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Plus besoin de travailler dans les services secrets ou de s’appeler Edward Snowden pour accéder en quelques secondes aux SMS, mails et autres messages vocaux d’autrui. Les conjoints jaloux l’ont bien compris. Il suffit par exemple de taper « espionner son épouse ou son mari » sur Google pour tomber sur une nébuleuse de logiciels parfois gratuits, souvent payants, entre 0 et 500 euros environ. Beaucoup moins chères qu’un détective privé, des applications comme Spybubble, Mobilespy ou encore Mspy cartonnent et elle sont très faciles à installer. Il faut au préalable subtiliser le smartphone de la victime et connaître le code de déverrouillage, pour y télécharger un logiciel espion indétectable. Autres applications très prisées : des « keylogger », des logiciels qui enregistrent tout ce qu’un proche tape sur un clavier d’ordinateur avec, en option, des captures d’écran. Mais jouer les James Bond par jalousie, est-ce légal ? Cette pratique d’espionnage 2.0 est autorisée seulement pour la surveillance des enfants, sans leur consentement. Dans les autres cas, elle constitue, en revanche, une atteinte grave à la vie privée, un délit puni d’un an de prison et d’une amende de 45 000 euros. Alors que les condamnations restent rares, les dérives se multiplient. De plus en plus de femmes victimes de violences domestiques, par exemple, déclarent être suivies à la trace via des logiciels espions. Mais rien n’y fait. Illégal et anarchique, ce business de l’espionnage entre conjoints explose. Plus de 280 applications seraient ainsi disponibles sur le playstore, la boutique en ligne de Google, avec des concepteurs qui rivalisent d’imagination pour tout connaître de notre vie intime. Vraiment tout. Les centres commerciaux comme les Quatre Temps à la Défense l’utilisent aussi pour analyser votre itinéraire et améliorer leurs ventes. Mais le revers de la médaille, c’est que le moindre de vos mouvements est connu par les marques et les publicitaires. Même des agents de la DGSE ont pu être localisés par le Canard Enchaîné grâce à leur application Strava qu’ils utilisaient pour faire du sport… Les marques ne vont-elles pas trop loin avec la géolocalisation ? Un documentaire Claire Delfini