cette conférence captivante animée par Christian Monjou propose une exploration profonde et sensible de l’œuvre et du parcours de l’artiste américain Cy Twombly.

organisée à l’occasion d’une exposition majeure au Centre Pompidou, cette intervention retrace la trajectoire unique d’un créateur ancré dans la culture classique européenne tout en restant profondément marqué par ses origines américaines.

Ce qu’il faut retenir

  • le thème international : cette attraction irrésistible de l’histoire et de la culture européenne sur un artiste américain en quête de repères historiques.
  • la dialectique du geste : l’art de twombly se situe entre le désir de créer et la retenue, privilégiant l’action d’écrire et de peindre sur le résultat figé.
  • l’empreinte de la fragilité : un travail graphique apparenté à des gribouillis d’enfants qui met en miroir la vulnérabilité de notre civilisation face à son propre passé.

Les médiateurs et les influences fondatrices

pour comprendre l’émotion esthétique suscitée par twombly, il est essentiel de se pencher sur ses passeurs et ses lieux de prédilection.

la professeure Laurette veaux a joué un rôle déterminant en initiant le conférencier à la poésie américaine et à l’art contemporain.

les écrits de Henry James illustrent parfaitement ce thème international où de jeunes américains fortunés partent en Europe à la recherche de la culture qui leur manque.

le Brandhorst Museum à Munich abrite quant à lui une collection exceptionnelle d’œuvres de twombly, dont le célèbre cycle des douze toiles consacrées à la bataille de l’lépante.

La collection de Ménil et Houston

un autre lieu incontournable pour apprécier l’œuvre de l’artiste est la collection de Ménil située à Houston, au Texas.

fondé par Jean et Dominique de Ménil, ce lieu de recueillement et d’art abrite un bâtiment spécifiquement conçu par l’architecte Renzo Piano pour abriter les créations de twombly.

cette institution témoigne du mécénat éclairé et de la volonté de créer des espaces de méditation pure.

l’architecture épurée et la lumière naturelle invitent le spectateur à une contemplation intime et silencieuse.

Roland Barthes et la graphie intransitive

la rencontre entre l’œuvre graphique de Roland Barthes et les tracés de twombly relève d’une affinité élective remarquable.

Yvon Lambert, grand marchand d’art parisien, a su provoquer cette collaboration féconde en demandant à Barthes d’écrire sur l’artiste.

selon le sémiologue, l’art de twombly ne cherche jamais à saisir ou à imposer un sens dogmatique.

il se tient et dérive subtilement entre le désir de la main et la politesse du retrait.

Le passage par le Black Mountain College

les années passées au Black Mountain College en Caroline du Nord ont profondément façonné la vision artistique de twombly.

au contact de figures majeures comme le poète Charles Olson et le peintre Franz Klein, il développe une approche axée sur le geste pur.

l’héritage du Bauhaus, transmis notamment par Josef et Anni Albers, réévalue l’importance du travail créatif par rapport au produit fini.

cette philosophie artistique privilégie l’expérience vécue de la création plutôt que la simple fabrication d’un bel objet.

L’Arcadie, Poussin et la mémoire classique

l’influence de la peinture classique française, en particulier celle de Nicolas Poussin, traverse toute l’œuvre de twombly.

les tableaux inspirés de l’Arcadie interrogent la possibilité de commémorer les grands mythes fondateurs à notre époque moderne.

l’artiste exprime une conviction intime : l’avenir de la création ne se trouve pas devant, mais bien derrière, dans un retour aux sources originelles du signe.

cependant, cette culture classique est présentée comme un horizon devenu inaccessible.

Les discours sur commode et la crise historique

peinte dans le contexte tendu de la crise des missiles de Cuba, la série des neuf discours sur commode illustre la violence de l’histoire.

à travers la figure de l’empereur romain Commode, fils de Marc Aurèle, l’artiste met en scène les dérives destructrices du pouvoir.

les toiles s’organisent en grilles rationnelles envahies peu à peu par des coulées de peinture rouge sang.

cette confrontation entre ordre et chaos rappelle que toute création nouvelle passe souvent par une épreuve de destruction.

Les roses et la poésie de Rilke

la série des cinq roses, réalisée en hommage aux poèmes de Rainer Maria Rilke, associe des éclats chromatiques violents à la fragilité de l’écriture.

sur chaque toile, des inscriptions manuscrites en anglais reprennent les réflexions du poète sur l’endurance et la délicatesse de la rose.

cette juxtaposition fait dialoguer la force brute de la nature et la précarité du geste scriptural.

le recours au hasard, inspiré par la technique de Sam Francis, permet à la peinture encore liquide de couler et d’échapper au contrôle total de l’artiste.

Le téméraire et les dernières variations

les études pour le Téméraire constituent un hommage explicite au célèbre tableau du peintre anglais J.M.W. Turner.

ces œuvres symbolisent la transition entre la majesté des voiliers anciens et la puissance mécanique de l’ère industrielle.

à travers ces bateaux évanescents, twombly interroge la capacité de l’art à traverser les époques malgré la disparition progressive des repères culturels.

ses dernières séries, consacrées aux quatre saisons, confirment cette quête inépuisable où les signes enfantins et la rigueur formelle se rejoignent pour célébrer la présence humaine.