L’universalisme est devenu omniprésent dans les débats politiques contemporains. Depuis une vingtaine d’années, il renvoie inlassablement à l’idée d’un « universalisme des Lumières », qu’il faudrait défendre ou, à l’inverse, dont il faudrait se débarrasser. Pour y voir plus clair, on peut distinguer deux débats. Le premier, alimenté par les études postcoloniales, porte sur la responsabilité des Lumières dans le colonialisme européen : elles auraient alimenté « la mission civilisatrice » de l’Europe au nom d’un universalisme des valeurs occidentales. Le second correspond aux politiques de revendications minoritaires au sein des démocraties libérales. Particulièrement vif en France, il oppose partisans et adversaires d’un « universalisme républicain ». À chaque fois, les Lumières sont décrites, pour le meilleur comme pour le pire, comme l’origine d’un universalisme abstrait, rationaliste, eurocentriste, rejetant les identités particulières au nom d’un progrès uniforme et d’une citoyenneté sans reste. C’est justement cette image des Lumières que le cours de cette année souhaiterait discuter.