Dans cet épisode du podcast Métamorphose, l’animatrice reçoit le professeur Bertrand Fougère, gériatre au CHU de Tours. À l’occasion de la sortie de son ouvrage intitulé « L’âge c’est dans la tête », ce spécialiste de la santé des seniors propose de transformer radicalement notre regard sur le vieillissement. Loin d’être une fatalité ou un naufrage inéluctable, avancer en âge est présenté comme une véritable réussite et une chance biologique à célébrer.
À travers un dialogue riche et accessible, l’expert détaille les mécanismes scientifiques du bien vieillir et livre de précieuses recommandations pratiques pour préserver son autonomie.
Résumé des points abordés
- Ce qu’il faut retenir
- Vieillir c’est réussir
- La notion de réserve fonctionnelle
- L’activité physique, priorité des priorités
- L’importance de la nutrition et des protéines
- L’immunité et la prévention médicale
- Briser les tabous de la santé des seniors
- La mémoire et la stimulation cognitive
- L’audition et la vision, sentinelles du cerveau
- La vision transversale de la gériatrie
Ce qu’il faut retenir
Pour aborder la seconde partie de l’existence avec sérénité et dynamisme, trois enseignements majeurs se dégagent de l’intervention du médecin :
- L’activité physique sous toutes ses formes constitue le traitement préventif le plus puissant : pour maximiser ses effets, il convient de combiner l’endurance, le renforcement musculaire et les étirements.
- Le vieillissement réussi repose sur l’anticipation globale : préparer tôt les adaptations de son logement, son organisation quotidienne et la compensation des fragilités évite de subir une perte d’autonomie brutale.
- La lutte contre l’isolement social est un impératif vital : cultiver des projets, stimuler sa curiosité et entretenir des relations de qualité agissent comme de véritables boucliers protecteurs pour la santé cérébrale et psychologique.
Vieillir c’est réussir
Le professeur Bertrand Fougère affirme d’emblée une conviction forte : vieillir est un succès individuel et collectif. À l’échelle de l’histoire humaine, l’augmentation spectaculaire de l’espérance de vie représente un progrès majeur. La véritable avancée réside cependant dans la progression de l’espérance de vie sans incapacité.
Les statistiques démontrent que les nouvelles générations entrent dans la vieillesse en bien meilleure santé que leurs aînés. Les premières limitations physiques ou cognitives apparaissent aujourd’hui de manière beaucoup plus tardive. Cette réalité biologique offre l’opportunité de vivre une retraite active, riche en expériences inédites et en apprentissages.
Il est donc essentiel de rejeter les croyances populaires qui associent systématiquement le temps qui passe à une dégradation inéluctable. La prise de poids, l’effondrement de la mémoire ou l’absence de vie intime ne sont pas des conséquences obligatoires de l’avancée en âge. Des marges de manœuvre importantes existent pour dissocier l’âge chronologique de l’âge biologique.
La notion de réserve fonctionnelle
Le corps humain possède une capacité d’adaptation extraordinaire appelée la réserve fonctionnelle. Ce capital désigne la capacité de nos organes, comme le cœur, les poumons ou les reins, à faire face à un stress ou à une maladie. Si les performances physiques générales atteignent naturellement un pic aux alentours de la trentaine, la pente de déclin qui suit dépend en grande partie de notre mode de vie.
Le médecin utilise une métaphore financière particulièrement parlante : la réserve fonctionnelle s’apparente à un compte épargne. Plus les efforts d’hygiène de vie commencent tôt, plus le capital accumulé est important. Pour autant, le gériatre insiste sur un message d’espoir : il n’est jamais trop tard pour commencer à épargner et à prendre soin de sa santé.
L’organisme conserve une plasticité remarquable même à un âge très avancé. Des exemples de sportifs ayant débuté la course à pied ou le tennis après cinquante ou soixante ans démontrent qu’un entraînement adapté permet de restaurer des capacités physiques et de repousser les seuils de fragilité. Les barrières psychologiques que l’on se fixe sont souvent les plus difficiles à briser.
L’activité physique, priorité des priorités
Interrogé sur le levier d’action le plus efficace, le professeur Fougère n’hésite pas : sa prescription absolue repose intégralement sur le mouvement. L’activité physique surpasse toutes les autres interventions en matière de longévité en bonne santé. Elle exerce un rôle protecteur direct contre le diabète, les pathologies cardiovasculaires, le déclin cognitif et de nombreux cancers.
Pour être pleinement efficace, l’exercice ne doit pas se limiter à une simple promenade de courtoisie. Le gériatre préconise de structurer sa routine autour de trois piliers complémentaires. Le premier est l’endurance, qui nécessite de stimuler le système cardiorespiratoire jusqu’à la production de sueur.
Le second pilier, trop souvent négligé chez les seniors, est la résistance musculaire. Développer et entretenir sa masse musculaire est fondamental, car le muscle est le garant direct de l’autonomie motrice et un grand consommateur de calories. Enfin, le troisième pilier concerne la souplesse : les étirements réguliers préservent la mobilité articulaire et préviennent les raideurs handicapantes.
L’importance de la nutrition et des protéines
La préservation du capital musculaire est intimement liée aux apports nutritionnels quotidiens. Avec l’âge, une tendance naturelle pousse de nombreuses personnes à réduire leur consommation de protéines, en particulier d’origine animale. Le médecin met en garde contre ce phénomène qui peut précipiter la fonte musculaire.
Si l’alimentation n’apporte pas une quantité suffisante de acides aminés, l’organisme va puiser directement dans ses propres muscles pour fonctionner. Les conséquences sur la force physique et l’équilibre se font rapidement ressentir. Il convient donc de maintenir une vigilance constante sur la composition de ses repas.
La diversification des sources de protéines est fortement recommandée pour concilier santé et plaisir de la table. Les volailles, les œufs, les poissons ainsi que les légumineuses constituent d’excellentes alternatives à la viande rouge. Bien s’alimenter permet non seulement de nourrir les muscles, mais soutient également le système immunitaire face aux agressions extérieures.
L’immunité et la prévention médicale
Le vieillissement s’accompagne d’un phénomène physiologique bien connu des scientifiques : l’immunosénescence. Ce terme désigne la baisse progressive de l’efficacité de nos défenses naturelles face aux infections. Pour compenser cette vulnérabilité, la gériatrie moderne s’appuie fortement sur une médecine de prévention active.
Le professeur Fougère défend une position très claire en faveur de la vaccination à partir de soixante-cinq ans. Les vaccins contre la grippe, le pneumocoque, le zona ou le virus respiratoire syncytial ne protègent pas uniquement contre la maladie ciblée. Ils évitent les complications en cascade qui découlent souvent d’une infection aiguë chez une personne fragile.
Une simple grippe ou un zona peuvent provoquer une décompensation cardiovasculaire ou une perte d’autonomie durable dans les mois qui suivent l’épisode infectieux. Se faire vacciner constitue donc un acte de prévoyance essentiel pour préserver sa trajectoire de vie. L’entretien de la santé bucco-dentaire participe à la même logique : des dents en mauvais état représentent une porte d’entrée majeure pour des bactéries susceptibles de coloniser le système cardiaque.
Briser les tabous de la santé des seniors
Le médecin regrette que de nombreux troubles soient encore passés sous silence par pudeur ou par résignation. C’est le cas des troubles urinaires, qui touchent une proportion importante de femmes et d’hommes. Considérer les fuites urinaires comme une fatalité liée à l’âge est une erreur médicale qui altère lourdement la qualité de vie.
Ces désagréments physiques entraînent fréquemment un isolement progressif, les personnes concernées limitant leurs sorties par peur d’un accident en public. Pourtant, des solutions thérapeutiques et des techniques de rééducation périnéale se révèllent extrêmement efficaces, y compris à un âge très avancé. Il est impératif d’en parler librement à son médecin traitant pour rompre ce cercle vicieux.
Le même constat s’applique aux périodes de transitions hormonales majeures telles que la ménopause chez la femme et l’andropause chez l’homme. La chute des hormones n’affecte pas seulement les fonctions de reproduction : elle retentit directement sur le cerveau, l’humeur et le métabolisme. Un accompagnement médical personnalisé, parfois associé à des traitements adaptés, permet de franchir ces caps délicats sans basculer dans la souffrance psychologique.
La mémoire et la stimulation cognitive
La peur de perdre ses facultés intellectuelles et de développer la maladie d’Alzheimer est omniprésente au sein de la population. Le professeur Fougère tient à rassurer les auditeurs : le grand âge n’est pas synonyme de amnésie globale. Les difficultés de mémorisation occasionnelles relèvent généralement d’un problème d’organisation des informations accumulées.
Pour illustrer ce mécanisme, le spécialiste compare le cerveau à une bibliothèque qui se remplit au fil des décennies. Plus les volumes sont nombreux, plus il devient difficile de retrouver rapidement l’emplacement d’un ouvrage précis. La fonction d’impression et de classement de la mémoire peut être entretenue comme un véritable muscle.
L’exercice le plus efficace pour stimuler les connexions neuronales consiste à s’imposer un effort de restitution active. Plutôt que de consommer des informations de manière passive, il est conseillé de s’entraîner à raconter ses lectures ou le contenu d’un film à ses proches. De petits exercices quotidiens, comme mémoriser une phrase avant de s’endormir pour la répéter le lendemain, donnent d’excellents résultats.
L’audition et la vision, sentinelles du cerveau
Un lien scientifique direct et majeur est désormais établi entre les déficits sensoriels et le déclin cognitif. Le gériatre alerte tout particulièrement sur les dangers d’une baisse d’audition non corrigée. Ne plus entendre correctement isole l’individu du reste du monde et prive le cerveau d’une source essentielle de stimulation.
Un signe avant-coureur caractéristique est l’inconfort ressenti lors de réunions de groupe, où la confusion sonore pousse la personne à s’effacer de la conversation. Refuser de porter des appareils auditifs par coquetterie ou par déni accélère l’atrophie de certaines zones cérébrales. Plus l’appareillage est précoce, plus l’adaptation du cerveau aux fréquences retrouvées se fait en douceur.
La prise en charge des troubles visuels répond aux mêmes exigences de vigilance. La chirurgie de la cataracte, qualifiée de véritable miracle thérapeutique par le médecin, transforme instantanément le quotidien des patients. Protéger ses yeux des agressions lumineuses et maintenir une correction optique rigoureuse participent pleinement au maintien de la vigilance intellectuelle et de l’équilibre général.
La vision transversale de la gériatrie
En fin d’entretien, le professeur Fougère partage sa passion pour la gériatrie, une spécialité médicale globale et profondément humaine. Contrairement à une idée reçue qui confond cette discipline avec les soins palliatifs, la gériatrie vise avant tout la restauration de l’indépendance fonctionnelle. Le gériatre intervient comme un médecin coordonnateur capable d’appréhender le patient dans sa complexité médicosociale.
Cette approche ne se limite pas au traitement d’une pathologie isolée. Elle prend en considération l’environnement de vie de la personne, l’ergonomie de son domicile et la solidité de son réseau d’entraide. L’objectif ultime est de permettre un retour à domicile sécurisé après une hospitalisation et de déployer une authentique culture de la prévention.
Le bien vieillir exige enfin de préserver son utilité sociale et de nourrir des projets d’avenir, quelle que soit leur envergure. Cultiver sa curiosité envers les autres et maintenir un lien vivant avec son voisinage constituent les meilleurs ingrédients pour entretenir la joie de vivre. En posant un regard bienveillant et lucide sur le temps qui passe, chacun peut transformer la vieillesse en une expérience humaine d’une infinie richesse.
La vidéo complète est disponible sur YouTube : Oui, on peut vieillir en bonne santé ! avec le Pr Bertrand Fougère.