Organisée par l’Université Grenoble Alpes dans le cadre du cycle parlons sciences, cette conférence explore la relation ambivalente qu’entretiennent les citoyens français avec les sciences et les techniques. Animée par la journaliste marie-coline abrial, la rencontre donne la parole au sociologue michel dubois pour décrypter les idées reçues sur la prétendue défiance populaire envers la recherche.
Ce qu’il faut retenir
- la prétendue défiance générale est un mythe : les enquêtes sociologiques de longue durée démontrent une stabilité remarquable de l’attachement et de la confiance des Français envers la science et les chercheurs.
- une singularité française marquée par l’ambivalence : l’Hexagone se distingue par une inquiétude prononcée face aux applications concrètes et aux technologies issues de la recherche, séparant le progrès scientifique du progrès social.
- la nécessité d’une littératie sociale pour les chercheurs : plutôt que de déplorer l’inculture du public, la communauté scientifique gagnerait à mieux comprendre les attentes démocratiques et les dynamiques de la société.
Le constat initial et les idées reçues
Le débat public sur la science est souvent prisonnier d’un cadrage alarmiste et anxiogène. Les discours médiatiques relayent régulièrement l’idée d’une rupture définitive entre la société et la recherche.
Pourtant, cette vision ne résiste pas à l’analyse empirique menée par les sciences sociales. Les enquêtes longitudinales révèlent un paysage beaucoup plus nuancé.
Les crises sanitaires et les urgences contemporaines agissent souvent comme des amplificateurs de tensions. Elles accentuent la visibilité des controverses sans pour autant traduire un rejet global de la démarche scientifique.
L’analyse de la confiance et de ses variations
Mesurer la confiance des citoyens envers la science pose des défis méthodologiques considérables. La confiance ne constitue pas un bloc monolithique uniforme.
Elle s’exprime avant tout à l’égard de la recherche fondamentale et des chercheurs perçus comme désintéressés. Dès que la recherche s’associe à des intérêts économiques ou industriels, cette adhésion décroît mécaniquement.
Les analyses statistiques mettent en évidence des variations sociodémographiques nettes. Le niveau d’éducation, le genre et les sensibilités politiques influencent l’expression de cette proximité culturelle.
La singularité française face aux technologies
La France se positionne comme un cas singulier à l’échelle internationale en matière de perception des applications technologiques. Une majorité manifeste une forte ambivalence face aux retombées de l’innovation.
Ce phénomène illustre une fracture croissante entre le développement technique et le progrès moral. Les citoyens questionnent la capacité des innovations à améliorer réellement le bien-être collectif.
Les controverses persistantes autour des organismes génétiquement modifiés ou des déchets nucléaires témoignent de cette cristallisation des opinions. Ces positions restent stables et figées depuis de nombreuses années.
La perception de la scientificité des disciplines
L’évaluation du caractère scientifique des différentes disciplines varie profondément au sein de la population. Les sciences exactes et dures bénéficient d’un consensus quasi unanime.
Les sciences humaines et sociales occupent une position plus intermédiaire dans l’esprit du grand public. Leurs frontières avec les savoirs non scientifiques apparaissent parfois floues.
Certaines pratiques alternatives ou pseudo-sciences continuent de recueillir un assentiment surprenant. Cette hiérarchie symbolique subjective influence directement le crédit accordé aux experts.
Vers de nouveaux modes d’implication citoyenne
L’analyse des attentes citoyennes démontre un réel souhait d’implication dans les choix scientifiques et technologiques. Les Français ne réclament pas moins de science, mais davantage de participation démocratique.
Les dispositifs actuels souffrent toutefois de limites institutionnelles majeures. Trop souvent réduits à des exercices de consultation sans véritable pouvoir décisionnel, ils génèrent de la frustration.
Repenser ces instances de dialogue exige de clarifier les règles du jeu en amont. Garantir une réelle prise en compte des contributions citoyennes constitue le défi majeur pour l’avenir des politiques de recherche.