Dans cet épisode du podcast Show Dedans produit par Binge Audio, l’animatrice s’entretient avec l’illustratrice belge Catherine Fradier, connue sous le pseudonyme de Cäät. À l’occasion de la parution de sa bande dessinée intitulée La périménopause, on en parle ? Bienvenue en zone de turbulence aux éditions Albin Michel, l’autrice lève le voile sur une période de transition biologique encore largement entourée de non-dits et de tabous.
À travers ses dessins humoristiques et ses témoignages personnels, elle propose de dédramatiser la préménopause tout en pointant du doigt les failles du système médical et sociétal actuel.
Résumé des points abordés
- Ce qu’il faut retenir
- Le choix des mots : préménopause plutôt que périménopause
- Les manifestations physiques et émotionnelles au quotidien
- Le tabou médical et le sentiment de solitude
- La pénurie des traitements hormonaux et les enjeux économiques
- L’importance de la sororité et l’impact de l’hygiène de vie
Ce qu’il faut retenir
- Une libération nécessaire de la parole : la préménopause commence souvent dès la quarantaine et affecte profondément le quotidien des femmes, rendant la sororité et l’échange d’informations indispensables pour ne plus vivre cette transition dans l’isolement.
- Un manque cruel de recherche et de formation médicale : face à des symptômes multiples ou atypiques, de nombreuses femmes se heurtent à l’incompréhension de professionnels de santé qui tendent à minimiser leurs souffrances en les attribuant uniquement au stress.
- Une crise d’accessibilité des traitements : les pénuries mondiales de traitements hormonaux bioidentiques révèlent des logiques économiques complexes de la part des laboratoires pharmaceutiques, qui délaissent ces produits faute de brevets rentables.
Le choix des mots : préménopause plutôt que périménopause
L’illustratrice Cäät explique son choix délibéré d’utiliser le terme de préménopause dans le titre de son ouvrage.
Ce choix s’explique par une volonté de cibler les femmes plus jeunes, notamment celles au début de la quarantaine. En effet, le terme scientifique de périménopause peut sembler lointain ou réservé aux femmes de cinquante ans et plus.
Le but est d’éveiller la conscience des femmes avant que les premières turbulences ne surviennent. Les bouleversements hormonaux commencent bien avant l’arrêt définitif des règles. Il est donc crucial que les femmes soient informées le plus tôt possible. L’information permet d’anticiper les changements corporels et d’éviter d’être prise au dépourvu.
La préménopause ne doit pas être perçue comme une maladie en soi.
L’autrice reconnaît que le mot symptôme est discutable car il renvoie à une pathologie. Pourtant, les inconforts ressentis sont bel et bien réels et parfois très douloureux. Qu’il s’agisse de douleurs physiques ou de vagues émotionnelles, les effets sur le corps sont indéniables. Chaque femme traverse cette période de manière unique et très inégale. Certaines traversent cette phase sans encombre tandis que d’autres subissent des vagues de perturbations intenses.
Les manifestations physiques et émotionnelles au quotidien
L’expérience personnelle de Cäät mettre en lumière la diversité des manifestations hormonales. Elle évoque notamment ses propres difficultés liées à un sommeil de mauvaise qualité et à des sautes d’humeur particulièrement intenses.
Sa propre fille de sept ans la voyait parfois se transformer en un véritable dragon. Ces réactions imprévisibles et volcaniques sont difficiles à contrôler pour la personne qui les subit.
Le dérèglement du thermostat interne constitue un autre désagrément majeur décrit par l’illustratrice.
Il ne s’agit pas seulement de grandes bouffées de chaleur classiques, mais d’une instabilité thermique permanente. Elle passait continuellement du chaud au froid au cours d’une même journée. Ce dérèglement pousse à ressentir le froid en plein été ou le chaud en plein hiver. Les cycles menstruels deviennent irréguliers, s’espaçant parfois de plusieurs mois, ce qui constitue un indicateur clair de la transition.
L’entretien aborde également des manifestations beaucoup moins connues du grand public.
Parmi elles, l’illustratrice mentionne les oreilles qui grattent de l’intérieur, un phénomène partagé par de nombreuses abonnées sur les réseaux sociaux. D’autres troubles comme l’acné tardive, les gencives qui saignent ou l’apparition de pilosité due à la persistance de la testostérone sont évoqués. Le manque de recherches médicales sur ces effets considérés comme secondaires laisse les femmes sans explications claires.
Le tabou médical et le sentiment de solitude
Le corps médical se montre parfois frileux face aux plaintes des femmes en préménopause. La zone de flou entourant le début et la durée de cette période complique les diagnostics.
Il est impossible de savoir avec certitude qu’une femme était en préménopause avant que la ménopause ne soit définitivement installée. Cette incertitude pousse certains médecins à rejeter les plaintes ou à les minimiser.
De nombreux professionnels de santé attribuent ces troubles à des facteurs extérieurs comme la fatigue ou le stress. Les patientes se sentent alors incomprises, isolées et remises en question dans la légitimité de leurs douleurs. L’expression c’est dans votre tête n’est pas prononcée directement, mais le sous-entendu reste le même. Ce manque d’écoute renforce la détresse psychologique des femmes qui ne reconnaissent plus leur propre corps.
Cette période s’accompagne pourtant d’un aspect positif : un sentiment de ras-le-bol salvateur.
Les femmes expriment une fatigue mentale face aux pressions sociétales et aux exigences de perfection. La préménopause devient le moment où l’on refuse de faire semblant ou de se forcer. Ce changement d’attitude peut provoquer des décisions surprenantes ou des tensions au sein du couple. Les séparations sont d’ailleurs fréquentes à cette période de la vie.
La pénurie des traitements hormonaux et les enjeux économiques
Un des grands coups de gueule de l’illustratrice concerne l’accès aux traitements hormonaux de substitution. Vivant au Portugal, elle a constaté des disparités flagrantes de prix et de disponibilité entre les pays européens.
Les traitements ne sont pas remboursés au Portugal et affichent des tarifs élevés par rapport à l’Espagne ou à la Belgique. Cette inégalité financière crée un parcours de la combattante pour les femmes en quête de soulagement.
La recherche d’un médecin à l’écoute s’avère déjà complexe et nécessite souvent de se tourner vers le secteur privé. Obtenir une ordonnance ne garantit pas pour autant l’accès au médicament en raison de pénuries chroniques. Cäät raconte avoir dû faire le tour des pharmacies espagnoles avec une amie sans trouver le moindre stock disponible. Cette situation critique touche des millions de femmes à travers le monde.
Les causes de ces pénuries mettent en lumière les logiques financières des laboratoires.
Les traitements modernes reposent sur des hormones bioidentiques, calquées sur celles produites naturellement par le corps humain. Or, la nature bioidentique de ces molécules empêche le dépôt de brevets exclusifs par les firmes pharmaceutiques. Les marges bénéficiaires étant réduites, l’industrie se montre réticente à produire ces substances en quantités suffisantes, malgré une demande mondiale en forte croissance.
L’importance de la sororité et l’impact de l’hygiène de vie
Face aux insuffisances institutionnelles, la solidarité entre femmes devient une arme indispensable. C’est grâce à des amies proches que Cäät a pu obtenir des informations précieuses et des recommandations de professionnels compétents.
Le partage d’expériences sur les réseaux sociaux ou sur le lieu de travail permet de dédramatiser la situation. Briser le silence aide à réaliser que l’on n’est pas seule à vivre ces transformations.
La bande dessinée se veut un outil de transmission accessible à tout l’entourage, y compris les conjoints et les enfants.
Le format illustré permet d’expliquer avec humor et clarté des sujets intimes parfois difficiles à aborder de vive voix. L’autrice aborde sans fard le syndrome génito-urinaire de la ménopause, qui regroupe la sécheresse vaginale et les infections à répétition. Elle rappelle l’existence de crèmes locales très efficaces qui permettent de transformer la vie quotidienne des femmes.
Enfin, l’entretien souligne l’impact majeur de l’hygiène de vie sur l’intensité des troubles hormonaux.
L’illustratrice confie avoir modifié ses habitudes en réduisant sa consommation de sucre et d’alcool. Elle insiste sur l’importance du sommeil régulier et d’une activité physique adaptée, comme le Pilates. Ces ajustements concrets permettent d’atténuer les contrecoups des fluctuations hormonales. La préménopause n’est pas une fin en soi, mais une transition délicate qui nécessite de la bienveillance envers soi-même.