre identité », pointe le toujours avisé Archie Shepp. Irrigué par ses improvisations et des interprétations de ses héritiers, un portrait sensible de la comète Parker, superbement ressuscitée en 1988 au cinéma par Clint Eastwood, qui a nourri la Beat Generation, Cocteau ou encore l’art urbain de Basquiat. Documentaire de Jean-Frédéric Thibault disponible jusqu’au 10/03/2022.