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On a un peu oublié la situation de l’asile dans notre pays. En 2021, la Suisse a pourtant enregistré près de 15’000 demandes, soit 35% de plus qu’en 2020. La grande majorité provient de pays en guerre, comme l’Afghanistan ou la Syrie, ou sous dictature comme l’Erythrée.

En 2016, le peuple suisse avait exigé dans les urnes que les procédures de traitement soient plus rapides et moins chères. Au cœur du nouveau dispositif, se trouve les centres fédéraux pour requérants d’asiles, des bâtiments austères, loin des localités, entourés de grillage et gardés par des sociétés privées. Car désormais, l’encadrement de l’asile, est totalement assuré par des services à but lucratif, comme Securitas ou Protectas, ou encore le géant du secteur, ORS. La gestion des 5000 places d’accueil constitue un gâteau de près de 600 millions de francs. Bref, l’asile est devenu une industrie qui nécessite que l’on mette un peu le nez dans ses affaires.

C’est précisément ce que Xavier Nicol et Ludovic Rocchi ont tenté de faire dans l’enquête que nous vous proposons ici. Alertés par plusieurs affaires de suicides ou de décès tragiques dans ces centres, ou encore les violences et autres abus relatés ici et là, ils ont tenté de faire le bilan de ce qui se passe derrière les murs de ces fameux centres. Sacré défi, car il règne sur ce dossier un inadmissible secret. Ils y sont parvenus pourtant.

Un mot encore sur l’interdiction qui est faite aux journalistes suisses de faire leur travail à l’intérieur des centres fédéraux. Malgré notre insistance, vous l’avez entendu, il n’a pas été possible de filmer la vie dans ces espaces à huis-clôt, sous prétexte de protéger la personnalité des requérants.

Nous refusons cet argument qui empêche le public, le contribuable, d’avoir un droit de regard sur ces centres. La Cour européenne des Droits de l’homme a d’ailleurs condamné en 2019 le Gouvernement hongrois de Viktor Orban pour avoir interdit à une équipe de télévision l’accès à des centres de requérants. La Cour a estimé que la sécurité et l’intimité des requérants pouvaient parfaitement être protégée dans le cadre d’un reportage.