Aujourd’hui, en Seine-Saint-Denis, une école de filles accueille pour la première fois quelques garçons. J’enseigne dans ce lycée depuis quinze ans et j’en ai longtemps eu honte : un lycée privé, catholique, et en prime, non-mixte, à rebours de toutes mes convictions. Mais, contre toute attente, mes élèves m’ont fait découvrir la manière dont elles subvertissaient ce lieu pour en faire un espace d’émancipation.

Dans mon lycée de filles, où les élèves sont de toutes origines et de toutes religions, les filles prennent la parole, occupent tout l’espace, font du foot et sont fortes en maths et en sciences. Dans les couloirs, il n’est pas rare de voir des élèves se balader avec des bouillottes pour soulager leur douleur de règles, ou s’envoyer des serviettes hygiéniques à travers la salle de classe. Alors, quand on apprend l’arrivée des garçons, on décide de mettre en place un atelier de réflexion pour préserver les libertés exceptionnelles qu’offrait la non-mixité. Et notre lycée devient une sorte de laboratoire pour inventer cette mixité qui commence chez nous, en pleine quatrième vague du féminisme. On écrit une charte et on propose des ateliers pour éduquer les plus jeunes.

Et puis, les garçons arrivent. La première année, ils ne sont que trente au collège, huit au lycée, au milieu de cinq cents filles. Les ateliers commencent à infuser dans l’établissement. On parle de plus en plus d’égalité, de lutte contre le sexisme, de féminisme. Mais les stéréotypes de genre pointent aussi déjà le bout de leur nez. Le foot occupe l’espace central de la cour, il y a des bagarres au collège et plus de casse qu’avant. Des enseignants disent que « les garçons mettent la patate, sont plus dynamiques », ou que « les filles se font remarquer pour plaire aux garçons »… Tous ces clichés arrivent au galop. Est-ce que l’on va réussir à construire une mixité égalitaire et émancipatrice ? Une mixité post-MeToo ?