Le documentaire produit par National Geographic France, explore l’impact culturel, politique et architectural de la conquête de l’Égypte par le souverain macédonien. En 332 avant notre ère, le jeune chef militaire s’empare de la vallée du Nil sans verser une goutte de sang.

À travers le regard et le travail de terrain de trois archéologues chevronnés – Chris Naunton, Bassem Gehad et Kathleen Martinez —, l’enquête dévoile comment un conquérant étranger est devenu un pharaon vénéré, tout en traçant les indices menant à son tombeau disparu.

Ce qu’il faut retenir

Une conquête pacifique et stratégique. Alexandre le Grand a pris le contrôle de l’Égypte sans affronter l’armée égyptienne. Les forces perses d’occupation ont rapidement capitulé, et la population locale a accueilli le roi macédonien en libérateur.

Le respect des traditions religieuses locales. Contrairement aux empereurs perses qui avaient pillé les sanctuaires et réprimé les croyances locales, Alexandre a immédiatement soutenu les cultes traditionnels. Il s’est notamment incliné devant le taureau sacré Apis à Saqqarah, s’assurant ainsi la dévotion du peuple et du clergé.

L’émergence d’une culture hétérogène et prospère. L’arrivée des Macédoniens a donné naissance à une fusion inédite entre l’art grec et les rituels funéraires égyptiens. Cette dynamique culturelle a permis au pays de rayonner sous la dynastie des Ptolémées, comme le prouvent les sépultures circulaires de Philadelphie ou les sanctuaires monumentaux de Taposiris Magna.

La quête d’Alexandrie et l’héritage d’un pharaon grec

L’archéologue britannique Chris Naunton commence son investigation à Alexandrie, la cité fondée par Alexandre en 331 avant notre ère. À l’origine, la ville disposait d’un plan en damier, d’une muraille de quinze kilomètres et d’un phare majestueux dominant la Méditerranée.

Au musée national d’Alexandrie, une sculpture en marbre retient l’attention du chercheur. La statue dénote fortement avec le style pharaonique conventionnel. Les figures traditionnelles des souverains égyptiens adoptaient une posture rigide et très codifiée.

La sculpture découverte présente un mouvement et un réalisme typiques de l’art hellénistique. Alexandre s’est installé sur le trône d’Égypte à seulement vingt-quatre ans. Élevé en Macédoine et instruit par Aristote, il a réuni sous sa couronne un empire immense allant de la Grèce jusqu’à la vallée de l’Indus.

Le culte d’Apis et le respect des traditions égyptiennes

Pour comprendre comment le roi grec a assis son autorité sur le peuple égyptien, Chris Naunton se rend sur le site de Saqqarah, près du Caire. Il s’enfonce dans le Sérapéum, une vaste nécropole souterraine réservée aux taureaux sacrés.

Ces galeries abritent vingt-quatre sarcophages en granit pesant chacun près de soixante-dix tonnes. Ces cuves imposantes renfermaient les dépouilles momifiées du taureau Apis, véritable incarnation terrestre du dieu créateur Ptah. Ce culte populaire remontait aux premières dynasties pharaoniques.

Pendant la domination perse, les occupants avaient délaissé ces pratiques sacrées et coupé les financements des temples. Aucun taureau sacré n’avait été inhumé dans le Sérapéum durant près d’un siècle. Dès son arrivée, Alexandre a fait le choix inverse.

Il a restauré les rites funéraires, financé les temples et rendu hommage en personne à la divinité animale. Les hiéroglyphes gravés dans la galerie confirment la reprise régulière des inhumations après sa prise de pouvoir. Cette diplomatie religieuse habile a définitivement scellé son alliance avec les élites et la population.

Philadelphie et la fusion des cultures

Dans la nécropole de Philadelphie, l’archéologue égyptien Bassem Gehad mène des fouilles poussées pour étudier les transformations de la vie quotidienne de la population locale après la conquête.

Son équipe met au jour une structure funéraire circulaire totalement inédite pour ce secteur. La forme géométrique parfaite de l’enceinte trahit une conception coûteuse et soignée. Ce type de tombeau n’existait pas en Égypte avant l’arrivée des Macédoniens.

En nettoyant les décombres de la chambre funéraire, les archéologues découvrent de fins fragments de feuilles d’or, des bandelettes de lin de grande qualité et des céramiques importées. Ces indices témoignent d’un niveau de richesse remarquable au sein de la classe moyenne provinciale.

La véritable surprise réside dans la mise au jour de portraits de momies peints à la cire. Ces œuvres synthétisent deux univers picturaux distincts. La technique du portrait réaliste provient directement du monde grec, tandis que la conservation du visage répond au besoin égyptien de faire reconnaître le défunt par son âme dans l’au-delà.

Les habitants ont adopté l’architecture et les codes esthétiques d’Alexandrie. La cité rurale de Philadelphie est rapidement devenue un foyer cosmopolite florissant.

Le mystère de Taposiris Magna

À Taposiris Magna, à l’ouest d’Alexandrie, l’archéologue Kathleen Martinez explore un impressionnant complexe sacré dédié à Osiris et Isis. Elle s’intéresse particulièrement aux ruines d’une tour érigée cinquante ans après la mort du conquérant.

Cette structure rappelle les formes architecturales du phare d’Alexandrie. Au pied de la tour, l’équipe dégage l’entrée d’un sépulcre monumental taillé dans la roche. De nombreux débris de marbre précieux recouvraient les parois de la chambre.

La présence de poteries échelonnées sur trois siècles montre que le lieu a fait l’objet d’un pèlerinage ininterrompu. La sépulture abritait un personnage de très haut rang, probablement lié à la dynastie ptolémaïque.

Au cours des dégagements, Kathleen Martinez met au jour plusieurs pièces de monnaie en bronze datant du règne de l’empereur romain Trajan, prouvant la fréquentation prolongée du sanctuaire. Plus profondément, l’équipe extrait une tête de statue sculptée en pierre avec une grande finesse.

La sculpture présente un casque de style hellénique et des traits délicats. Les premières analyses suggèrent une représentation de la déesse grecque Athéna. La présence de divinités grecques au cœur d’un temple égyptien atteste de l’assimilation complète des élites macédoniennes au sein du système pharaonique.

À la recherche de la sépulture d’Alexandre

La localisation exacte du tombeau d’Alexandre le Grand demeure l’une des énigmes les plus tenaces de l’archéologie moderne. Alexandre est mort brusquement à Babylone en 323 avant notre ère, à l’âge de trente-deux ans.

Son général Ptolémée a détourné le cortège funéraire qui ramenait la dépouille vers la Macédoine. Le corps a d’abord été inhumé à Memphis, avant d’être transféré dans un monument somptueux au cœur d’Alexandrie.

Chris Naunton tente de préciser l’emplacement de cette sépulture royale. Les récits des historiens de l’Antiquité situent le tombeau dans le quartier des palais, à proximité des grands édifices publics.

Le chercheur s’appuie sur des photographies historiques du XIXe siècle montrant les obélisques dits « Aiguilles de Cléopâtre » avant leur déplacement vers Londres et New York. En retrouvant le bâtiment représenté sur ces clichés anciens, il parvient à replacer le temple d’origine sur une carte moderne de la ville.

En superposant le tracé des rues contemporaines et le plan d’urbanisme antique, l’archéologue identifie le carrefour central de la cité antique. Le tombeau du conquérant repose probablement sous les fondations d’un carrefour urbain très dense de l’Alexandrie moderne. L’intensité du trafic et la densité des constructions rendent toute fouille impossible à cet endroit précis pour le moment.